LA FILLE DU DENTISTE
Me BOURDET, DENTISTE DU ROI. — Mlle BOURDET. —
Le mousquetaire et sa femme. — Scandaleuse affaire. — restif de la bretonne. — ma-
CLOVIE.
L'épidémie s'étend jusqu'à la borurgeoisi|e, «et la magistrature est saisie plus d'une fois dea mœurs dépravées de quelques dames.
Une honnête famille de Paris est bouleversée en 1784 par un scandale inouï. Le sieur Bourdet, dentiste du roi, possède un cabinet fort bien achalandé, rue Neuve-des-Petits-Champs (1) ; c'est un habile spécialiste, qui a écrit un 'livre sur les « Soins faciles pour la propreté de la bouche (2) ». Le succès a couronné ses efforts et sa notoriété parisienne est incontestable (3).
(l)Bourdet,chirurgien-dentisteduroi, Almanach royal, 1764-1778.
(2) Corr. de Grimm, ouv. cit., IV, 99, IX, 510.
(3) Chapuy, tapissier, rue du Bac, fournit à « M. Bourdet, dentiste du roy », différents meubles dont une bibliothèque en marqueterie, quatre fauteuils en bois sculpté et peint, couverts de velours cerise ; déménage le lit de madame et drape un lit à la polonaise pour Monsieur, fourniture totale de 581 livres 11 sous 3 d. Cf. Le livre-journal de Chapuy, ébéniste, rue du Bac, doc. cit.
Le dentiste du roi a malheureusement une fille, par elle, le déshonneur entrera dans la maison.
Dans quel pensionnat Mlle Bourdet fut-elle élevée ? on l'ignore, bien souvent c'est l'internat qui gâte les jeunes personnes et donne à ces demoiselles les mauvaises habitudes gardées même après le mariage. Une préférence marquée pour son sexe empêcha Mlle Bourdet d'aimer le mari qu'on lui destinait.
L'époux choisi était pourtant un beau mousquetaire qui, pour se consacrer exclusivement à son épouse, avait démissionné. Le sieur de Villiers, ainsi s'appelait le militaire, furieux de se voir toujours supplanté par de petites demoiselles se plaignit d'abord aux parents. On fit venir la dame de Villiers, on lui chanta pouilles ; puis pour la convaincre, on essaya de la douceur, ensuite de la violence, rien n'y fit, et la belle continua à imiter Raucourt et ses nymphes. Peut-être aussi fréquentait-elle la fameuse loge de « Lesbos » ?
Alors le mari désespéré d'avoir une telle femme saisit la justice de ses mésaventures conjugales. Le scandale fut énorme. Me Prévôt de Saint-Lucien, avocat : « écrit un mémoire, car il ne plaide point, en faveur de M. de Villiers, ancien mousquetaire, gendre du sieur Bourdet, dentiste du roi ; contre sa femme qui demande la séparation à raison des sévices et mauvais traitements ; il n'a pas dissimulé que cette dame était iribade et il s'est expliqué là-dessus sans mystère ; ce qui a donné lieu samedi aux magistrats de grand'chambre, en rendant arrêt qui admet la dame de Villiers à la preuve, de supprimer le