‹ La raucourt & ses amiesChapitre 12 sur 52 · ARRESTATION ET FUITE · texte numérisé non relu

ARRESTATION ET FUITE

Chez le lieutenant-civil. — Rue du Vert-Bois. — En Allemagne. — Le fouet a Hambourg. — Le marquis de luchet et le vicomte de barjac. — Les talents de Sophie. — A Gassel.

Le jeudi 27 mars 1777, un garde de commerce, nommé Joseph Lapierre, demeurant quai de Gesvres, embusqué au coin de la rue du Vert-Bois et de celle de Saint-Martin arrêtait Mlle Raucourt, à deux heures de l'après-midi et la conduisait quai du Marché-Neuf, devant le commissaire Delaporte.

De maudites lettres de change au paiement desquelles l'avait condamnée deux sentences des juges-consulaires, lui valaient cette avanie. Devant le magistrat, elle proteste, invoque le contrat d'union passé entre ses créanciers et elle, comparante, homologué par plusieurs sentences du Châtelet.

(1) M"« Raucourt est arrêtée pour dettes, le 27 mars 4777. Pièce publiée par Campardon dans les Comédiens de la Troupe Française, p. 255.

Le commissaire est galant homme ; il fait citer Ladey, procureur de l'actrice et l'autre procureur J.-M. Arnould, chargé des intérêts de la partie adverse. On plaide, on discute ; Arnould réclame même l'incarcération immédiate. Enfin Delaporte, désespéré de ne rien comprendre, renvoie tout le monde devant le lieutenant-civil, siégeant en son hôtel. Le lieutenant civil reçoit les plaideurs, écoute, puis après avoir donné acte de l'appel interjeté par l'actrice ordonne au garde Lapierre de reconduire Raucourt jusqu'à son domicile, rue du Vert-Bois et de l'y réintégrer. C'est du dernier talon rouge (1) !

Car les belles impures qui sont allées dans la nuit du 25 au 26 donner un sabbat nocturne au pauvre Marbel, habitent provisoirement : rue du Vert-Bois. Demeure tout à fait sur la lisière du Temple, lieu de refuge pour les insolvables !

— « Qui paiera nos dettes, grands dieux? s'écrie Hermione, un matin, dans le lit où elle est couchée auprès de sa fidèle Sourques, Il n'y a plus moyen de rester à Paris, il faut partir, le voyage d'Allemagne est décidé. Quittant parents et amis, voilà nos aventureuses en quête de fortune sur les routes de l'Est. Un jour, on colporte à Paris la stupéfiante nouvelle suivante : « Les lettres de Hambourg apprennent que Mlle Raucourt qui s'était retirée dans cette ville avec la demoiselle Souque, non moins renommée qu'elle pour le vice dont on accusait la première, s'y étant permis des escroqueries qui ont attiré l'attention de la justice, ces deux courtisanes malgré l'étalage de

(1) Ârch. nat. Y. 12.189.

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