‹ La raucourt & ses amiesChapitre 7 sur 52 · THÉRÈSE FLEURY · texte numérisé non relu

THÉRÈSE FLEURY

pousse entre les pavés et c'est un événement lorsqu'un brillant équipage s'arrête devant une porte ; un grand effronté de laquais descend du siège, s'empresse d'ouvrir la portière. Quelle fête des yeux pour le quartier peu habitué à de telles visions, surtout si le carrosse conduit chez madame Fleulry, une pimpante demoiselle d'Opéra. Tout bas, les voisins chuchottent les noms des visiteuses et l'émerveillement dure pendant huit jours !

Entre cour et jardin, la dame Fleury possède un bel appartement luxueusement meublé, elle mène une vie tranquille dans cette reposante et calme petite rue Verte, à deux pas de la rue Popincourt.

Thérèse Fleury, disent les médisants, eut son heure de célébrité dans le monde galant : initiée au théâtre et à l'amour par le chevalier de la Morlière qui la fit débuter dans le rôle de Médée, le 28 avril 1768. Après la Morlière, escroc et débauché, l'actrice, que les malicieuses amies appelaient : la Belle et la Bête, eut cependant l'intelligence de faire la conquête du prince de Nassau- Siegen qui vécut avec elle quelque temps et lui laissa même un souvenir vivant. (1) De son passage au théâtre, la jeune femme garda la nostalgie, c'est pourquoi elle demeura toujours attachée à quelques-unes de ses anciennes compagnes. Elle avait sa loge à l'Opéra, ne manquant pas une première représentation ; gardant un goût très

(1) En 1776, elle a auprès d'elle une petite fille de cinq ans nommée Adeline, que Raucourt emmène faubourg Saint-Denis, la veille de sa fuite (Déposition du domestique Mercier).

vif pour la comédie et se tenant fort au cornant des nouveautés (1).

Au moment des débuts de la Raucourt, Thérèse ne fut pas une des moins assidues ; ayant joué elle-même les rôles de la débutante, elle devait mieux que personne juger combien le talent de la jeune actrice était supérieur et remarquable. L'enthousiasme l'avait gagnée et en ce temps La Raucourt n'avait pas de plus sincère admiratrice que Thérèse.

Madame Fleury très honorablement connue dans le quartier, entendait la meslse à Sainte- Marguerite en attendant que la chapelle des Annonciades fut ouverte au public et ne manquait pas, le jour de la Fête-Dieu, de faire tendre ses fenêtres pour le passage de la procession (2).

Un vieux voisin qui habite auprès de la dame a une singulière manie : tout aveugle qu'il est, cet ancien avocat au Parlement, fait écrire par son épouse la gazette de Popincourt, il consigne tous les racontars de bonnes femmes, le vrai, le faux, se renseigne, et là-dessus, s'endort tranquille

(1) Thérèse Fleury. — Rue Verte, rue des Amandiers, Pont-aux- Ghoux, paroisse Sainte-Marguerite, demi-loge de six places du 3e rang. — 625 livres. Les Abonnés de l'Opéra en 4778, publication de M. le vicomte de Grouchy. Bulletin de la Soc. de l'HisI . do Paris, 1891, p. 149.

(2) Livre-journal du tapissier Chapuy, rue du Bac — Fournitures faites à M"e Fleury, bourgeoise, rue Verte en 1779:

« Pour avoir tendu à la Fête-Dieu : 3<^> livres.

Le même tapissier avait livré à Mlle Fleury, l'année précédente, un feu à griffes et sa paire de bras en or moulu de 300 livres. Une garniture d'écran à main et étoffes diverses pour rideaux.

Un de nos amis M. Vial, nous communique ce document. Un tapissier parisien fournisseur d'artistes au XVIJI* siècle (Ouvrage en préparation).

Page 1