NAPOLEON ET LES « ANANDRYNES
Les notes de « l'Espion Anglais ». — Anandrynes. — Tribades. — Raugourt et la faveur impériale.
A Auxonne, un jour de loisir, Napoléon Bonaparte qui vient de recevoir des livres, a devant lui les volumes de V « Espion Anglais » publiés à Londres, en 1784. Il parcourt cette publication suspecte et, au cours de sa lecture, il s'arrête pour prendre des notes sur les articles qui l'ont particulièrement frappé. C'est ainsi qu'après avoir remarqué au passage que Mme Gourdan était une fameuse entremetteuse ; que dans son officine secrète, l'amour épuisé trouve des adjuvants : Pastilles à la Richelieu, Pommes d'amour, Filets de Fronsac ; après avoir épingle au vol : Necker, Turgot, Fréron ; il arrive avec le tome X à la fameuse Confession d'une jeune fille rapportée dans 'un chapitre précédent.
Pour la première fois sans doute le jeune corse, chaste de vie et de mœurs, entend parler de pareilles coutumes. Peu familiarisé avec (certains
mots, il s'étonne et inscrit sur son cahier les annotations suivantes :
« Secte des anandrynes, tribades, clitoris »
Dans quelques jours, Napoléon se renseignera sur ces étranges pratiques, un ami plus au courant des mœurs féminines, lui expliquera en quoi consiste la bizarre anomalie des lesbiennes.
Il est frappé de ces goûts de décadence comme des engins trouvés chez la grande proxénète ; voilà pourquoi la secte des « Anandrynes » attire une minute son attention (1).
Plus tard à Paris, le lieutenant verra au théâtre la plus fameuse des inverties, et songera involontairement au manuscrit de 1' « Espion Anglais ».
La reine des amazones lui sera présentée par Barras et c'est elle qu'il jugera digne, de former son théâtre en Italie ! ! !
L'empereur comblera Raucouirt de 'sa faveur et ses libéralités envers elle seront toujours fastueuses. Songe-t-il encore à la petite note de son manuscrit quand on parle devant lui de la tendre liaison de Raucourt et de MUe Simonnet ?
L'existence bizarre de l'actrice, ses habitudes spéciales qui ont un moment fait rêver le lieutenant d'artillerie n'étonnent plus le monarque. Gaitout s'efface devant le génie tragique.
Le talent de l'actrice fera oublier à l'empereur les écarts d'imagination et; la scandaleuse vie privée de l'androgyne.
(1) L'Espion Anglais, annoté par Bonaparte, t. X, p. 159. Dialogue d'une jolie fille : La Secte des Anandryncs-tribadcs- clitoris. en marge de la main de Napoléon. Cf. Fr. Masson. Napoléon inconnu, papiers intimes, Paris, Ollendorf, 1395. t. i, p. 468.