‹ La réaction d'agglutination (réaction de Paul-Bunnell-Davidsohn) au cours de la mononucléose infectieuse: Son intérêt diagnostique et nosologiqueChapitre 45 sur 51 · MT T COR · texte numérisé non relu

MT T COR

inapparente ainsi que l’a montré Ch. Nicozze à la suite de ses recherches expérimentales sur le typhus. L'examen bactériologique et surtout la R. À. permettront le diagnostic de telles formes.

Si l’on admet que la M. L. puisse évoluer sous forme inapparente, on peut interpréter les constatations faites par certains auteurs qui ont trouvé au cours de recherches en série des R. A. positives chez des sujets n'ayant apparemment aucun des signes de M. E. en évolution. Sur 3.420 sérums examinés, WisiNG aurait trouvé 5 réactions positives sans qu'il ait pu mettre en évidence de signes cliniques de M.[. Parmi ces sujets, deux avaient reçu une transfusion une semaine avant et l'hypothèse d’une forme inapparente peut dans ce cas être soutenue. M. DEMANCHE à rapporté deux cas de R. A. positive, l'une chez un diabétique, l'autre au cours d'une atteinte rhumatismale, M. R. Souier sur 342 réactions n’a pas observé de faits semblables.

Sans doute de tels faits pourraient être interprétés comme un manque de spécificité de la réaction. Mais il convient de remarquer qu'à notre connaissance, la R. A. ne paraît avoir été recherchée, dans les quelques cas que nous venons de rappeler, qu'une seule fois. Si par des examens successifs, on avait pu constater son virage à la négativité, nous croyons qu'il y aurait là un argument en faveur de l’existence de formes inapparentes, ce ‘qui du même coup serait contre l'hypothèse de la non-spécificité. Au demeurant, nombre de réactions biologiques ont été parfois trouvées positives en dehors de la maladie

qui devait spécifiquement les provoquer. I en est ainsi

vw

Len

de la réaction de Bordet-Wassermann dont la positivité parfois rencontrée dans des affections non syphilitiques n'entraîne ni le diagnostie de syphilis ni le diserédit sur une réaction sérologique dont la valeur n'est plus à diémontrer.

Nous ne saurions terminer cette étude de la valeur diagnostique de la R. A. sans évoquer les cas que nous avons précédemment signalés et dans lesquels les signes cliniques et hématologiques conduisaient au diagnostic de M.I. alors que la R.A. était négative. On pourrait, comme pour les faits précédents, invoquer une défaillance de la méthode sérologique, encore qu’il soit nécessaire avant d'admettre celle-ci de refaire la réaction plusieurs fois affin de s'assurer que l’on ne se trouve pas dans la période présérologique qui dans certains cas, tel celui de MM. DEuaxcne et Worms, peut être assez longue. De même si les signes cliniques et hématologiques ont disparu ou sont très atténués, on pourrait adimettre que le virage au négatif s'est déjà produit, encore qu'une telle hypothèse soit peu vraisemblable car on sait que la R. A. est en général positive un certain temps après la rétro-

cession des signes cliniques voire même hématologiques

Etant donné que dans certains cas, la R. À. est constamment négative pendant l’évolution du syndrome adénolymphoïdique aigu ou subaigu avec mononueléose et même après celui-ci, nous croyons plus logique — si l’on admet que la R. À. a une réelle spécificité, — de proposer une autre interprétation, ce qui nous amène à l'étude de la place nosologique de la M. T

'eGE

2. Valeur de la Réaction dans l’étude noso'ogique des adénolymphoïdites

Lorsqu'au début de ce travail nous avons rappelé comment on avait été amené progressivement à isoler du groupe des adénolymphoïdites une affection qui paraissait autonome, nous avons déjà laissé entrevoir que celte autonomie avait été par la suite assez souvent diseutée. De fait, nombre d'auteurs ont été conduits à admettre que la Fièvre Ganglionnaire pouvait relever d'étiologies diverses et qu'on ne pouvait la considérer comme une entité morbide.

Qu'il nous suffise de rappeler à ce propos les remarques faites il y a déjà très longtemps par LEENHARDT lorsqu'il écrivait que «le terme de Fièvre ganglionnaire est impropre en tant qu'entité morbide. Cette affection doit être supprimée du cadre nosologique : ce n’est autre chose qu'une adénite banale qui par suite du terrain sur lequel eile évolue et de la forte réaction des ganglions de l’enfant revêl un aspect symptomatique si particulier qu’on a pu en faire une maladie spéciale. » De leur côté, VARIOT, SEGARD considèrent que «cette Fièvre ganglionnaire n'est autre chose qu'une adénoïdite compliquée d’une violente adénopathie. »

En 1928, à la suite de la publication du travail de M. CHEVALLIER, la question de l'autonomie de la Fièvre ganglionnaire devait être à nouveau discutée à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, en particulier par Comey qui avait consacré de nombreux travaux aujourd'hui classiques sur la Fièvre ganglionnaire, et avait ins-

PET LR

piré la thèse de GOURICHON Où étaient étudiées 80 observations. | a |

Or des discussions auxquelles cette affection a donné lieu on peut retenir essentiellement les faits suivants :

Pour Comex, la Fièvre ganglionnaire est une maladie frappant presque exclusivement l'enfant en bas âge, s’accompagnant rarement d’angine nette mais toujours de fièvre et d'adénopathies avant tout sous angulo-maxillai: res pouvant dans certains cas suppurer, mais se terminant toujours par la guérison. Cette maladie peut être considérée comme une streptococcie bénigne. Enfin et surtout elle présente trop de dissemblances avec lPadéno-Tymphotïdite aiguë bénigne décrite par M. CHEVALLIER pour qu'on puisse admettre qu'il s'agit de deux affections ayant la même étiologie. ComBy reconnait d'ailleurs qu'il serait nécessaire de faire des examens hématologiques systématiques chez l'enfant pour les comparer à ceux faits chez l'adulte.

M. CuevazLier au cours de la discussion affirme l’identité de la maladie des enfants et des adultes en se basant sur l'aspect clinique et sur des examens hématologiques anciens de Tipy et MorLaY qui ont contribué à rapprocher la Fièvre ganglionnaire de la M. TI. et celles plus récentes d'ErLicn, de Varsovie, qui aurait trouvé au cours de la Fièvre ganglionnaire de l’enfant une mononueléose nette.

Toutefois M. CATHALA dans cette même discussion signalait qu'il avait recherçhé dans un certain nombre de cas de Fièvre ganglionnaire chez de jeunes enfants de 2 à 6 ans quel était l’état de la F.H°L et qu'il n'avait pas rélevé la mononucléose escomptée. Mais il admettait cepen-

— 88 — pe

dant que la Fièvre ganglionnaire est vraisemblablement une maladie infectieuse spécifique, souvent épidémique, et qui doit être séparée des rhino-pharyngites avec adénoïdite.

Il conviendrait donc de reprendre l'étude comparée des fièvres ganglionnaires de l'enfant et des adénolymphoiï dites de l’adulte, en procédant à ces deux investigations essentielles. Le milieu dans lequel ont été faites nos recherches ou recueillies les observations de M. R. Soir ne nous à pas permis d'étudier la maladie chez le petit enfant, le moins âgé de ceux pour lesquels une R. A. à été pratiquée ayant 20 ans : mais il serait utile, eroyons-nous, que la question fût reprise dans les services de pédiatrie.

Une classification nosologique, basée outre l'examen elinique sur l’hématologie et la sérologie, doit également permettre d'isoler parmi les adénolymphoiïdites observées chez l'adulte celles qui relèvent de la M. I. (telle que nous l'avons définie en tant que maladie spécifique) et celles qui relèvent d'étiologies diverses. On serait ainsi conduit, du moins provisoirement, à ne pas classer comme M.I. les cas dans lesquels on à constaté des signes cliniques et hématologiques comparables à ceux de la M.E., mais pour lesquels on a obtenu une R. A. négative. Ainsi les faits que nous avons rappelés plus haut, en particulier ceux rapportés par MM. P.E- WeEiz et ASCHKENAZY, Gou- NELLE €t FOLLIN, CATHALA, R. CLÉMENT, R. SOHIER, nous paraissent devoir être considérés comme distincts de la M.I. D'ailleurs MM. P.-E. Weiz et ASGHKENAZY avaient admis que les syndromes adénolymphoïdiens avec hyperleucoeytose modérée et mononueléose qu’ils avaient obser-

dep"

vés, étaient provoqués par une rhino-pharyngite sans doute banale, un impétigo de la face ou une angine. Toutefois MM. SaBrazës et SaRic émettent en 1938 —— dans leur travail sur les hémopathies lympho-monocytaires — l'avis que les angines Iymphomonocytaires peuvent être dues à : des infections amygdaliennes à coeci (streptocoques, staphylocoques, pneumocoques), évoluant sur un « terrain de myélopoièse labile dans la série granulocytaire, et de lymphocytopoiïèse irritable ».

En résumé. les travaux successifs qui avaient conduits par étapes à l'isolement ‘de la Fièvre ganglionnaire de l’enfant, puis des angines avec mononucléose sanguine et de la mononueléose infectieuse, laissaient subsister quelques incertitudes sur l'autonomie des affections décrites sous ces divers noms et sur les rapports exacts entre cette Mononucléose infectieuse de l'adulte et la Fèvre ganglionnaire de l'enfant. :

Or cité de la R. A., nous croyons qu'on possède avec ce test

, admettant jusqu’à plus ample informé la spécifi- “un moyen d'apporter quelques clartés dans les discussions, ou si l’on préfère, un substratum nosographique permettant un €elassement concret des faits observés. Même si ces données doivent être ultérieurement revisées, nous pensons qu'on doit admettre l’existence d'une maladie autonome spécifique : « la Mononucléose Infec tieuse », mais que son identification doit reposer essentiellement sur deux éléments, la mononueléose sanguine d’une part, la positivité de la R. A. d'autre part. Une telle conception nosologique nous paraît d’ailleurs défendable s:

l’on veut bien admettre la multiplicité des causes suscep-

rs ri pen

tibles de provoquer des réactions du tissu lymphoïde ou réticulo-endothélial, ou si l’on préfère lympho rétieulaire — terme qui permet d'évoquer les deux éléments essentiels du tissu Iymphoïde, à savoir : le trame réticulée et les sinus d’une part, les formations lymphoiïdes de l'autre, Ce tissu a un tel rôle dans la défense de l’orga-

nisme iqu'il n'est pas surprenant qu'il soit appelé à réagir

-à toutes sortes d’agressions qu'elles soient dues à des bac-

téries (cocci divers et streptocoques en particulier) comme dans les cas de Fièvre ganglionnaire du type de ceux décrits par ComBy, ou dans ceux d’adénolymphoïdite rapportés par M. PE. Wir, ou qu’elles soient provoquées par l'agent pathogène, encore à découvrir, de la MT.

Les travaux récents sur les Réticuloses, et en particulier ceux de MM. CATHALA et BOULENGER, ont attiré l'attention sur les multiples modalités réactionnelles du tissu réticulo-endothélial que M. Sezary, après d’autres, s’est efforcé par aïlleurs de classer. < .

La M. [. pourrait représenter une de ces modalités de réponse à une agression spécifique. Encore faudrait-il définir la dénomination qu'il convient de donner à cette affection en fonetion des données hématologiques. Faire rentrer comme le propose M. Sezary la M. L. dans le cadre des «Réticuloses hyperplasiques à évolution rapide et bénigne », c’est, croyons-nous admettre à la fois que l’hy.perplasie réticulaire est dominante dans cette affection et que son expression hématologique est la monocytose, le monocyte étant considéré comme provenant du tissu réticulo-endothélial. Or nous avons vu que le sang des

sujets atteints de M.T. ne contenait souvent que peu de

ni

monocytes et beaucoup d'éléments paraissant appartenir à la lignée lymphoïde. Nous préférerions classer la M. I. dans le groupe des adénolymphoïdites, ou avec M. SaBraxs dans celui des angines lymphomonocvytaires, terme plus restrictif cependant puisqu'il implique la manifestation clinique qui est l’angine, laquelle peut manquer.

Nous proposerions alors d'isoler avee M. R. Sonier. dans le cadre des maladies du tissu lymphoïde ou lymphoréticulaire, les adénolymphoïdites infectieuses aiguës bénignes parmi lesquelles on distinguerait en tenant compte de l’hématologie et de la sérologie (R. A.) :

Les edénolymphoïdites avec réactions lymphomonocytaires ou mieux mononucléaires a) s'accompagnant d'une R. A. positive la Mononucléose Infectieuse, maladie spécifique. b) ne s'accompagnant pas de R. À. positive les adénolymphoïdites à pyocoques (tout ou partie des fièvres glandulaires suivant les auteurs). les adénolymphoïdites de cause indéterminée (les cas dans lesquels les pyocoques ne paraissent pas en cause, et qui relèvent de désordres biologiques divers

ou d’agressions non infectieuses).

Il. Les adénolymphoiïdites avec réaction monocytaire

Les cas du type rapporté par M. R. CLEMENT, qui seraient essentiellement des réticulo-endothélioses aiguës bénignes monocythémiques et dont l'étio-

logie reste à préciser.

Page 1