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LA RAUCOURT ET LE VICE LESBIEN

Dans les circonstances de sa vie, au cours de son existence aventureuse, dans ses démêlés avec la justice ; des femmes, toujours des femmes et remarque singulièrement bizarre ; ses derniers portraits peints qui figureront aux Salons de 1814 et de 1815, seront l'œuvre de Mme Adèle de Romance.

Sa naissance et son baptême a Saint-Séverin. — raucourt père. — origine lorraine des saucerotte. — Les leçons de Brjzard. — Tournées PROVINCIALES. — M. ET Mme CARDINAL. —

La loge et la mère. — Cuisinière et habilleuse.

Le quartier Saint-Séverin a gardé sa physionomie d'autrefois, malgré le percement du boulevard Saint-Michel, rien n'a changé, comme le fait remarquer Huysmans (1). Les observateurs et les fervents du Vieux Paris n'auront aucune peine à reconstituer la rue de la Vieille-Bouderie aux abords de l'abreuvoir Maçon, en prenant comme prototype une des voies encore existantes autour de la vieille église.

C'est dans une des pauvres maisons de cette rue qu'Antoinette De La Porte mettait au monde, le

(1) J.-K. Huysmans. La Bièvre et Saint-Séverin. La rue de la Vieille-Bouclerie fut supprimée par le percement du Boulevard Saint-Michel. Voir Berty et Tisserand. Région Occidentale dé l'Université. (Publication des Travaux Historiques.)

3 mars 1756, une fille qui fut portée à Saint-Séverin et baptisée Marie-Antoinette-Joseph (sic). Le père était François Saucerotte, bourgeois de Paris (1).

C'était un ménage lorrain échoué dans la capitale ; la femme ayant été vaguement attachée à la maison de Stanislas Leckzinski (2) ; le mari, un comédien de campagne cherchant la consécration de Paris, Deux fois il s'est présenté devant l'illustre troupe des Comédiens Français, deux fois il a échoué piteusement. François Saucerotte dit : Raucourt ne sut pas illustrer son nom de théâtre, sa fille s'en est chargée plus tarde

Mais, avant de se faire l'imprésario de la future tragédienne, il fallut végéter misérablement dans ce quartier d'artisans, parmi les mercenaires commei le parrain de l'enfant : un gagne-deniers, et sa commère qui ne savait même pas signer son

(1) Jal, à qui revient l'honneur d'avoir retrouvé l'acte de naissance de la Raucourt, a publié cet intéressant document dans son dictionnaire biographique. « Le mercredy, 3 mars 1756, Marie-Antoinette- Joseph, née d'aujourd'huy, fille de François Saucerotte, bourgeois de Paris, et d'Antoinette De La Porte, son épouse demeurant rue de la Vieille-Bouclerie ; le parrain, Julien Mérel, gagne-deniers, la marraine Marguerite-Lancelin, fille majeure, tous deux demeurant rue du Bac. La marraine a déclaré ne savoir signer. Merel- Saucerotte. f. » Reg. de Saint-Séverin. (Jal. Dictionnaire critique et biographique.)

(2) Un parent de la famille Saucerotte se nommait Riolle, dans plusieurs papiers publics il est qualifié maire de la ville de Pont à- Mousson. On le verra plus tard s'autoriser de cette parenté pour vendre des tableaux plus ou moins authentiques à la jeune actrice. Il existe encore un château de Riolle à Pont-à-Mousson ainsi qu'un boulevard de ce nom. La famille Riolle a joui d'une certaine notoriété au xvnic siècle. Les Saucerotte sont originaires de Lunéville, il y a même dans cette ville ton le une dynastie de médecins de ce nom.

nom et marquait d'une croix le registre paroissial.

Il semble se dégager des documents relatifs à cette famille que la fille du comédien, née par hasard dans le quartier de la Comédie, fut destinée au théâtre dès sa naissance.

Son enfance dont on ne sait presque rien fut celle des filles pauvres de sa condition. Elle accompagne les siens dans les randonnées théâtrales ; tantôt ici, tantôt là, cueillant toute jeune ses premiers succès. Des leçons du père on ne parle guère, mais Raucourt avait un vieil ami de coulisse, brave homme, un des rares comédiens dont tout le monde s'accorde à dire le plus grand bien ; « Il a la majesté des rois, le sublime des pontifes, la tendresse ou la sévérité des pères » : Jean-Baptiste Britard, dit Brizard (1), a rencontré Saucerotte en province, ils se sont liés, et, lorsque plus heureux que son camarade, il aura vu s'ouvrir devant lui les portes de la Comédie, l'honnête homme donnera des leçons à l'enfant. De vieux routiers professionnels comme eux n'auront aucune peine à deviner Je talent naissant. Les progrès sont rapides, l'élève bientôt, va faire honneur au maître. Brizard était l'heureux époux d'une brave

(1) « Brizard était fils d'un marchand de Paris, nommé Britard. En entrant au théâtre il a chance son nom en celui de Brizard par ménagement pour sa famille. » Frère d'un riche marchand et d'un commis dans les bureaux de la chancellerie, retiré lui-même depuis quelques années avec une pension fort honnête. Le sieur Brizard est depuis trente ans l'heureux époux d'une femme et père de plusieurs enfants tant garçons que filles, tous très bien élevés auxquels non plus qu'à son épouse il ne permet jamais d'aller au spectacle quoiqu'il soit de cette profession, qu'il n'a dit-il, embrassée dans sa jeunesse que par une suite de folies et d'inconséquences ordinaires à cet âge. Bibl. Nat, Mém. raisonnes de Lefebvre de Beauvray. mss. fr., 10.364, I, p. 73.

femme et le père de plusieurs enfants, tous très bien élevés ; on dit même qu'il poussait le scrupule jusqu'à ne jamais leur permettre d'aller au spectacle, en donnant pour raison : qu'il n'avait embrassé cette profession dans sa jeunesse que par une suite d'inconséquences ordinaires à cet âge (1). Un professeur théâtral d'une si grande moralité ne sut pas cependant inculquer à la jeune fille des principes aussi rigides que les siens et si, dans les commencements de sa vie théâtrale, elle étonna par sa sagesse, elle reprit plus tard une éclatante revanche. Les parents d'Antoinette, donnèrent dans les années suivantes tant d'exemples de mœurs douteuses, qu'il est permis de les juger moins sévères sur le chapitre vertueux et surtout, moins intransigeants que Brizard, sur l'éducation des filles (2).

Dans la promiscuité constante des coulisses, la vertu féminine court de grands dangers et, dans les tournées provinciales, il est plus difficile encore de veiller sur une fillette. Dans cette atmosphère malsaine, elle saura pourtant se garder intacte, pour cela, elle n'aura cru'à suivre son penchant naturel qui l'éloignera de l'homme toute sa vie. Est-ce un goût bizarre qu'elle a contracté dès l 'adolescence ? rien ne le démontre, — mais cette aversion physique sera peut-être la meilleure garantie de son innocence. Celle qui sera dépravée entre les dépravées, arrivera jusqu'à

(1) Brizard, (Jean-Baptiste Britard dit,) né le 7 avril 1721, mort le 30 janvier 1791. Cf. Gampardon, Les Comédiens de la Troupe française, p. 244.

(2) La Clairon se vantait d'avoir donné des leçons à la Raucourt. Voir la lettre de Clairon à La Rive dans le chapitre des débuts.

l'heure de son début triomphal à Paris, vierge et pure et la malignité contemporaine s'exercera contre cette vertueuse actrice jusqu'au jour où elle aura succombé.

La fortune de la famille Raucourt va commencer. — Dès le jour des débuts c'est un tel succès, que dans leur joie d'avoir produit un phénomène, les parents jurent de se consacrer à l'enfant ; la couvant littéralement, s'occupant de ses relations, de sa maison intérieure ; espérant bien dans l'ascension subite de Marie-Antoinette-Josèphe trouver la quiétude parfaite, le repos définitif et surtout la sécurité de leur fortune, jusque là si précaire. Ces parents d'actrices qui paraissent tous coulés dans un moule semblable dont les types définitifs seront plus tard M. et Mme Cardinal, — notre siècle n'ayant rien inventé, — vont maintenant se consacrer à leur tragédienne de fille jusqu'au jour où, lassée d'exigences, elle les priera de se confiner davantage dans l'appartement loué pour eux rue du Bouloi, après avoir constitué sur leurs têtes si chères une rente viagère de deux milles livres. Quel bel exemple de tendresse filiale ! Malgré cela, la maman De La Porte ne pourra s'empêcher de rôder dans la loge de l'actrice, bien modeste, se cachant dans la garderobe, lorsque surgira une belle dame. Les princesses et les duchesses toiseront la bonne femme et la confondront avec l'habilleuse Angélique qui joint aux fonctions de cuisinière la gloire de costumer tous les soirs Ghimène ou Didon.

LA DEBUTANTE

DÉBUT DANS « DlDON ». — SUCCÈS INOUÏ. — Mlle CLAI- RON et de La Rive. — Mlles Sainval et Vestris. — La Salle des Tuileries. — Louis XV, la

REINE DlDON ET Mme DUBARRY.

Les débuts de Mlle Raucourt furent un prodigieux succès. Grimm a écrit sur ce sujet un long article enthousiaste et les Mémoires sont tous aussi dithyrambiques : « Mlle Raucourt a débuté hier avec un succès prodigieux dans la tragédie de Didon — par Le Franc de Pompignan — elle a fait le rôle de cette reine. C'est pour la première fois qu'elle paraissait. On ne peut exprimer la sensation qu'elle a faite, et de mémoire d'homme on n'a rien vu de pareil. Elle n'a que seize ans et demi ; elle est faite à peindre, elle a la figure la plus belle, la plus noble, la plus théâtrale, le son de voix le plus enchanteur, une intelligence prodigieuse, elle n'a pas fait une seule faute d'intonation. Dans tout son rôle, très difficile, il n'y a pas eu le plus léger embarras, pas même de faux geste. Un peu de rai-

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