‹ La raucourt & ses amiesChapitre 4 sur 52 · LA DÉBUTANTE · texte numérisé non relu

LA DÉBUTANTE

deur dans les bras est le seul défaut qu'on lui ait trouvé. » (1).

Elle a ravi généralement et cela va faire crever de dépit toutes ses concurrentes, au grand plaisir de Mlle Clairon qui écrira aussitôt à La Rive :

<( Mlle Raucourt a débuté (23 décembre 1772) avec le plus grand succès. Tout Paris en raffole et quoique Brizard soit son seul maître connu, on nomme à chaque vers qu'on lui entend dire la personne dont elle a pris les leçons. Elle n'a que seize ans et demi ; elle est belle comme un ange, sensible, noble. Ce sera je l'espère un charmant sujet, et j'ose croire que Mmo Vestris se mordra les ^doigts plus d'une fois de m'avoir désobligée.

Le succès de M1Ie Raucourt continue toujours, elle transporte tout le monde et cela est juste. Hier, toute la salle, d'une voix unanime, demanda que les comédiens donnassent une représentation à son profit. J'ignore si Messieurs de la Chambre, dont c<»la dépend, y consentiront. Mlle Raucourt mérite tous les soins que je prends pour la former. » (2)

Tout Paris se pressera dans la magnifique salle des Tuileries et les jours suivants le succès ira grandissant.

Le 27 décembre, la foule est telle qu'on est obligé de la laisser déborder jusque dans l'orchestre des

(1) Mém. Secrets. 24 sept. 1772, T. vi, p. 288.

(2) Cf. E. et .1. de Goncourt, La Clairon, Paris, CirARPFvriER 1890, p. 286.

« J'ai vu chez M1Ie Clairon, une jeune personne destinée au théâtre et que j'ai entendu appeler Ml,e Rauoourt; elle nous a déclamé le 5e acte de Didon : voix dure, intentions outrées, de l'intelligence, nulle sensibilité, voilà mon pronostic ». Etienne de Jouy, Paris 1823, Imp. Didot Aine, T. n, p. 95.

On peut rapprocher cette critique de celle de Mme du Deffand, qui trouvait le jeu de Raucourt celui d'une démoniaque sans passion'. Sainte-Beuve, Nouveaux- Lundis .

musiciens et sur le théâtre. On ne trouve à Raucourt d'autre défaut que d'être trop grande et d'avoir la tête trop petite pour son corps. Elle a aussi de vilains bras, mais son intelligence et son âme font oublier ces petites imperfections physiques (1).

Deux cabales puissantes s'élèvent déjà contre la débutante : les deux Sainval et la Vestris, qui sentent l'éclatante supériorité de la nouvelle tragédienne et s'apprêtent à exciter les esprits contre elle. Pour l'instant, c'est en pure perte et le public est tellement satisfait de l'élève qu'à chaque représentation il réclame Brizard, son maître avoué. Après avoir joué trois fois Didon, Raucourt paraît successivement dans Emélie de « Cinna » et dans Idamée de Y Orphelin de la Chine.

La troupe de la Comédie-Française donnait ses représentations aux Tuileries où son spectacle alternait avec celui de l'Opéra (2).

(4) « La belle tête de Mllf Raucourt n'a pas peu contribué au succès de Galathée, mais tonte superbe qu'elle a paru en statue nous l'aurions trouvée plus sublime encore si sa coiffure avait été plus pittoresque, son rouge moins foncé, ses bras moins longs, ses pieds un peu moins grands. »

Mém. sec. doc. cit. Gampardon. Les Comédiens du roi, ouv. cit., Cf. Journal de Collé, cité par Campardon.

12) D'après le Mercure de France, trois rangs de loges soutenues et divisées par des piliers rehaussés d'or et ornés de consoles régnent au pourtour de la Salle des Tuileries. Les devantures bombées sont d'un vert très clair avec des ornements en or d'un fort beau genre et assez artificieusement exécutés pour rendre tout l'effet du relief. les intérieurs sont meublés d'étoffes dont la couleur est assortie à la peinture et très favorables à la parure des femmes qui les occupent. — On entre dans les Tuileries par trois endroits du côté des cours. Du côté du jardin, le public entre dans la galerie qui sera fermée dans toute sa longueur pour que le passage soit à l'abri de l'incommodité de l'air. Il est ainsi que celui de l'intérieur, garni de

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