CHAPITRE PREMIER
L'angine de Vincent et les infections fuso-spirillaires
Il faut remonter à 1855 pour trouver, avec Bergeron, les premières descriptions d’angines ou de stomatites à type ulcéreux. (Recueil de Mémoires de Médecine militaire 1858, p. 134 et 1417).
En 1895, dans les Archives de Laryngologie (p. 164 et 196) Moure et Mendel décrivent les caractères cliniques et l’aspect chancriforme des lésions causées par la symbiose fuso-spirillaire ; mais celle-ci restait encore inconnue et c’est en 1899 que Vincent publie dans les Annales de l’Institut Pasteur (p. 610) le premier travail bactériologique détaillé sur l’angine ulcéro-membraneuse, travail qui est à la base de toutes les recherches ultérieures. Le savant professeur du Val-de-Grâce avait d’ailleurs, dès 1893, commencé ses observations sur l’angine qui porte son nom.
En 1899, Dopter, Sacquépée, publient des cas 1s0lés et Panoff, puis Athanasiu affirment l'identité au
: ali ne
point de vue bactériologique de l’angire et de la stomatite.
En 1901, deux médecins militaires, MM. Niclot et Marotte, font de cette affection une étude détaillée à laquelle nous nous sommes souvent reportés avec fruit.
Dès ce moment, les observations d'angine de Vincent sont du domaine de la pratique courante et nous allons passer en revue, dans un exposé rapide, les données de la clinique et du laboratoire.
Etiologie
L’angine de Vincent s’observe plus souvent chez l’homme que chez la femme et frappe de préférence les adolescents ou les sujets n'ayant pas dépassé la trentaine ; aussi est-elle fréquente dans les corps de troupe et parmi les causes prédisposantes on a signalé : le tabac, les accidents de la dent de sagesse, les dents cariées, le traitement mercuriel et en général tous les facteurs d’irritation de la muqueuse buccale ou pharyngée. Les accidents secondaires de la syphilis occupent à ce point de vue une place à part et nous y renviendrons avec plus de détails dans le Chapitre IT. L'angine fuso spirillaire est-elle contagieuse ? Bernard et Auger, puis S. Costa, en 1903, croient avoir surpris quelques cas d’épidémies d’ailleurs très limités. Mais cette notion ne semble pas encore nettement établie.
Ajoutons que l’angine de Vincent n’est pas spé-
tee
ciale à l'Europe. Dès 1900, on la signalait en Amérique du Sud.
Bactériologie
Les agents pathogènes sont au nombre de deux, le bacille fusiforme et le spirille de Vincent, ou plus exactement le Spirocheta Vincenti, groupés en une association qu'on a appelée la symbiose fuso-spirillaire et que Vincent décrivit pour la première fois en 1896 dans la pourriture d'hôpital, puis en 1898 et 1899 dans l’angine ulcéro-membraneuse.
Le bacille fusiforme a l'apparence d’un bâtonnet renflé en son centre, effilé à ses extrémités, long de 5 à ro uv, large de r, se présentant dans les préparations le plus souvent mêlé à des spirilles, parfois groupé en amas, parfois isolé, rarement uni bout à bout à un de ses congénères. Il se colore facilement par la thionine, le violet de gentiane, prend le Gram. Il perd rapidement sa mobilité : S. Costa a montré qu'elle était constatable dans le pus frais provenant de lésions non exposées à l'air.
Leukowicz l’a obtenu en culture pure en milieu anaérobie, dans la gélose glucosée additionnée au tiers de sérosité péritonéale d'enfant ; les colonies apparaissent au bout de 24 heures sous forme de pelits points grisâtres et dégagent une odeur putride.
Vincent a montré que les animaux sains sont réfractaires à l’inoculation, mais que celle-ci devient possible lorsqu'il y a attrition des tissus, plaies négligées, surmenage, etc... Nous retrouvons ici la