COMEDIENS NOMADES
Les avatars de la comédie. — Peydeau. — Louvois. — Direction Raucourt.
Après leur libération du 9 thermidor, les « Comédiens Français » eurent à lutter contre des difficultés sans nombre ; un livre suffirait à peine pour rappeler tous les faits, tous les incidents de cette période, à la fois si douloureuse et si tourmentée ; c'est-à-dire leur; premier retour dans la salle du faubourg Saint-Germain (Odéon actuel), devenu le « théâtre de l'Egalité » qu'ils partagent avec les Artistes du Théâtre National de la rue de la Loi, exproprié de celui-ci pour faire place à l'Opéra, qui abandonne le boulevard Saint-Martin (26 juillet 1794 ; leur séjour au théâtre Feydeau, où ils alternent leurs représentations avec la troupe lyrique (27 janvier 1795), puis, par suite d'un désaccord, les exploits d'une de leurs colonies, qui se détache du Théâtre Feydeau pour aller occuper sous la conduite de Mlle Raucourt, la salle alors vacante du théâtre Louvois (25 décembre 1796-10 septembre 1797) ; le
retour de ces derniers artistes dans la salle de l'Odéon jusqu'à l'incendie de ce théâtre (31 octobre 1798-17 mars 1799) et à la suite de ce désastre, leurs pérégrinations successives à Louvois, à l'Opéra, au théâtre du Marais, à Favart, au théâtre de la Cité, au théâtre Feydeau mémo, que leurs camarades alors ont quitté ; enfin à la suite de la débâcle et de la fermeture du théâtre de la République, où se trouvaient toujours Talma, Monvel, Dugazon, Mme Vestris, la dispersion totale et le silence absolu des artistes qui formaient la glorieuse Comédie-Française. Tout cela est effroyablement compliqué, dit M. Pougin, et le récit de cette odyssée dramatique aboutit à la reconstitution générale qui s'effectua, le 30 mai 1799, dans la salle actuelle, que la Comédie-Française n'a plus quitté depuis cette époque (1).
La tentative directoriale de Raucourt n'eut pas de succès ; ce fut même pour elle une source d'ennuis et une cause de ruine. Ses opinions ultra-royalistes lui attirèrent les foudres gouvernementales et sa fortune reçut un tel assaut que jamais elle ne put la reconstituer.
Plus tard la faveur consulaire viendra réparer la brèche ; on verra jusqu'à la fin de sa vie Raucourt lutter vainement pour rétablir son crédit sans jamais y parvenir, malgré la protection de l'Imperator.
(1) Cf. Pougin, doc. cit., pp. 182-183.