‹ La Réaction de Type Méningitique du Benjoin Colloidal dans Certaines Maladies Mentales et Plus Spécialement dans les Psychoses Hallucinatoires ChroniquesChapitre 31 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Discussion des résultats.

Il nous faut discuter tout d’abord de la valeur même de la réaction que nous avons étudiée.

On pourrait nous objecter que la précipitation du benjoin dans la zone méningitique est en rapport avec l’hyperalbuminose, qui coexiste souvent avec cette précipitation. Nous ferons remarquer que la présence simultanée d’une hyperalbuminose et d’une réaction du benjoin de type méningitique est cependant loin d’être la règle. Nous avons noté que, dans les psychoses hallucinatoires chroniques, celte réaction ne s’accompagnait parfois d'aucune augmentation du taux de l’albumine (qui est considéré comme normal lorsqu'il ne dépasse pas o gr. 30 par litre). Il suffit de se reporter aux observations 1, 11, 13, 15, 16, 17, 18 pour s’en assurer.

Courtois et Pichard (1) ont fait des constatations analogues chez les alcooliques. Sur les 87 cas qu'ils ont étudiés, ils ont trouvé 22 fois une précipitation du type méningitique isolée sauf dans 2 cas où cette

1. Courtois et Pichard, Le liquide céphalo-rachidien dans lalcoolisme subaigu (100 examens), Soc. Med. Psych., 24 juin 1929,

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réoction était accompagnée d’une très légère hyperalbuminose (o gr. 35 et o gr. 4o). D'ailleurs les nombreux auteurs qui se sont attachés spécialement à l’étude de la réaction de Guillain n’attribuent aucune influence au taux de l’albumine du liquide céphalorachidien sur la précipitation du benjoin. Guillain, Laroche et Léchelle (1) disent « que la réaction du benjoin ne présente pas de rapports avec l’hyperalbuminose du liquide céphalo-rachidien. »

H. Rabeau (2) a constaté lui aussi dans ses nombreux examens que l’hyperalbuminose ne joue aucun rôle dans la précipitation du benjoin... « Nous avons noté, dit-il, des réactions négatives (il s’agit de la syphilis) avec o gr. 50 et o gr. 90 d’albumine chez des syphilitiques. En dehors de la syphilis, la réaction fut négative avec des liquides contenant 3, 5 et 7 gr. d’albumine par litre. »

Enfin Duhot et Crampon (3) écrivent que « la réac— tion du benjoin colloïdal est indépendante du taux de l’albumine totale, des éléments cytologiques, de l’urée, du glucose ».

Quant à la lymphocytose elle semble, de toute évidence, n'avoir aucune influence sur la précipitation

1. Guillain, Laroche et Léchelle, La réaction du Benjoin colloïdal, Masson, 1922, p. 108.

2. H. Rabeau, Contribution à l'étude des albumines du liqnide céphalo-rachidien, en particulier dans la syphilis. Thèse de Paris, juillét 1921, p. 154.

3. E. Duhot et P. Crampon, Etude sur la réaction de précipitation du benjoin colloïdal dans les liquides céphalo-rachidiens» Bulletins et mémoires de ia S. Méd. des Hôpitaux, séance du 4 mars 1921,

du benjoin dans la zone méningitique. Guillain, Laroche et Léchelle (1) écrivent que « la réaction du benjoin colloïdal n’a aucun rapport avec le nombre des cellules du liquide céphalo-rachidien ». Ils l'ont montré expérimentalement en pratiquant la réaction sur deux échantillons d’un même liquide, dont l’un avait été centrifugé au préalable, donc privé des éléments cellulaires. Les résultats trouvés dans les deux épreuves étaient absolument identiques.

Signalons à ce propos que nous n’avons pas constaté dans nos observations de lymphocytose notable. À peine avons-nous noté dans de très rares cas 2 à 3 lymphocytes par mmc., sauf dans une observation (n° 19) où nous en avons trouvé plus de 8.

Enfin, nous ne pensons pas non plus que le taux des globulines joue un rôle dans la précipitation du benjoin dans la zone méningitique. En ce qui concerne les psychoses hallucinatoires chroniques, la réaction de Weichbrodt s’est toujours montrée normale. Quant à la réaction de Pandy nous l’avons trouvée parfois légèrement positive (obs. 1, 3, 5, 7). Dans les autres syndromes étudiés, d’étiologie organique certaine, nous avons remarqué que la réaction de Pandy était assez souvent positive (abs. 27, 30, 35), ou positive atténuée (obs, 34), en dehors de toute syphilis.

Il nous paraît donc bien établi que la précipitation

du benjoin dans la zone méningitique est indépen-

1. Guillain, Laroche et Léchelle, La réaction du benjoin colloïdal, Masson, 1922, p. 110.

dante des modifications des divers éléments du liquide céphalo-rachidien. Elle possède par conséquent une valeur propre, et si elle n’a pas la valeur séméiologique de la précipitation dans la zone syphilitique, elle peut cependant apporter dans certains cas des renseignements utiles à la clinique. Il en est ainsi en pathologie mentale.

Nous avons déjà signalé les causes d’erreur que nous nous sommes efforcés de toujours éviter, fautes de technique, mauvaise qualité du benjoin, etc. Pour parer à ces éventualités, nous nous sommes adressés à des laboratoires différents ; pour le même malade nous avons pratiqué des contre-épreuves de contrôle.

Nous n’avons, naturellement, pratiqué la réaction que sur des liquides céphalo-rachidiens parfaitement clairs, la réaction étant faussée avec les liquides troubles, sanglants ou xanthochromiques.

Est-il d’autres possibilités d'erreurs ? En supposant, les choses étant mises au pire, que dans ces conditions, il puisse subsister encore des causes capables de fausser les résultats, il serait bien extraordinaire que l’erreur se répète deux fois de suite chez le même individu, et avec une majorité frappante dans les psychoses hallucinatoires chroniques et les syndromes spéciaux où la participation méningée paraît évidente. Aussi croyons nous pouvoir retenir comme valables les résultats que nous exposons.

Leur interprétation exige à la fois la modestie et la prudence. On remarque tout d’abord que dans

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plus d’un tiers des cas de psychose hallucinatoire chronique (20 sur 58) nous avons trouvé la réaction du benjoin colloïdal étendue dans la zone méningitique ; cette proportion dépasse de beaucoup celle que nous avons rencontrée dans les autres syndromes mentaux, mis à part cependant certaines confusions alcooliques (en particulier les syndromes de Korsakoff) et certains états organiques où la proportion semble être au moins aussi élevée.

Il nous a été donné de constater que ce &« symptôme humoral » se rencontre beaucoup plus dans les périodes tardives de la psychose hallucinatoire chronique que dans les formes de début. C’est ainsi que chez la grande majorité des malades dont nous rapportons les observations, les troubles délirants

remontent à plusieurs années.

Dans l’observ. 1 les troubles évoluent depuis 14 ans

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Chez tous ces malades (13 sur les 20 que nous pré-

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