‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 23 sur 90 · DÉCLARATION DE FRANÇOIS CABAN A · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE FRANÇOIS CABAN A

Je, soussigné, résidant à la Grande Frônière de la paroisse St-Eustache, déclare et certifie qu'en 1837 j'étais l'un des plus chauds et des plus déterminés partisans du général Girod et du Dr. Chénier, son major.

Je certifie aussi que comme caporal je fus un de ceux qui Airent choisis par le général Girod pour aller à la ferme du regretté Messire Paquin, afin de le saisir et de l'amener prisonnier au village; mais comme nous n'avions pas voulu user de violence envers ce révérend

prêtre qui se refusait à nous suivre, nous retournâmes au camp ob le général Girod nous ordonna de retourner immédiatement et de tuer M. Paquin 8*9 se refusait encore à ne pas se laisser constituer notre prisonnier. Je me refusai positivement à exécuter un ordre aussi impie qu'injuste et barbare.

Je certifie de plus que j'étais parmi les insurgés qui furent renfermés dans Téglise par Girod et le Dr. Chénier, et oli nous devions combattre et massacrer Tannée anglaise qui arrivait sur le village de St-£ustache. Malheu* reusement, le feu de nos assaillants était à peine ouvert que nous reconnûmes, mais trop tard, la folie de notre résistance et de notre révolte. Chacun s'empressait alors de se cacher, de fuir, particulièrement lorsque le feu se communiqua à Téglise. Dans ce moment suprême, je me trouvai seul dans le chœur de l'église avec le Dr. Chénier et M. Joseph Robillard, et je ne puis assurer s'il y avait encore beaucoup de monde dans l'église ; mais tout ce que je me rappelle parfaitement et que j'affirme devant Dieu qui m'entend, c'est que le Dr. Chénier (comme M. Robillard et moi) était sous l'empire d'une grande excitation et d'une grande crainte, et nous dit à tous deux : '* Nous sommes flambés ! nous sommes *^ perdus ! sautons par la fenêtre de la chapelle de la " Ste-Vierge, et venez avec moi vous cacher sous le petit ** pont du fossé qui traverse le cimetière." A l'instant même, nous nous élançâmes le Dr. Chénier et moi par cette fenêtre, mais nous ne suivîmes pas M. Robillard et moi l'avis du Dr. Chénier, d'aller nous cacher avec lui sous le pont dont je viens de parler. M. Robillard prit

'^me autre direction et moi j'allai me cacher dans la petite ^:hapelle qui se trouvait alors dans le cimetib^ et où je ibs fait prisonnier par un soldat

Quand nous sautâmes par la fenêtre, il n'y avait pas on seul soldat ou volontaire dans le cimetière ; la troupe était alors devant l'église et le couvent Jje Dr. Chénier a-t-il été tué sous le petit pont oli il allait se cacher ou l'a-t-il été en se sauvant de cet endroit ? Voilà ce que je ne puis certifier, mais je sais qu'il a été tué quelques instants après que nous eûmes sauté par la fenêtre de l'Oise.

Maintenant, si on désire connaître mon opinion sur les troubles de 1837, la voici : c'est que comme bien d'autres malheureux, je m'étais laissé tromper, puis monter la tête par nos chefs, dans lesquels nous avions une confiance aveugle. Malheureusement, moi pour un, je ne connaissais nullement l'art militaire et ne savais le dommage ou le dégât que pouvaient faire les canons, la mitraille et je ne l'ai connu que trop tard ; mais nos chefs, eux, qui connaissaient le danger et toutes les conséquences folles de notre défense, devaient-ils nous engager et nous forcer à combattre ? Ne savaient-ils pas que plusieurs d'entre nous, au lieu d'avoir des armes à feu nous n'avions que des fourches, que des tisonniers, puis des faulx converties en sabre, pour nous défendre contre une troupe nombreuse, bien aguerrie, bien disciplinée, et contre une puissante artillerie ? Oh I si j'eusse alors connu les conséquences désastreuses des fautes que nos chefs devaient nous faire commettre, je ne me serais jamais aventuré dans cette malheureuse affaire.

En foi de quoi» j'ai signé la présaite déclaration, eo Oaisant ma marque, en présence du révéxend Measice Guyon et du Docteur Victor Perrault, ce trentième jour

de mars mil huit cent soixante-dix-sept

sa François x Cabana. marque

k ^'^V''''' ^"^ ] témoins.

Dr. V. Perrault J «^^ ^ •

Note — M. François Cabana a été maiguiller de notre paroisse. Il jouit d'une parfaite aisance comme de la plus haute respectabilité. Il est Tessence même de l'honnêteté et de la franchise.

déclaration de LUC LANGLOIS DIT TRAVERSY.

Je, soussigné, déclare et certifie que la déclaration donnée par François Cabana, en date du trente mais dernier (1877), est fidèle et correcte dans tout ce qui se rattache aux démarches que nous avons faite auprès de feu Messire Faquin, pour le faire prisonnier ainsi que son vicaire M. Desèves ; mais les ordres d'arrêter ces deux révérends messieurs, au lieu de m'étre transm'spar le général Girod, me furent donnés à moi par le Dr. Chénier, qui me dit : " Vous tuerez les deux prêtres, s'ils se '^ refusent à vous suivre et à ne pas se laisser constituer * vos prisonniers.*'

Quant à moi, je me croyais obligé de tuer ces deux prêtres, si mes deux compagnons Teussent voulu ; car je

— tes —

pensais que mon honneur et ma conscience devaient me contraindre à exécuter scrupuleusement les ordres de non oflScier, de mon commandant

Pour ce qui est de la partie de cette dcsdaiation oli il

M parlé de la fuite du Dr. Chénier, de Joseph Robillard

et de François Cahana^je ne puis rien attester, quoique

je oie trouvasse avec eux dans l'église ; mab il peut bicA

te fiûre que j'en serais sorti avant leur fuite. Tout ce que

je me rappelle» c'est qu'après avoir tiré sei>t à huit coupa

^ teil sur les troupes anglaises, je reconnus alors la

fiilie de notre défense. Voyant l'élise en feu et son toit

prêt à s'effondrer sur nous, je sautai par Tune des fenêtres

du côté ouest de l'élise, puis je me sauvai vers le pre«-

l^ytère, d'où je pris la fuite sur la glace.

Comme j'étais Tun des plus déterminés patriotes, l'on m'avait donné le £^de de sergent et je commandais cinquante hommes ; mais jamais je ne leur fis faire Texerdce militaire, ne le sachant pas moi-même. Nos occupations journalières se résumaient à exécuter les ordres du Dr. Chénier, c'est-à-dire d'essayer à faire bon gré mal gré des recrues ; de nous garnir de provisions chez les habitants, soit avec leur consentement ou par la contxainte ; enfin, notre principale occupation était de nous amuser et de fêter.

J'ai assisté à presque toutes les assemblées oU Ton nous disait que nous combattions pour notre religion, pour notre patrie ; et bien des fois nos chefs nous disaient pour nous encourager que si nous remportions la victoire, les dîmes et les rentes seigneuriales seraient

abolies ainsi que toutes les taxes et que nous nous partagerions le bien des riches et les terres des lo3raux.

J'étais parmi les 150 à 200 hommes qui se sont avance sur la glace pour aller au devant de la compagnie des volontaires du capitaine Globensky, croyant qne c'était la seule troupe que nous avions à combattre; mais nous fûmes détrompés et obligés de rebrousser chemin par un coup de canon qui fut tiré sur nous par les troupes anglaises, qui s'avançaient vers le nord-est

Je déclare aussi que l'on nous a dit, le jour même de la bataille, que le général de l'armée anglaise avait délégué ou envoyé un parlementaire, chargé de nous faire la proposition : que si nous mettions bas les armes et que si nous livrions nos chefs, aucun mal ne nous serait fait et le village avec ses habitants seraient respectés et protégés. Malheureusement, notre réponse fut des coups de fusil qui furent tirés sur ce parlementaire.

Si le Dr. Chénier eût voulu hisser un drapeau blanc du haut de l'une des tours de l'église, nous n'aurions pas aujourd'hui à déplorer la perte de tant de vies et lamine des plus beaux édifices du village de St-£ustache.

De plus, si les chefs étrangers et autres partisans de la rébellion, sachant que les patriotes avaient été battus dans le sud, n'étaient pas venus de Montréal nous assurer le contraire, jamais nous n'aurions voulu combattre ou faire la moindre résistance ; et cependant après nous avoir trompés, ces messieurs prirent la fuite avant la bataille !

Quoique MM. Scott et Féré fussent très violents au début des troubles, ils nous conseillèrent plus tard de

mettre bas les armes ; mais le Dr. Chénier les traita de lâches, de traîtres, et il nous contraignit à persister dans notre témâaire résolution.

Je certifie de plus que la famille Globensky nous a toujours donné les conseils sages de ne pas recourir aux armes pour revendiquer nos droits, mais de pétitionner aux autorités de la métropole pour obtenir le redressement des griefs. En retour de ces avis judicieux, cette Êunille fut persécutée et si j'avab été l'un de ses membres, j'aurais fait comme le capitaine Globensky qui s'est xnis à la tête d'une compagnie de volontaires, afin de protéger mes proches et la population paisible de St- £ustache.

Je déclare aussi que la grande majorité de ceux qui composaient le camp était étrangère à St-Eustache.

Enfin, je déclare que si de tels troubles ou si un second 1837 devait reparaître avec ses chefs, jamais je n'en serais partisan et je préférerais endurer la mort plutôt que d'y coopérer ou de m'y joindre.

En foi de quoi, j'ai signé la présente déclaration, en y apposant ma marque, en présence du révérend Messire Guyon et du Docteur Victor Perrault, ce vingt-trois avril mil huit cent soixante<lix-sept

sa Luc X Langlois dit Traversy.

marque

L J. GuYON, rtre., Curé 1 ^ j Dr. V. Perrault j ^^™^^'"-

Note. — M. Luc Langlois est un cultivateur à l'aise et li jouit d'une parfaite honorabilité.

DÉCLARATION DE BfilCJAlim LANÔlOtS DIT THAVfiKlV.

Je, soussigné, déclare qu'âpre avoir entendu ktlectim de la déclaration donnée par mon frère, Luc Langlois dit Traversy, en date du 33 avril dernier (1877), je la ratifie et confirme d^ms toute sa forme et teneur, à Tes* ception néanmoins de la partie qui se rattache à la tentative d'emprisonnement de Messires Faquin et Desfeves» acte auquel je n'ai pris aucune part Mais j'ai été aa devant de la compagnie du capitaine Globensky avec mon frère, puis j'ai combattu à ses côtés dans l'église;

Je sais aussi qu'avant la bataille, l'on parlait d'un par* lementaire envoyé par le général Colbome dans le bot de nous faire des propositions ; mais cet émissaire reçut en échange de ses offres de p&ut des coups de feu. Est-ee sur lui ou sur un autre que j'ai eu ordre de tirer et que j'ai descendu de son cheval ? Je n'en sais rien, mais tout ce que je sais, c'est que je n'ai jamais été poltron et que je n'ai jamais eu froid aux yeux, et, sans gloriole, je puis dire que j'ai été l'un des plus hardis patriotes de 1837.

Quant au Dr. Chénier, je sais qu'il s'est enfui par la fenêtre de la chapelle de la Ste-Vierge, et cela avant bmh et plusieurs autres insurgés. Après avoir pris le temps de panser un pauvre malheureux du nom de Courville qu'un boulet avait frappé au flanc gauche et qui mourut dans l'église des suites de cette blessure, je suivis le même chemin qu'avait pris le Dr. Chénier et je le tiou* vai gisant sur le sol, près du petit pont qui traversait le fossé du cimetière et dont parle François Cabana dans sa déclaration II venait d'ôtre tué par les troupes an-

^buMi qui odntunient alors l'église et le ciiaettire ; ntusOn^ avait aucun soldat danalecimeti^e lorsque je k tnvenai pour m'enfuir sur la glace, et le Dr. Chanter a dft Are tué par un militaire posté en dehors de Is d6tnn du dit cimetière.

Je déclare en dernier lien que si j'avais été persécuté comme Fa été la bmille Globenskjr, j'aurais suivi la Ugae de conduite du capiuinc Globenskj qui commandait une compagnie de volontaires, et }e n'ai rien à lui Mprocher aujourd'hui pour la part qu'il a prise aux événements de 1837. D'ailleurs, je n'ai jamais entendu dire «]uc M. Globensky et sa famille étaient les enoenin Jurés des patriotes. Ils condamnaient notre rébellion «omrae je la condamne moi-même aujourd'hui.

En foi de quoi, j'ai signé la présente déclaration, en ftisant ma marque, en présence du révérend Messire Colaneri et du Docteiu' Victor Perrault, le premier de

>ai 1877.

sa

Benjamin m Lanolois dit TkaVeiisy.

marque

A. M. Colaneri, Ptre > w„„- .

DiL V. Perrault \^"'<''°^

Note. — M. Benjamin Langlois, frfere du précédent déclarant, est cultivateur et un parfait honnête homme.

Paxlerais-je aussi d'un autre patriote qui, en tSjy, se St tout spécialement remarquer par son enthousiasme et •on dévouement entier à la cause de la rébellion f Oal,

et si ce citoyen fut endoctriné et trompé par les che&y et s'il fut la victime de son patriotisme, il ne mérite pas moins une mention toute spéciale dans l'histoire de 1837.

Ce brave cultivateur est bien connu dans cette partie du pays, tant par sa position que par la part active qu'il a prise aux événements de 1S37. Il vit encore, il porte le nom de Jean-Bte. Bélanger, il est âgé de 94 ans, et il jouit de toutes ses facultés physiques et intellectuelles.

Comme ce doyen de St-£ustache a joué un rôle marquant dans les jours de 1837, je veux lui dédier une page commémorative, qui intéressera le lecteur à plus d'un titre.

M. Jean-Baptiste Bélanger jouissait en 1837, non seulement de son honorabilité, mais aussi d'un riche patrimoine. Propriétaire de deux belles terres, sises à proximité du village de St-£ustache, il passait pour l'un des cultivateurs les plus fortunés de l'endroit

Quoique n'ayant pas d'éducation classique, il pouvait néanmoins lire les journaux auxquels il prenait un grand intérêt et il pouvait en même temps signer son nom ; de plus, il avait toujours été reconnu, comme aujourd'hui, pour son jugement droit et son intelligence peu ordinaire. Aussi, il fut désigné, choyé et courtisé par le Dr. Chénier et Girod, qui tenant à s'en faire un partisan influent, réussirent à lui faire goûter et embrasser toutes leurs idées touchant l'insurrection.

Guidé par un sentiment de dévouement à toute épreuve à ses compatriotes, il lui semblait que la prise des armes devenait un acte de légitimité ei de nécessité pressante;

^msri, il se sacrifia et n'épargna rien pour l'organiser et 2i soutenir.

Sa déclaration que je cite à l'instant, établira ce que '^37 lui a valu.

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