‹ La raucourt & ses amiesChapitre 43 sur 52 · NAPOLEON ET LES « AMANDRYNES · texte numérisé non relu

NAPOLEON ET LES « AMANDRYNES

Napoléon favorisa deux grands génies tragiques : Talma et Raucourt. L'Empereur voulut ignorer les mœurs de la femme et ne songea qu'au talent de l'artiste, il chercha toujours les occasions de protéger la tragédie dans la personne de Raucourt.

Pour remercier le souverain de sa bienveillante sollicitude, elle se préoccupe de former une élève digne de lui succéder.

C'est elle qui remarque à Amiens, la jeune George Weimer et forme ce talent naissant. Le 8 frimaire an XI (28 novembre 1802) l'élève de Raucourt parut sur la scène de la Comédie-Française dans le rôle de Clytemnestre, dlphigénie en, Aulide ses débuts firent sensation, la femme y avait autant de part que l'artiste (1).

A quinze ans, George Weyme-r était une splendide créature ; Raucourt fut doublement heureuse de susciter une pareille rivale à la Duchesnois et de donner au monarque une maîtresse charmante !

(1) Raucourt fut nommée officiellement professeur de Mllf George Weimer aux appointements annuels de douze cents francs. Mémoires de M11' George, doc. cit.

ENCORE MADEMOISELLE SOURQUES

En 1808. — Le théâtre de l'Impératrice. — Jeanne-Françoise-Marie Sourques. — Recherches INFRUCTUEUSES^ — COUP D'OEIL RÉTROSPECTIF.

Une personne qui tint dans la vie de Raucourt une plate prépondérante : sa vicieuse amie Sourques, perdue de vue pendant un laps de temps assez long, surgit tout à coup en 1808. Les relations entre les deux femmes ne sont plus aussi chaudes, nous ne voyons leurs noms associés que dans de vulgaires questions d'intérêt.

Les heures lascives passées ensemble dans la célébration de rites mystérieux sont oubliées. La belle Allemande des nuits orgiaques est devenue une vieille rusée, experte en chicanes, élisant domicile chez son procureur, et harcelant l'actrice d'oppositions et de papier timbré.

Raucourt, malgré tout, est restée la favorite des rois et des empereurs et, si Napoléon Bonaparte lui a confié la direction du Théâtre-Français en Italie, c'est qu'il sait rendre hommage au ta-

ENCORE MADEMOISELLE SOURQUES 199

lent et au prestige dominateur de la tragédienne (1).

L'empereur admire le génie tragique de cette artiste et dans son esprit elle occupe le même rang que Talma.

1808, époque triomphale, la Raucourt est toujours en vedette, c'est le temps que choisira Sourques pour l'obliger h tenir d'anciens engagements.

Voici d'abord un exploit du 7 mars 1808 par Mary, huissier, à la requête de la demoiselle Sourques, fille majeure, élisant domicile en l'étude de Me Boisgermain, avoué, rue Neuve-des- Petits-Champs, 39 ; signifié par l'administration des Domaines et l'ordonnance pour l'ouverture et distribution d'un grand appartement à Antoinette-Marie-Françoise (sic) Saucerotte-Raucourt dans la salle de spectacle de l'Impératrice, rue Louvois, pièces à l'appui de l'inscription hypothécaire en date du 7 Septembre 1807.

La lettre suivante figure dans le dossier : « Je vous adresse la signification qui a été faite à l'administration le 7 courant à la requête de la demoiselle Jeanne-Françoise-Marie Sourques, fille

(1) Les principaux acteurs de Parisétaient à Bruxelles. M"0 Rauoourt que j'avais reçue dans le temps du Directoire en sa qualité d'artiste de premier ordre, avait conservé un souvenir reconnaissant de mon procédé pour elle. Elle venait voir l'exilé sans crainte de le compromettre. Elle dînait fréquemment chez moi, et soupait journellement à onze heures chez Talleyrand. Elle me dit un jour : « Bonaparte nous appelle et nous laisse sans fonds. J'ai prié Talleyrand de lui en parler; il lui a répondu : « Je m'occuperai de cela, en attendant, avancez vingt-quatre mille francs à Mllt Raucourt je vous les ferai rembourser. Talleyrand, en tirant cette somme de sa cassette me disait avec humeur : Je n'en serai jamais payé. » Georges Dordy, Mém. de Barras, Paris, 1896, t. iv, p. 162.

majeure, avec sommation de produire dans le délai d'un mois les titres de l'affaire de son inscription contre La demoiselle Saucerotte-Raucourt.

Ensemble la signification faite le 12 de ce mois, même enquête d'un placard fait pour parvenir à la vente sur saisie immobilière de l'usufruit de deux maisons n'en faisant qu'une, rue Pigalle, n° 5, reposant sur la tête de la dite demoiselle Saucerotte-Raucourt. (1)

Malgré l'inutilité de vos recherches au bureau de M. Gornebize et dans les papiers du sieur Nouëtte, constatées par vos lettres des 27 octobre et 6 novembre 1807, du titre de rente de 800 francs qui a donné lieu à l'inscription requise par l'exreceveur Francfort, je vous prie de les renouveler et de les étendre aux bureaux de la Préfecture où il est possible qu'il se trouve des renseignements propres à faire parvenir au but décidé. Vous voudrez bien m'informer du résultat de vos nouvelles recherches et vous conformer en cas de succès aux dispositions de ma lettre du 25 septembre 1907. »

Les recherches furent-elles heureuses ? on l'ignore, toutefois ces deux papiers font connaître à la postérité les occupations de Jeanne Sourques, en 1808 ; occupations bien différentes de celles qui charmaient les heures de sa jeunesse.

L'ex-amante du prince de Prusse disparaît alors définitivement et nous ne savons plus rien de Jeanne Sourques.

\1) Le lecteur n'a pas oublié qu'en 1785, c'est La Bluxière, secrétaire intime de Sourques, qui achète l'immeuble au nom de Raucourt ? Il est évident que M"" Sourques au temps de son opulence avait obligé sa compagne de ses deniers propres ; une rente fut peutêtre constituée sur sa tête en reconnaissance des services rendus ?

A la Campagne. — Une Amie dévouée. — Les Plaisirs de la Campagne. — Mlle George. — La Chasse et la Botanique. — Les Serres de Raucourt. — Le Culte des Fleurs. — L'Impératrice Joséphine. — Une Pétition. — L'Inspecteur des Serres royales.

Dans une charmante localité des environs d'Orléans, à la Chapelle-S^Mesmin (1), Mlle Raucourt et sa nouvelle compagne Mme de Ponty viennent passer la belle saison. Ces dames reçoivent la meilleure société. Madame de Ponty, dit Mademoiselle George dans ses Mémoires, était une excellente personne qui se fâchait parfois contre la paresse de l'actrice, trop négligente à son gré poulies études de la jeune élève : — Mais, Fanny (2), à quoi songez-vous donc ? cette pauvre petite ne débutera jamais au train dont vous y allez. Il faut en

( ' ) La Chapelle-Sainl-Mesmin. (Loiret), Arr. et Canton d'Orléans, 175fi habitants. — D. de Mailhol. — Dict. Géogr. des Communes .

(2) Fanny était le prénom que se faisait donner Raucourt dans l'intimité. (Voir l'épigramme du Marquis de Villette.)

finir. Je n'aime pas la campagne mais, par amitié pour Madame George et pour la petite, je me décide à partir pour la Chapelle : je les emmènerai. Là au moins nous vous tiendrons et n'accepterons plus vos mauvais prétextes « Cette chère petite femme se sacrifiait pour moi. » Madame de Ponty, petite maîtresse, avait un grand ascendant sur Mlle Raucourt, qui la gâtait comme un enfant.

« Elle avait un caractère très arrêté, cette femme si frêle en apparence, aimait bien quand elle aimait ; elle défendait ses amis quand on les attaquait. » D'un noble courage, loyale et- fière, Mme de Ponty qui paraît être l'ultime confidente de la tragédienne avait des goûts peu en rapport avec sa situation de fortune ; ayant tout perdu, elle n'aurait pu satisfaire ses habitudes de grande dame sans la main généreuse que Raucourt lui avait tendue.

Partageant sans doute les idées de sa compagne d'existence, la dernière amie de Sapho vivait à Paris dans la petite maison de l'allée des Veuves et l'accompagnait souvent dans ses tournées théâtrales. M1Ie George parle de cette dame en termes émus et semble lui avoir voué un souvenir très vif (1).

« Enfin nous partons pour Orléans. Mlle Raucourt est toute la journée dans son parc avec les

(1) Lettre de Raucourt à l'acteur Lafont au sujet des débuts de Mlle George datée de la Chapelle-St-Mesrain, publiée par M. Chéramy dans la troisième partie de son livre sur George, ibid. p. 211.

Dans le même ouvrage, p. 240, l'auteur a publié un curieux fragment des mémoires du général-major russe Lowenstern dans lequel on voit certaines grandes dames échangeant des caresses passionnées avec la jeune George, doublement élève de Raucourt?

fleurs, elle greffe à ravir, ruais trop longtemps. Les leçons vont venir ? Point. On commence à gronder, elle se décide avec chagrin, mais elle vient. Quelques bonnes leçons de suite. »

L'acteur Lafont qui est aussi de la maison, fait un peu la cour à Mademoiselle George. Il donne des représentations à Orléans avec la maîtresse de la maison et vient danser tous les soirs. La vie était très gaie dans la belle propriété de l'actrice : « Nous assistions aux représentations d'Orléans — Lafont et Rau court — Les jours où l'on ne jouait pas, les soirées passaient délicieuses, les hôtes pleins d'entrain et de gaieté apportaient le charme de leur société spirituelle et aimable. » Dans ses Mémoires, Mlle George retrace les plaisirs de cette villégiature d'artistes et en fait le plus riant tableau.

Entre deux leçons, la maîtresse du logis revêt un séduisant costume, demi-masculin, demiféminin ; une petite jupe blanche qui venait juste aux genoux et c'était encore, malgré les cheveux blancs, la statue de Diane antique avec ses belles jambes et ses pieds longs et fins, ravissants. Elle emmène George morte de pe-ur, la voilà partie chasser dans son parc, suivie de la tremblante enfant. A chaque coup de feu, la débutante tressaille et tombe, la chasseresse veut forcer la fillette à courir après le gibier abattu ! C'en est trop, les nerfs de Mlle George se révoltent à cette idée et carrément, elle refuse d'obéir. Raucourt s amusait follement de la frayeur de son élève.

Après la chasse, Raucourt va contempler ses fleurs magnifiques qui lui causent tant de peines

et de dépenses, son revenu y passerait sans l'ordre de Madame de Ponty.

Elle est la curieuse des plantes rares et les serres de la Chapelle-Saint-Mesmin renferment, paraîtil, des variétés extraordinaires, si belles, qu'une autre amie des fleurs : l'Impératrice Joséphine, viendra un jour visiter cette superbe collection (1).

Cette passion pour la culture florale vers la fin de la vie de M1Ie Raucourt paraît primer son art théâtral .

En 1815, la tragédienne qui approche de la soixantaine, sent l'âge où le repos est nécessaire. Lasse et un peu découagée, elle adresse: à Louis XVIII une lettre assez curieuse dans laquelle est retracée' sa longue carrière avec ses vicissitudes.

Sire,

Reçue au Théâtre Français en 1772, par l'ordre particulier de Louis XV, j'ai continué ma carrière théâtrale pendant le trop court règne de Louis le Martyr ; j'ai traversé péniblement les orages de la Révolution : un an de captivité et la perte de ma fortune ont été le résultat de mon attachemnt à la bonne cause (2). L'amour de mon art, la crainte de

(1) « Joséphine aimait beaucoup les fleurs. M,lc Raucourt en était très amateur. Elles faisaient des échanges. La comédienne avait fait faire à La Chapelle une serre qui renfermait les plantes les plus rares. A un voyage de Joséphine, elle s'arrêta à la Chapelle ; elle vint visiter la serre et emporta des plantes. Ce petit détail est pour bien établir l'intimité de Joséphine et de Mlle de Raucourt et la familiarité qui faisait qu'elle l'appelait Fanny. » Chéramy. Fev Mes détachées. — Mém. inédits de Mllt George, ouv. cit. p. 202-203

(2) Arch. Nat. Maison du roi, O3 1243. Restauration. Documents retrouvé et communiqué par M. H. de Curzon ; lettre publiée par M. Henry Lyonnet dans les Comédiens français du Prince- Eugène, Société de l'Hist. du Théâtre, 1902. 3* et h' n°\ p. 129. cf. du même

voir se détruire sans retour le Théâtre Français, m'ont déterminée à en réunir les débris dans la salle de Louvois. Ce théâtre fut fermé au bout de cinq mois par ordre du Directoire, le 18 fructidor an VI, sous le prétexte que c'était un rassemblement de royalistes. A cette époque je fus menacée de la déportation.

Je restai chargée d'une dette énorme, causée par les frais de cet établissement et sous le poids de laquelle je gémirai toute ma vie.

Mes faibles talents m'ont fait rechercher par le dernier gouvernement. J'en ai reçu les bienfaits, je pouvais espérer, quant à ma fortune, un meilleur avenir. Chargée d'organiser et de diriger le Théâtre Français en Italie, des récompenses m'étaient assurées à la fin de ma carrière théâtrale, dont l'époque était fixée par moi au printemps de 1815. Le bonheur de voir mes légitimes souverains remonter sur le trône de leurs pères n'a point laissé de place au moindre regret sur la perte de mes espérances. Mais je touche au terme que je me suis prescrit ; accoutumée à une existence honorable, je vais après quarante-trois ans de travaux, me trouver réduite au strict nécessaire.

Le goût passionné que j'ai depuis ma jeunesse pour la botanique et la culture des plantes rares, tant exotiques qu'indigènes m'a portée à en acquérir une précieuse collection. Il me faudrait renoncer à ce bonheur de ma vieillesse n'ayant plus les moyens d'entretenir et de faire cultiver cette belle réunion.

J'ose solliciter de Votre Majesté l'inspection en chef des jardins, orangerie et serres de Saint-Cloud ou de Meudon où je supplierais Votre Majesté de permettre que je fisse transporter mes plantes.

Mes titres, pour oser demander cette faveur, sont :

auteur : La troupe du théâtre de Milan pendant la direction de 3IUt Raucourt, articles très intéressants avec portrait de l'actrice, ibid, bulletin Nrt letsuivants. Dans un autreN°du bulletin de la même société, M. Malherbe a fait reproduire en fac-similé le règlement même du Théâtre Impérial pendant la direction Raucourt.

mes longs travaux, la perte entière de ma torture et mon attachement sans bornes à mes légitimes souverains.

Mes moyens pour remplir les fonctions de cette place sont mes connaissances en administration de détail et mon agrégation à plusieurs Académies des Sciences pour la section de Botanique.

Une carrière extraordinaire pour la longueur de sa durée et la constance de la faveur du public recevrait, par cette marq\ie de bonté, une bien douce récompense et la gloire de consacrer le reste de ma vie au service de Sa Majesté comblerait tous les voeux de sa plus soumise sujette.

José me dire avec le plus profond respect Sire,

de Votre Majesté, la plus humble et la plus fidèle sujette,

L'ex-reine de la Tragédie, inspectrice des serres de Saint-Gloud ou de Meudon ! Voilà certes qui n'est point banal, dit M. Henry Lyonnet, mais le projet ne put se réaliser, car la grande Faucheuse veillait et la dernière scène que devait jouer Tactrice était proche.

(1) Raucourt aurait dit à son lit de mort: « Voici la dernière scène que je jouerai, tâchons de la jouer d'une façon convenable. )) (H. Lyonnet. ibi'd.)

La fin édifiante de Mlle Raucourt. — 2, rue du Helder. — A Saint-Rogh. — Une émeute.

Le 15 janvier 1815, mademoiselle Raucourt mourait presque subitement (1). Depuis déjà quelque temps la tragédienne menait une vie très édifiante. Ellle quêtait à Saint-Roch, y offrait le pain bénit et sa bourse s'o'uvrait souvent pour

(1) L'acte de décès est publié par Jal dans son dictionnaire biographique, il dit qu'elle succomba le 15 juin 1815 à 4 heures du soir, des suites d'une maladie iDÛammatoire dans l'appartement occupé par elle, rue du Helder, 2. L'acte qui était inscrit au registre de l'ancien 2' arrondissement (9e actuellement), nomme la défunte Marie- Antoinette-J oseph (sic) Saucerotte, âgée de 59 ans.

La maison mortuaire de l'actrice avait alors pour propriétaire Jean Joseph-d'Hardivilliers, rue delà Pépinière, 64. En vertu d'un bail en date du 24 Octobre 1811 (enregistré le 26), mademoiselle Raucourt occupait un petit appartement de 900 francs au 3e étage de l'immeuble. Le n° 2 de la rue du Helder qui comprend le 36 du boulevard des Italiens fut vendu sur saisie immobilière après la mort de M. d'Hardivilliers (24 sept. 1818) à M. Pierre Gautier-Durant, marchand de draps, rue de Richelieu, 52, pour moitié et à sa femme Anastasie Guichard, pour l'autre moitié. En 1861, la maison était encore entre les mains des héritiers Durant.

Arch. de l'Enregistrement et Arch. de la Seine, Reg. n° 333. Quart, de la Chaussée d'Antin, n* du Sommier 163.

les pauvres de la paroisse comme pour les frais du culte. Le curé de Saint-Roch, l'abbé Marduel touché de sa conversion, ne dédaignait point, paraît-il, de la visiter et même de dîner chez elle. Ce fut seulement quand elle entra en agonie qu'il se souvint qu'elle était comédienne. Il refusa, dit-on, d'envoyer un prêtre et il opposa à la demande d'un service à l'église la défense du chapitre métropolitain d'accorder les prières ecclésiastiques à orne excommuniée. Les camarades et les amis de la Raucourt se résignèrent à conduire le corps directement au cimetière. (1)

« Mais la chose s'était ébruitée. Le 17 janvier à l'heure fixée pour le départ, la rue du Helder se trouve pleine de monde. La foule où les invités sont en très petit nombre profère des menaces contre les prêtres et déclare qu'il faut forcer le curé à célébrer le service funèbre. Au débouché de la rue, comme le char tourne à gauche afin de suivre les boulevards une vingtaine d'individus se jettent à la tête des chevaux et leur font prendre le chemin de Saint-Roch. Les portes de l'église sont fermées, quelques personnes entrent par la petite porte de la rue Saint-Roch, pénètrent dans la sacristie et conjurent l'abbé Marduel de céder au vœu populaire. Le prêtre demeure inébranlable. Au dehors la foule grossissante — il y a cinq ou six mille hommes massés dans la rue Saint-Honoré et dans les rues adjacentes1 — s'apprête à enfoncer la porte. Une

(1) J'emprunte le récit si vivant des obsèques au livre remarquable et documenté de M. Henry Houssayk, ÎM5. Voir la uote suivante.

escouade de gendarmerie envoyée par la préfecture de police se retire sans faire de résistance. Inquiets des suites de ce tumulte les comédiens donnent secrètement aux voitures l'ordre de gagner le cimetière. Mais au premier mouvement on arrête le char et on coupe les traits des chevaux. On crie : les prêtres à la lanterne ! A mort Marduel ! Quelqu'un dit : « Puisque nous ne pouvons entrer à Saint-Roch, portons le corps dans la chapelle des Tuileries. » On envahit l'église, le cercueil porté en triomphe dans le chœur dont les grilles sont tordues et renversées. Si l'on n'a pas l'officiant, on a du moins le sanctuaire. On allume les cierges et les lustres. L'église, sans prêtre et bruyante comme un club, resplendit ainsi qu'au jour de Pâques. Enfin, un commissaire de police sort de la sacristie et annonce qu'il a requis le clergé de Saint-Roch de rendre à mademoiselle Raucourt les honneurs du service divin ». Quand les piquets de troupes, envoyés un peu tardivement par le général Maison pour contenir la foule, arrivèrent devant l'église, le service était commencé et le calme un peu rétabli. »

Sur l'injonction de la police, aucun journal ne parla de l'affaire de Saint-Roch, mais tout Paris s'en occupa.

D'abord le peuple avait su gré à Louis XVIII de sa conduite dans l'affaire Raucourt ; il y avait même eu des Vive le roi ! à Saint-Roch quand le commissaire était venu annoncer la célébration du service. On croyait que l'ordre émanait des Tuileries. Cette bonne opinion ne dura pas. Le bruit se répandit que le refus de la cérémonie

religieuse avait été concertée par le roi, son grand aumônier et l'abbé Marduel et que le monarque n'avait cédé qu'à la crainte d'une émeute (1). Tout cela était faux, dit M. Henry Roussaye, car Louis XVIII ne voulait pas donner d'ordres au clergé ; le monarque ne fut même pas informé des événements de Saint-Roch, le commissaire ayant agi de sa propre autorité, (k)

Voilà bien du bruit autour de la défunte, il était écrit que jusqu'au bout le scandale l'accompagnerait.

(1) Rapport de Maison à Soult, 17 janvier (Arch. Guerre). Rapports de police : 18, 19, 20 janvier (Arch. Nat. F., 7, 3739). Le Censeur, IV, 286, 293. Cf. Jaucourt à Talleyrand, 20 janvier. (Correspondance de Talleyrand et de Louis XVIII, 262-263. note). Wellington à Castlereagh, Paris, 19 janvier, Dispatchs, supplément, IX. — Références de M. Henri Houssaye de l'Académie Française, 1815. La première Restauration. T. 1, Paris, PerrinetC0, édit., 1896, p. 93, 94.

(2) « Sous le règne de Louis XVIII, un ministre du Dieu de Paix et de miséricorde refuse l'entrée du temple à une comédienne du roi qui quelques jours avant sa mort, lui avait envoyé une somme de mille francs pour le soulagement des pauvres de sa paroisse. Le peuple en masse réclame auprès du souverain contre cette mesure intolérante ; le roi législateur ordonne qu'on rende à ce corps les derniers devoirs dûs à tous les chrétiens ; le prêtre obéit : l'auraitil dû si Dieu lui ordonnait le contraire ? » Nouveau Manuel théâtral et du Comédien, A. Berthier de Maligny, Paris, Roret, édit. 1854, p. 6.

Cf. Notice sur l'enterrement de Mademoiselle Raucourt, actrice du Théâtre Français, morte le 45 janvier 1815, Anonyme, Paris, 1821 .

La maison mortuaire de la Raucourt est toujours debout ; c'est un édifice sans style et sans apparence, occupé en partie par des industriels. L'entrée est toujours au n° 2 de la rue du Helder, mais les appartements ont des vues sur ie boulevard des Italiens. L'appartement autrefois occupé par l'actrice à moins de transformations intérieures doit exister avec la même distribution : quatre fenêtres sur le boulevard et quatre fenêtres sur la rue. Un tailleur occupe le premier étage et une boutique du rez-de-chaussée est louée à un fabricant de machines à écrire.

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