RUE ROYALE
Acquisition nouvelle. — Le Prince. — Belle Maison. — La chronique scandaleuse.
A son retour etl après sa grande escapade d'enfant prodigue Raucourt éprouva le besoin d'avoir enfin une maison bien à elle, et d'y créer à nouveau un foyer intime.
Elle avait une prédilection singulière pour cette voie de Montmartre à la Barrière-Blanche, la rue Royale qui commençait aux guinguettes des Percherons et menait au village des moulins et des ânes. La campagne à proximité du centre de Paris ; on s'explique aisément un tel choix.
La demeure est fastueuse : deux corps de logis, beau jardin, pavillons et dépendances, rien ne manque pour rendre le séjour confortable et galant. Ce qui est surtout intéressant : c'est que la maison a deux issues, une sur la rue Royale, l'autre sur la rue Blanche ; précieuse ressource pour les intrigues futures (1).
(1) L'acquisition des maisons rue Royale est faite au profit de Raucourt par le fameux secrétaire de M"e Sourques, Louis-Julien
Le prince d'Hénin offre cette belle demeure à son amie ; toutefois, il se réserve un logement. C'est la seule condition qu'il mettra et Raucourt connaît l'indulgence aimable de son amant ; il tolère les amitiés féminines et n'est; point jaloux des belles amantes de la tragédienne.
Peut-être même éprouve-t-il un secret plaisir en voyant se succéder les passionnettes ? il assiste aux jeux coupables et c'est pour lui un sadique ragoût !
L'ambition est venue avec l'âge et dans sa rage de publicité, l'actrice aime toujours faire parler d'elle. Il ne lui déplaît pas de tenir en haleine l'opinion publique.
La chronique ne désarme pas et de temps en temps le couplet contre les tribades revient comme une lancinante obsession :
« Plusieurs beaux et grands appartements à l'hôpital général, vacants par la retraite des Dlles Granville, Souck et Raucourt. S'adresser aux anciens locataires, rue Vuide-Gousset « à la Levrette » et au besoin un peu plus haut. »
de là Bluxière, prête-nom en la circonstance, le 26 avril 1785 ; ces maisons avaient appartenu à un avocat et greffier du Parlement, nommé Louis-Benoist Nourrichel. — La maison de Raucourt fut possédée après elle par un sieur Daniel Dollfus, suisse d'origine, demeurant rue Neuve-des-Petits-Champs, N°9. —Devant Boilleau, notaire, le 15 Brumaire an VIII, ce personnage devint possesseur moyennant douze cent mille livres de la propriété qui comportait deux corps de bâtiments élevés de plusieurs étages, cour, écurie, remises, caves, greniers, jardins et autres appartements et dépendances. Archives Seine. —Lettres de ratification N° 7278. Dans le chapitre de Les Nuits de l'Hôtel de Lorraine, il est question de l'homme de confiance de Mme Sourques.