MECANISME DE LA REACTION
Nous ne saurions aborder iei une étude complète du mécanisme de la R. A. Nous nous bornerons à évoquer les problèmes que pose la constatation — dans le sérum des
sujets atteints de M. TL. — d'agglutinines pour les hématies
de mouton, ainsi que l'orientation ‘qui nous paraît devoir être donnée aux recherches, à défaut de solutions définitIVes: + * d On comprendra d’ailleurs aisément qu’on ne peut entreprendre avec précision une telle étude en l'ignorance où nous sommes de l'agent pathogène provoquant la M. I. A cette inconnue s’en ajoutent d'autres, et aprticulier celles qui persistent, malgré de nombreuses recherches, sur la nature exacte des antigènes de Forssman, et des multiples modalités réactionnelles de l'homme et des animaux. Nous croyons utile de rappeler succinetement que la R. A. est déterminée avant tout par la présence dans le
sérum des malades atteints de M. [., d'agglutinines pour
les hématies de mouton non absorbables par le rein de
cobaye, mais absorbables par les hématies de bœuf, ou plus exactement par les hématies de bœuf euites à 100°
pendant 1 heure.
On est conduit alors à formuler une première hypothèse : celle de l'existence dans l'hématie de mouton de 2 fractions antigéniques : l’une (que nous appellerons pour plus de simplicité : F) et qui a des propriétés antigéniques voisines sinon identiques à celles contenues dans le rein de cobaye, ou les organes ou tissus des animaux du groupe Forssman ; l’autre (que nous appellerons B) et qui doit logiquement avoir une parenté sinon une similitude avec les éléments antigéniques de l'hématie de bœuf. On conçoit alors que les anticorps anti F provoquent l’agglutination ‘de l'hématie de mouton, de même que les anticorps anti B ; mais les premiers sont absorbables par le rein de cobaye qui contient la partie F de lhématie de mouton, alors que les seconds ne le sont pas car ils correspondent à la fraction antigénique B de cette hématie. Ils sont par contre absorbés par lhématie de bœuf qui paraît s'identifier à cette fraction B.
Ceci rappelé il convient de remarquer que la R. A. paraît devoir être considérée —— du moins pour Je moment — conime une réaction para-spécifique, puisqu'elle met en Jeu un élément antigénique : l'hématie de mouton, qui n'est certainement pas l'agent eausal de la M. I
Une telle réaction n'est d'ailleurs pas unique en Immunologie, Qu'il nous suffise de rappeler la réaction de WErL- MErix qui utilise un antigène (le Protéus X#9) qui n’est pas l'agent eausal du typhus exanthématique, puisqu'on admet que eelui-ei est une Rickettsia. Bien plus, les réaetions sérologiques de la syphilis — qu'il s'agisse de réaction d’hémolyse ou de floculation — sont aussi para-spéci-
fiques en ce qu'elles font intervenir un élément réactif,
Le AU
dit antigène (extraits d'organes divers ayant comme caractère commun de contenir des lipoïdes) qui ne contient pas l'agent pathogène de la syphilis. De même la réaction de Henry dans le paludisme qui utilise des éléments dont un seul (mélanine) se rapproche de produits contenus dans l’hématozoaire, mais n’est pas ce parasite lui-même. Quoi qu'il en soit, ces parentés entre diverses réactions biologiques étant rappelées, nous pouvons tenter d’expliquer le mode d'apparition des agglutinines anti-B pour la fraction B de l’hématie de mouton.
Deux hypothèses peuvent être envisagées.
1. L'agent pathogène de la M. .E. et la fraction B de Fhématie de mouton ont une communauté antigénique. Celle-ei relève d’une simple coïncidenee ou de phénomènes biologiques qui nous échappent. Rappelons par exemple que pour la réaction de WErL-FELIX on à évoqué — et d’ailleurs vérifié en partie — les rapports antigéniques entre le Protéus X19 et la Rickettsia (P. Lepine). Dans le cas qui nous occupe il est impossible de vérifier cette hypothèse tant que l’on n'aura pas pu isoler l'agent pathogène de la M. [ l
2. Il n'y à pas identité de structure antigénique entre cet agent pathogène et la fraction B de lhématie de mouton, mais au cours de l'infection il se produit dans l’organisme un complexe entre l'agent infectant, cause de la M. I. et les tissus ou les humeurs dans lesquels il végète. Ainsi se constituerait un antigène ayant une structure voisine sinon identique à B. Fl ne s'agirait pas d’ailleurs d'un fait isolé en Immunologie et la notion d’endo-antigène proposée en partieulier par MM. Le BouRDELLES et SK-
DALLIAN s'appliquerait à ces cas particuliers. On sait d'ailleurs qu’on peut expliquer par un te] mécanisme l'apparition d'anticorps susceptibles d'agir sur les lipoides des divers antigènes utilisés pour le diagnostic biologique de la syphilis, ou de provoquer la réaction de HENRY au cours du paludisme.
Quelle que soit l'hypothèse de travail adoptée il est permis de rechercher si expérimentalement il n'est pas possible d'obtenir des anticorps du type des agglutinines de la M. L. ou si l’on veut du type anti-B pour reprendre notre schéma. C’est ce que nous avons tenté de faire.
Le problème, croyons-nous, pouvait être posé de la façon suivante en partant de l'hématie de mouton comme antigène, ce qui paraissait possible pusqu'aussi bien l’anticorps présent dans le sérum des sujets atteints de M. [. agit sur ces hématies. Etant donné que l'hématie de mouton paraît contenir deux éléments antigéniques B et F, pour obtenir un sérum n’agissant que sur la fraction B, ou si l’on veut dont les anticorps soient anti ‘BB et non anti F, ou pour plus de précision encore ne soient absor- Lés que par Pantigène B (hématies de bœuf) et non par l'antigène F (rein de cobaye) en un mot se trouve ainsi comparable au sérum donnant une R. A. positive, il était nécessaire de neutraliser cet antigène F.
Deux solutions s’offraient à nous :
7 détruire dans l'hématie de mouton la fraction F, ce qui n'allait pas sans certaines difficultés,
— ou bien injecter l’hématie de mouton à un animal ayant l’antigène F dans ses tissus et de ce fait incapable de produire lanti F. Le cobaye réalise de telles condi-
ES
tions. Nous avons done injecté dans le péritoiné d’un cobaye, à plusieurs reprises, des hématies de mouton, et examiné avant son sérum. Or ce sérum à acquis un pouvoir agglutinant pour les hématies de mouton : mais ces agglutinines anti-mouton n’ont été aksorbées que très faiblement par les globules rouges de bœuf et pas par le rein de cobaye. Le sérum obtenu ne pouvait done pas être comparé à celui donnant une R. A. positive.
Le problème pouvait être étudié d'une autre façon. Si l’on admet l'identité antigénique entre la fraction B de l'hématie de mouton et l’hématie de bœuf, il suffirait d'injecter à un animal des hématies de bœuf et de rechercher ensuite la nature des agglutinines obtenues.
Nous avons dans une première expérience choisi le lapin — ceci pour les raisons suivantes : On savait que l'injection au lapin d'hématies de mouton provoquait lapparition d’hémolysines anti-mouton et que ces hémoiysines ne disparaissaient pas lorsqu'on mélange le sérum avec un extrait d'organes de cobaye (Borper). On retrouvait là, du moins à ne considérer que les hémolysines, un phénomène voisin de celui observé avec le sérum des malades atteints de M. I. bien que dans ce cas il s'agisse d’aggelutination et non d’hémolyse.
Or après avoir fait des injections intraveineuses répétées d'hématies de bœuf à un lapin nous avons obtenu un sérum avec lequel nous avons fait une R. A. donnant les résultats suivants :
SRE DUT pe celà SN eee Me à 333 9933 211 Sérum ap. absorpt. p. hématies de bœuf 333 333 321 Sérum après absorp. p. rein de cobaye 433 5332 111
Comme nous avions employé pour l’immunisation des hémtaies de bœuf fraîches, nous avons recherché si l’absorption — non obtenue avec les globules de bœuf cuits comme dans la R. A. classique — le serait avec des hématies de bœuf fraîches. Or celles-ci n'ont pas mieux absorbé que les précédentes. Ce sérum n'avait done pas les caractères des sérums donnant la R. A. positive.
On pouvait s'étonner d’un tel résultat connaissant ce que nous avons rappelé sur la qualité des hémolysines obtenues chez le lapin par injection d’'hématies de bœuf.
Mais nous devions en trouver au moins une explication.
Il nous est apparu en effet qu'il n’y avait pas parallélisme entre les hémolysines et les agglutinines anti-mouton obtenues chez le lapin. En effet, fait qui peut paraître surprenant, le sérum obtenu par injection d'hématies de bœuf au lapin a un fort pouvoir agglutinant anti-mouton. mais n'agglutine qu'à un faible taux les hématies de bœuf qui ont cependant servi à son immunisation. Mais par contre il a un pouvoir hémolytique nettement plus élevé pour les globules rouges de bœuf que pour ceux de mou-
ton.
Ainsi pourrait, croyons-nous, s'expliquer la discordance entre le phénomène d’agglutination que nous avons chefché à obtenir et celui d'hémolyse signalé par BoRDET.
Tout au plus obtenions-nous un sérum qui avait bien une des qualités, la plus importante à notre sens de la R. À. c'est-à-dire la présence d’agglutinines anti-mouton non absorbables par le rein de cobaye, mais qui ne les avail pas toutes puisque ces agglutinines anti-mouton
n'étaient pas absorbées par les hématies de bœuf comme dans la R. A. classique.
Aussi nous avons tenté une dernière expérimentation. Elle consiste à injecter à un lapin par voie intrapéritonéale des hématies de bœuf cuites à 100° une heure, c'est-à-dire l’antigène que nous utilisons dans la R. A. Un tel sérum que nous venons d'obtenir nous a donné les résultats suivants, en réalisant une R. A. classique en présence d’hématies de mouton à 2 %.
PAROI. LE NE ee 322 100 000 -Sérum après absorp. p. hématies de bœuf 100 000 000 Sérum après absorp. p. rein de cobaye 222 100 000
Nous voyons qu'on se rapproche ainsi du sérum type de la M. I, sans arriver à la reproduire expérimenta. lement.
Les circonstances ne nous ont pas permis de compléter cette expérimentation notre travail ayant dû être présenté dans des délais plus courts que ceux dont nous comptions disposer.
Certes toutes ces expériences demandent à être vérifiées et reproduites plusieurs fois, mais nous avons cru utile d’en donner les premiers résultats, avec toutes les
réserves qui S’imposent.
Nous terminerons cet essai sur le mécanisme de la. R. A. en retenant essentiellement que la R. A. paraît devoir être considérée comme une réaction para-spécifique. I] est logique d'admettre qu'il y a une parenté antigénique entre la structure de la fraction B — comparable à l’hématie de bœuf — de l’hématie de mouton et l'agent