‹ La rançon: comédie en trois actesChapitre 57 sur 63 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

indépendance. Il faut donc s'attendre à ce qu'une maîtresse juge son amant avec encore plus d'indépendance, et qu'elle ne s'incline qu'à bon escient.

BRION

Mais alors, notre position va devenir intenable, à nous autres hommes.

HENRIETTE

Pourquoi? Vous faites du cheval, n'est-ce pas ?

BRION

Oui.

^ HENRIETTE

Montez-vous des percherons ? non, vous montez des pur-sang, des chevaux fins, difficiles à conduire, et votre plaisir naît de la difficulté vaincue. En somme, tout ce que la femme demande à l'homme, c'est d'être comprise par lui, qu'il ne se croie pas bêtement supérieur parce qu'il porte un vêtement difl'érent, et surtout qu'il ne la croie pas satisfaite lorsqu'il Test lui-même.

BRION

Oh ! cela, d'accord, mais il faut que la femme aussi soit intelligente, qu'elle ait du tact, qu'elle sache rendre cet homme heureux de la façon qu'il le désire, sans qu'il ait à l'exprimer, il faut, en un mot, qu'elle devine un peu.

HENRIETTE

Oui, il faut que ces bonheurs qu'ils se donneront mutuellement soient deux lignes parallèles d'égale longueur. Quand on est intelligent, cela doit servir à être équitable.

BRION

Gela me paraît fort bien compris.

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HENRIETTE

Ohl je n'y aï aucun mérite, il y a des cas où des méditations sur ce sujet s'imposent à une femmel

BRION

Dites-moi, puisque vous avez beaucoup réfléchi, si vous étiez homme, riche et embarrassé de votre cœur, dans quelle catégorie de femmes prendriezvous une maîtresse ?

HENRIETTE

Je prendrais une femme mariée quand je saurais ^ qu'elle est très discrète. •

BRION

Ah!

HENRIETTE

Oui.

Silence. Il va poser son verre,

BRION

On est toujours heureux de revoir, ou de voir plutôt, dans son cadre habituel, dans son véritable milieu, une femme dont on a fait la connaissance ailleurs que...

HENRIETTE

Si c'est pour moi que vous dites ça, je vous arrête parce que vous allez vous embarquer dans une phrase dont vous ne sortirez plus.

BRION, après avoir regardé Henriette.

Vous avez raison, je disais une sottise. Ce milieu est celui où vous êtes, mais, est-ce celui qui vous convient?

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