DEUXIÈME LETTRE
Après avoir vidé la question du Journal (fun témoin oculaire^ je passe à celle du Dr. Chénier, qui n'est cependant qu'une question secondaire, puisque mon livre n'a été publié que pour deux fins : la première, pour prouver que mon père a eu raison de combattre la rébellion ; la seconde, pour prouver que cette rébellion a été condamnée par l'immense majorité du pays. Il est évident que M. David a voulu donner le change au public, en laissant de côté la question principale, pour ne s'occuper que d'une question fort secondaire, et cela afin de se tirer du mauvais pas où il s'est engagé ; mais puisqu'il le veut, discutons cette question.
Elle est double. Il s'agit de savoir: i° si Chénier a combattu après être sorti de l'église; 2° si le cadavre du Dr. Chénier a été profané après la bataille.
Sur le premier point, M. David insiste beaucoup pour démontrer que Chénier a combattu après être sorti 'de l'église, qu'il a tiré plusieurs fois sur l'ennemi, qu'il est mort les armes à la main, en brave, en héros.
Cette insistance de sa part autorise à croire que si Chénier n'avait pas combattu aussi longtemps qu'on le dit, sa mort n'aurait été celle ni d'un brave nid'un héros. 2 17-
Je laisse à M. David toute la responsabilité de cette logique ridicule. Je dis ridicule : en effet, si Chénier, après avoir combattu dans l'église, se voyant cerné de toutes parts et prêtd'être brûlé vif, avait formé le projet de battre en retraite, sans plus coup férir, aucun homme sérieux ne prétendra qu'il aurait montré en cela de la lâcheté ou un manque de cœur.
Je me contenterai de faire observer à M. David que son argumentation manque de courtoisie à l'égard de plusieurs de ses amis, dont quelques-uns sont aussi les miens, qui voyant les forces écrasantes qui allaient attaquer le village de Saint Eustache, jugèrent que la bataille était perdue d'avance, qu'il était inutile et déraisonnable d'aller au feu dans de telles conditions, et s'enfuirent avant l'engagement. Si pour être brave, pour êire un héros, il a fallu à Chénier se faire t«er en conduisant au massacre ses compatriotes, que penser, d'après l'argument de M. David, de ceux qui n'ont pas combattu du tout? M. Faquin aurait dit qu'ils étaient des sages et que Chénier était un imbécile. M. David, lui, doit dire qu'ils étaient des lâches pour n'avoir pas fait comme des héros.
Quant à moi, je déclare de nouveau que je n'ai jamais dit que Chénier fut un lâche ni que c'était un héros. Je dirai simplement que son influence a été néfaste : de son vivant il montait les têtes, après sa mort il les fait tourner, témoin M. David.
Mais puisque M. David tient à prouver que le Dr. Chénier a combattu dans le cimetière après être sorti de l'église et qu'il cite à l'appui de cette assertion le témoignage, d'un nommé F. H, Grignon et celui d'un
nommé Olivier Benoit, je dois rappeler ici, pour l'in formation de ceux qui n'ont pas lu mon livre, les témoignages contradictoires que j'ai déjà publiés. Du reste, je n'y tiens pas autrement qu'au point de vue de la stricte vérité historique.
D'abord, je dois remarquer que le nommé Grignon est mort et qu'il n'a pas donné d'attestation écrite. Quant au nommé Benoit, sa déclaration ne vaut rien du tout, car il déclare qu'étant prisonnier dans le hangar de Féré, on est venu lui montrer le cœur de Chénier au bout d'un bâton ou d'une baïonnette, et comme je le prouverai à la fin de cette lettre, cette affirmation est si audacieuse que son auteur ne mérite pas qu'on le croie sur sa parole, fût-elle donnée en vertu de la 37 Vict.. intitulée "Acte pour la suppression des serments volontaires et extra-judiciaires."
Avant d'aller plus loin, je dois faire remarquer la contradiction flagrante et grossière qui se lit dans le témoignage du dit Ouellet, et cela en rapprochant l'une de l'autre deux de ses mirobolantes assertions à propos du corps du Dr Chénier :
." Là, j'y ai vu le corps du Dr Chénier, assis dans un fauteuil et vis-à-vis un châssis donnant sur la rue, exposé tout nu à la curiosité publique.
" Là, dans l'auberge, le corps du Dr Chénier qui avait été ouvert et dont les Jiardes étaient en lambeaux, etc. "
Comment se fait-il que le héros de M. David que l'on présente tout nu à la onzième ligne, se retrouve tout à coup avec des hardes à la dix-huitiéme ?
Veîkt sans douté dé rilluminisnie !... Ka voliùtill au moins qui ne renversera point les illusions de M. David
Cette contradiction flagrante ne mérite pas même l'aumône d'un sarcasme ou du plus léger commentaire, et passons à la preuve.
Que disent les déclarations consignées dans mon livre ? Il est dit par M. François Cabana, cultivateur des plus respectables :
''Je certifie de plus que j'étais parmi les insurgés qui furent renfermés dans l'église par Girod et le Dr. Chénier, d'où nous devions combattre et massacrer l'armée anglaise qui arrivait sur le village de St- Eustache. Malheureusement, le feu de nos assaillants était à peine ouvert que nous reconnûmes, mais trop tard, la folie de notre résistance et de notre révolte. **5 Chacun s'empressait alors de se cacher, de fuir, particulièrement lorsque le feu se communiqua à l'église. Dans ce moment suprême, je me trouvais dans le ' chœur de ^l' église avec le Dr. Chénier et M. Joseph ' Robillard, et je ne puis assurer s'il y avait encore beaucoup de monde dans l'église ; mais tout ce que je ^ me rappelle parfaitement et que j'affirme devant Dieu qui m'entend, c'est que le Dr. Chénier (comme M. Robillard et moi) était sous l'empire d'une grande excitation et d'une grande crainte, nous dit à tous deux : " Nous sommes flambés ! nous sommes perdus ! sautons par la fenêtre de la chapelle de la Ste- Vierge, et venez avec moi vous cacher sous le petit pont du fossé qui traverse le cimetière."
Par Wm. Inglis, écuier, président de la société d'Agriculture du comté des Deux- Montagnes, homme
haut placé, fort considéré et Tami des Canadiens français :
f " Regarding the death of Dr. Chéuier, I did not [ witness it, but I understood that he was shot while \ attempting to escape. The cause which he attempted to support having become hopeless, it was his duty to use any raeans still in his power to save hislife. Itis a poor tribute to his memory to represent him as having comraitted an act which would hâve been simply suicide, as he is represented to hâve rnshed ont of the church sword in hands, in face of the troops. "
Par Jean-Bte Proulx dit Clément, ancien marchand et honorable doyen de St-Eustache :
'• Je me crois obligé de faire remarquer que le dit Payriard a dû répéter bien innocemment ce qu'il a entendu dire, car il mentirait s'il soutenait que le Dr Chénier, après s'être évadé de l'église, aurait combattu les troupes en face de cet édifice."
Par MM. Luc Langlois et Jean-Bte Bélanger, patriotes respectables, dont l'un a combattu dans l'église :
'• Nous déclarons que nous n'avons jamais entendu / dire que le Dr Chénier, après avoir sauté dans le I cimetière, lors de la bataille du 14 de décembre 1837, \aurait combattu dans aucun endroit."
Par M. Néré Choquette, type dy gentilhomme et citoyen fortuné :
De plus, je dois ajouter que mon père qui a assisté à la bataiile du 14 de décembre 1837, m'a formelle'-
ment dit ainsi qu'à un grand nombre de personnes, et cela en plusieurs occasions, que le Dr Chénier n'a jamais combattu les troupes après être sorti de l'église, et qu'il a été tué par un conp de feu lorsqu'il eut sauté dans le cimetière de St-Eustache, d'où il essayait à se sauver."
Par M. Thomas Brunet, cultivateur on ne peut plus honorable :
" J'affirme aussi que j'ai toujours entendu dire que, aussitôt que le Dr Chénier fût sorti de l'église, il fut tué d'un coup de feu tiré sur lui lorsqu'il fuyait et voulait franchir le cimetière qui touchait à la dite église. "
Par Alexandre Poirier, homme honnête et patriote qui a combattu dans l'église :
"Je n'ai pas vu tuer le Dr C4hénier, mais il est reconnu par tout le monde qu'il a été tué aussitôt qu'il eut sauté par la fenêtre de la chapelle de laSte. Vierge dans le cimetière et lorsqu'il se sauvait. "
Par le révérend Messire Guyon, le vénéré curé de
St. Eustache :
r " Je, soussigné, certifie que ayant eu beaucoup de / rapports avec M. Joseph Robillard, ancien citoyen de I ma paroisse et qui jouissait à juste titre de la plus haute considération dans ma paroisse, j'ai eu l'occasion de parler avec lui et très souvent des malheureux événements de 1837 ; puis de la bataille de St. Eustache, à laquelle il a pris part et de sa fuite de l'église. Après avoir lu bien attentivement la déclaration l ^onnée en ma présence par François Cabana, en date V du 30 mars 1877, je dois certifier qu'elle concorde
absolument avec le récit qui m'a été fait par feu Joseph "^^ Robillard sur sa fuite de l'église avec le Dr Chénier, c'est-à-dire que la narration faite par le dit François Cabana touchant les paroles^ la peur et la fuite du Dr Chénier, est d'une exactitude scrupuleuse. Mais je dois faire remarquer que comme M. Robillard avait pris une autre direction pour s'enfuir, il n'a pu être témoin de la mort du Dr Chénier. "
A ces déclarations on pourrait ajouter le récit de la mort du Dr. Chénier, publié par le Populaire, le 3 janvier 183^ :
'■ Chénier, après avoir combattu dans l'église, au milieu des hommes qu'il y avait entraînés, et auxquels il avait juré de mourir, voyant que sa troupe serait bientôt écrasée sous les ruines de l'édifice, sauta par une des fenêtres dans le cimetière et ce fut en touchant à terre qu'il reçut 4e coup de feu dont il mourut instantanément."
Maintenant, si le public tient autant que M. David à savoir si Chénier est mort les armes à la main, en tirant sur l'ennemi, ou bien s'il a été tué comme le rapporte M. Faquin dans son journal et dans les mémoires que possède M. David, en essayant à s'enfuir par le cimetière ; dans ce cas, le public pourra décider la question lui-même, en appréciant la valeur des divers témoignages. Pour moi, je le répète, c'est une affaire secondaire, et je ne fabrique pas les héros à la manière de M. David.
Après avoir lu les Mémoires de l'Abbé Faquin que possède M. David, c'est-à-dire le chapitre V où \^\xleur c'iU le J^çurnal d'un témoin oculaire comme une
autorité, j'y ai remarqué que, la plupart du temps, la citation n'est pas accompagné de guillemets ; ce qui naturellement me porte à croire que c'est M. Paquin qui parle et commente lui-même en toutes lettres. D'ailleurs, le récit n'est nullement le même dans le Journal. Voici ce qu'il dit à propos de la fin de la bataille et de la mort du D'' Chénier.
" Mais Chénier se jettant par une des fenêtres du milieu du flanc de l'Eglise, le châssis à côté de la chaire, reçut un coup de feu qui le (fit) expirer sur le champ. "
Après le récit de la bataille et après maints commentaires plus ou moins violents, il écrit ce qui suit :
^' Le corps du D'' Chénier porté à l'auberge de M. Addison fut ouvert par les chirurgiens pour s'assurer de la cause de sa mort ; mais il est faux que son cœur ait été exposé à la curiosité publique — les Docteurs Bowie du village et ceux des troupes firent les choses avec décence et l'on peut dire (avec) humanité vis-àvis- d'une quinzaine de blessés dont quelques-uns moururent le lendemain dans l'auberge Addison. "
Est-ce que M. David n'avait pas lu tout cela avant d'aller chercher bien loin^ c'est-à-dire à Ste. Scholastiques, deux témoins complaisants ?
C'est fort heureux que M. David m'ait prêté ce manuscrit de M. Paquin, car dans celui que j'ai en ma possession, la première citation de M. Paquin concernant la mort du Dr Chénier, n'est pas absolument la même et quant à son dernier témoignage sur la prétendue profanation du corps du Dr Chénier, il n'en
parle point. Mes remerciments donc à M. David pour ce détail non mentionné dans les Mémoires de M. Pa quin et que j'ai en mains.
Avant d'aller plus loin, je tiens à relever les insultes dont mes témoins ont été l'objet de la part de M. David. Il dit que je les ai " séduits," qu'ils n'ont pas , compris ce qu'ils ont signé. L'un de ces témoins est Messire Guyon, curé de ma paroisse depuis vingt-quatre ans, et je pense que tous ceux qui le connaissent regarderont comme un insolent celui qui ose insinuer qu'il a pu être séduit ou qu'il n'a pas compris sa propre déclaration. Quant aux autres, qui sont tous des gens honorables, et dont plusieurs occupent des positions élevées et sont entou" rés d'un respect exceptionnel dans le milieu social où ils vivent, je puis dire que les éclaboussures lancées par M. David ne monteront pas jusqu'à eux.
Je passe à la seconde partie de la question, savoir : si les restes mortels du Dr. Chénier ont été profanés. Je réponds, non.
Pour prouver l'affirmative, M. David publie deux " déclarations solennelles," l'une d'Olivier Benoit dont j'ai parlé plus haut, l'autre de Gabriel Ouellette, Ces deux personnages ont. commis deux impostures, de bonne foi, je l'espère, et pour Ouellette en particulier, je le crois, parce que c'est vraiment un pauvre d'esprit. En effet, il dit en toutes lettres que c' était un Globensky qui fit la garde à la porte de la dite auberge^ la plupart du temps. Or, on sait parfaitement que mon père était le commandant d'une compagnie de volontaires ; et dire que le commandant
faisait la garde la plupart du temps à la porte d'une auberge, est une erreur si grossière qu'elle peut faire douter de la bonne foi de l'auteur.
D'ailleurs, M, J. Bte Proulx, le sergent de la compagnie de mon père, détruit ce fol avancé.
J'oppose donc à ces deux témoins les documents suivants.
Le Journal historique dit ce qui suit :
'' Le corps du Dr Chénier fut trouvé vers six heures, et porté dans l'auberge de M. Addison. Les Docteurs l'ouvrirent pour s'assurer de la cause de sa mort, mais il est faux qu'on lui ait arraché le cœur pour en faire un objet de curiosité."
Par M. D. McNaughton :
" J'affirme de plus qu'il est faux de dire que le cœur du Dr Chénier a été promené dans les rues de St- Eustache au bout des baïonnettes des troupes, et que l'on a profané et mutilé son corps."
M. Jean-Bte Proulx dit Clément, ancien marchand de St Eustache où il a occupé les plus hautes charges, renommé par son intelligence et allié à une famille on ne peut plus honorable, était sergent dans la compagnie de mon père. Il déclare entr'autres choses dans mon livre, page 255, ce qui suit :
" Payriard mentirait s'il soutenait que le cœur du Dr. Chénier aurait été montré par curiosité et que quand un patriote passait, on lui criait : "Viens donc voir ton Chénier, comme il avait le cœur pourri ! " Toute cette narration est une histoire de fantaisie, ou
l'œuvre d'un esprit inventif, et à force de la répéter, on finirait sans doute par la faire croire à la nouvelle génération, si, par respect pour la vérité, des témoins oculaires et qui vivent encore ne venaient lui donner un démenti formel. Je défie qui que ce soit dans St. Eustache d'avancer une telle fausseté ; car tout le monde lève les épaules de pitié, lorsque l'on dit ou que l'on lit un tel conte.
" La poitrine du Dr Chénier a été ouverte par les chirurgiens, c'est vrai ; mais c'était pour constater la cause de la mort, et aussitôt après l'autopsie, les dépouilles du défunt furent recouvertes et tenues avec la plus grande décence.
" Je parle avec connaissance de cause, car j'étais sergent, je le répète, dans la compagnie des volontaires du capitaine Globensky, compagnie qui a eu la garde du village après la bataille, et qui avait toujours l'une de ses sentinelles en face et à l'intérieur de l'hôtel d'Addison, où le corps du Dr Chénier était exposé, Conséquemment, si une telle infamie eût été perpétrée, j'en aurais été témoin, mais encore une fois, je le redis, c'est un récit imaginaire et mensonger. D'ailleurs, comme par mon grade de sergent, le capitaine Globensky m'avait chargé de placer et de remplacer les gardes auprès du corps du Dr Chénier, je ferai prouver par l'une de ces sentinelles qui vit encore, que ce récit est absolument faux. "
Par M. Basile Sauvé dit Laplante, beau-père de M. le Colonel Arthur Rodier ; ce M. Sauvé est l'essence même de la respectabilité.
" Quant à la déclaration donnée par le dit Félix Payriard dit Bourguignon, jedois ajouter en réfutation plusieurs faits et circonstances dont M. Jean- Baptiste Proulx n'a pas été témoin.
" Premièrement, je dois dire que, après la bataille du
14 de décembre 1837, je n'ai pu bouger du village de Saint-Eustache, et j'ai été de garde durant une demijournée auprès du corps du Dr. Chénier.
' 'Le corps était placé non sur une table comme le racon te le dit Payriard, mais bien sur le comptoir de la Bar Rooiti de l'Hôtel Àddisson. Le volet attaché au plafond et qui se rabattait tous les dimanches, pour cacher la dite Bar Rooni à la vue du public, était rabattu sur les dépouilles du Dr. Chénier. La fenêtre qui se trouvait au bout du comptoir de la dite Bar Room et qui donnait sut la rue, était à une assez bonne distance de la face du défunt, puisque sa tête avait été placée à l'autre bout du dit comptoir, et cette fenêtre était fermée et non ouverte, comme le dit le nommé Félix Payriard. D'ailleurs le froid intense qu'il faisait alors n'aurait jamais permis que cette fenêtre fut ouverte. La porte qui donnait accès à la dite Bar Room était aussi fermée ; conséquemment, les restes du Dr. Chénier se trouvaient non-seulement cachés à la vue des passants, mais ils étaient renfermés dans une chambre close, et nul ne pouvait les voir, sans un permis des autorités militaires, et sans l'assistance du tourne-clef ou de la sentinelle, qui, toujours, était en fonction devant la dite Bar Room.
" En face de l'auberge et sur le parapet de la rue, une autre sentinelle empêchait les gens d'entrer à l'intérieur ; car l'hôtel avait été converti en infirmerie et on y avait transporté tous les blessés. De plus, la porte d'entrée de cette auberge était fermée au verrou et ceux qui voulaient y entrer ou voir le corps du Dr Chénier, étaient obligés de se munir d'une passe (permis) ; car sans cela, la porte n'était pas ouverte.
'• J'ai montré le corps du Dr Chénier à au-delà de cinquante personnes, mais elles étaient toutes pourvues d'une permission émanée de l'autorité militaire, à l'exception, bien entendu, de mon commandant, le capi-
laine Glôbensky, qui est venu plusieurs fois montrai' le corps du Dr Chénier à plusieurs messieurs.
" L'autopsie a été faite alors, m a-t-on dit, pour s'assurer de la cause de la mort du Dr Chénier ou comment il avait été tué ; mais je n'ai pas été présent à l'ouverture du cadavre. Tout ce que je sais, c'est que la peau et la chair de sa poitrine étaient fendues en forme de croix, et j'ai aussi remarqué que la chair était entrelardée de graisse; mais personne plus que moi n'a pu voir à l'intérieur de la poitrine, puisqu'elle était refermée. Félix Payriard ment lorsqu'il dit : " La poitrine était découverte et le cœur pendait dehors. Quand un patriote arrivait ou passait là, il lui criait : " Viens donc voir ton Chénier, comme il avait le cœur pourri." Je remarquai que la tête était couverte de caillots de sang à cause des coups de crosse de fusil."
" Comme je l'ai dit plus haut, j'ai vu le corps du Dr Chénier au delà de cinquante lois et sa poitrine n'était pas découverte ; car c'est moi qui la découvrais, en ouvrant le devant de sa chemise, pour le montrer aux visiteurs munis d'une passe. Le cœur n'a jamais pendu en dehors de la poitrine, et celui qui fait un tel avancé commet un mensonge infâme.
" La figure était nette, belle, blanche, sans aucune marque de violence ; elle ne portait pas la plus petite égratignure ; et la tête n'était nullement couverte de caillots de sang, comme l'avance malicieusement le dit Félix Payriard.
" L'appel fait aux patriotes de venir voir le corps et le cœur poîirti du Dr Chénier est aussi un mensonge atroce. "
Par John McGillis, écuyer, avocat, résidant à Montréal, et gentilhomme accompli :
" We remained at our post until nearly 4 p, m., when we were ordered to quarters, the skirmish then
being almost over, Girod, Charretier and others having made their escape early in the day towards the Grand-Brulé (St.-Benoit).
" Being at liberty I, about 4 p. m., walked through the village towards the church. The Dumont house was then in ashes, as well as the 'presbytère, the church being at the same time on fire.
" While looking on I was informed that Chénier had been killed, trying to escape from the church and that his body, having been recognized, had been carried to the Black Bull tavern kept by one Addison.
" When I saw him he was stripped and laid out on the bar counter. After looking and examining the body, I found that the bail that had killed him had entered either on the left or right side, I cannot remember exactly ; however from appearances I beleive he must hâve been killed by a rifle buUet as the wound or puncture was very small, no blood flowing, the hemorrhage being internai.
" Whilst looking at the body as before stated in the Black Bull Tavern, the Late Dr. McCuUoch of Mon treal came in and stated he was désirons of making a post inortem examination of deceased to foUow the course of the bail and find out where it was lodged.
" In the interval the military Surgeons, Doctors Farden and McGregor and the surgeon of the 83rd arrived and stated to Dr. McCulloch that it was their duty to perform the post mortem examination.
■•' I was not présent when the examination was made and never saw Chéniers's body afterwards, as early next morning we were ordered to proceed to St. Benoit, in pursuit of the rebels.
*' The statement that Chénier's head had been smashed in by gun stocks, is altogether erroneous, as his head was perfectly sound when I saw his remains in the Black Bull Tavern.
" Moreover to say that his heart had been torn out
and fixed on a bayonet is simply ridiculous, as the discipline of the troops would not allow such barbarism."
Par G. Brayer dit St Pierre, homme on ne peut plus honorable :
" Je déclare en sus, avec messieurs McGillis, Proulx, Inglis, Sauvé et autres, que le récit fait par un nommé Félix Payriard dit Bourguignon, et publié dans le journal V Opinion Publique du 14 de février 1878, est un récit absurde et mensonger auquel nulle personne sensée doit ajouter foi ou attacher de l'importance.
" Ayant été de garde, durant une nuit, devant le corps ou les dépouilles du Dr Ghénier, je dois en savoir quelque chose et je dis que Félix Payriard dit Bourguignon ment effrontément lorsqu'il dit que Le Dr Chénier aurait combattu les troupes anglaises à sa sortie de l'église et qu'après avoir été blessé mortellement, son corps aurait été mutilé, et qu'enfin, son cœur aurait été arraché de sa poitrine et promené au bout des baïonnettes des soldats.
" J'ai vu, et plusieurs fois, le corps du Dr. Chénier lorsqu'il était exposé sur le comptoir de l'hôtel Addison, et je corrobore absolument tout ce qui a été dit dans la déclaration donnée le 2I de décembre dernier (1879) P^^ "cOiOXï compagnon d'armes, M. Basile Sauvé dit Laplante, par laquelle il réfute ce que le notoire Félix Payriard dit Bourguignon a malicieusement ou innocemment rapporté ou inventé, à propos de la mutilation des dépouilles du Dr Chénier.
" Comme sentinelle auprès des restes du Dr Chénier qui étaient décemment exposés, je n'ai aucune hésitation à dire que personne n'a pensé à les insulter ou à les faire insulter. D'ailleurs, personne d'entre nous n'eût voulu tolérer une telle infamie ou profanation."
Par MM. Lângîois dît Traversy et Jeatt Ète. Bélaiv ger, patriotes, et qui ont combattu :
" Nous, soussignés, croyons qu'il est de notre devoir d'ajouter à nos précédentes déclarations celle qui va suivre :
" Nous déclarons que nous n'avons jamais entendu dire que le Dr Chénier, après avoir sauté dans le cimetière, lors de la bataille du 14 décembre 1837, aurait combattu dans aucun endroit, soit en se cachant près d'un mur, soit en escaladant le dit mur, pour tirer sur les troupes anglaises, et qu'après avoir remonté toujours sur le même mur, il aurait été blessé mortellement et serait tombé du côté des anglais, où il aurait été assommé à coup de crosse de fusil.
" Nous déclarons aussi que nous n'avons jamais entendu dire que le cœur du Dr Chénier aurait été montré par curiosité, qu'il aurait été laissé pendant au dehors de sa poitrine et qu'après l'autopsie il aurait été porté en triomphe, dans les rues de Saint-Eustache, au bout des baïonnettes des soldats."
Jean-Bte Bélanger qui vient de témoigner conjointement avec Luc Langlois, était l'un des chefs influents de la révolte comme l'un des hommes les plus considérés dans St Eustache, et il ajoute :
" Quant à moi, Jean-Bte Bélanger, je déclare de plus que François Guérin, bourgeois, partisan de la rébellion de 1837, et qui s'est sauvé avec moi lors du jour de la bataiUe, m'a formellement déclaré qu'ayant été fait prisonnier, il a vu le lendemain ou le surlendemain de la dite bataille, le corps du Dr Chénier exposé dans un hôtel tenu par un nommé Addison. Il me raconta ce fait, lorsque nous étions tous deux incar-
cérés dans la prison de Montréal, et il ajouta qu'il était faux que le cœur du Dr Chénier avait été arraché de sa poitrine, parcequ'il s'était assuré lui-même du contraire en visitant les dépouilles du défunt. "
Par M. William Gréer :
"I also affirm that it is false to say that Dr Chénier's heart was carried in triumph at the top of the bayonets in the streets ofSt. Eustache and that his body was profaned and mutilated. I can contradict that false rumour, for our company did not stir from the village and it was the only one that did not march towards St. Benoit, having remained in the village of St. Eustache to maintain peace and protect the prisoners ; moreover, I must add that it was I who after the battle found Dr Chénier's body lying in the cemetery and at the place mentioned in François Gabana's déclaration, and imraediately, I made it known to the officers of the army ; also that his remains were carried in Addison's Hôtel where they were exposed withdecency and kept with respect. "
Par M. Thomas Brunet :
''J'ai vu, le lendemain matin de la bataille, et avant le départ des troupes pour Saint Benoit, le corps du Dr Chénier qui était exposé décemment sur le comptoir de l'Hôtel Addison ; et je dis que celui qui rapporte que " le corps du Dr Chénier aurait été mutilé, et que son cœur aurait été porté au bout d'une baïonnette" commet un mensonge ignoble, car rien de tel n'est arrivé, et il faut que ce raconteur soit bien méchant ou bien innocent pour faire un récit aussi mensonger."
Par Alexandre Poirier, patriote qui a combattu dans l'église et qui a été incarcéré dans le hangar ou grenier en pierre de M. Féré :
" Tl est faux de dire que le cœur du Dr Chénier â été promené dans le village au bout d'une baïonnette, et c'est un conte imaginaire ou mensonger que personne ne croit dans Saint-Eustache. "
Ce déclarant est loin d'affirmer ce que rapportent les témoins de Ste. Scholastique.
M. David fait des gorges chaudes sur Tun de mes témoins, M. François Cabana. Il me suffira de reproduire sa nouvelle déclaration, datée du 12 mars 1884, donnée sous serment ratifiant celle donnée en 1877 et corroborée par celle du révérend M. Guyon.
"■ Je, François Cabana, domicilié à la Grande Fre- Tiière de St. Eustache, âgé de soixante ec dix-huit ans, déclare et affirme devant Dieu qui m'entend et en présence duquel je comparaîtrai bientôt, que la déclaration qui vient de m'être lue, qui est annexée aux présentes, que j'ai affirmée en la présence du révérend Messire L. I. Guyon et du Dr V. Perrault, le 30 de mars 1877, est fidèle et correcte ; spécialement lorsqu'en parlant de notre chef, le Dr Chénier (comme M. Robillard et moi) qui était sous l'empire d'une grande excitation et d'une grande crainte, nous dit à tous deux : J\^ûus sommes flambés / Nous sommes perdus .' Sautons par lafejictrede la chapelle de la Sainte Vierge, et venez avec moi vous cacher sous le petit pont dxi fossé qui traverse le cimetière. Enfin, je réaffirme ou ratifie encore aujourd'hui et solennellement la vérité de tout le contenu de la dite déclaration, en le jurant en la présence de Joseph Paiement Ecn, juge de Paix, ce douzième jour du mois de mars, mil huit cent quatre vingt quatre, et en la présence aussi de Antoine Eustache de Bellefeuîlle, Ecuier. "
Voici la déclaration de Messire Guyon, curé actuel
de Saint-Eustache, que je suis obligé de reproduire pour la seconde fois :
" Je, soussigné, certifie que ayant eu beaucoup de rapports avec M. Joseph Robillard, ancien citoyen de ma paroisse et qui jouissait à juste titre de la plus haute considération dans ma paroisse, j ai eu l'occasion de parler avec lui et très souvent des malheureux événements de 1837 ; puis de la bataille de Saint-Eustache à laquelle il a pris part et de sa fuite de l'église.
" Après avoir lu attentivement la déclaration donnée en ma présence par François Cabana, en date du 30 mars 1877, j^ ^O'^ certifier qu'elle s'accorde absolument avec le récit qui m'a été fait par feu Joseph Robillard ' sur sa fuite de l'église avec le Dr Chénier, c'est-à-dire que la narration faite par le dit François Cabana touchant les paroles, la peur et la fuite du Dr Chénier, est (V une exactitude scrupuleuse. Mais je dois faire remarquer que comme M. Robillard avait pris une autre direction pour s'enfuir, il n'a pu être témoin de la mort du Dr Chénier."
Que dit le déclarant, Benjamin Traversy, qui a combattu bravement dans l'église, lorsqu'il parle du Dr Chénier:
" Quant au Dr Chénier, je sais qu'il s'est enfui par la fenêtre de la chapelle delà Ste. Vierge, et cela avant moi et plusieurs insurgés. Après avoir pris le temps de panser uu pauvre malheureux du nom de Courville qu'un boulet avait frappé au flanc gauche et qui mourut dans l'église des suites de cette blessure, je suivis le même chemin qu'avait pris le Dr Chénier et je le trouvai gisant sur le sol, près du petit pont qui traversait le fossé du cimetière et dont parle François Cabana dans sa déclaration. Il venait d'être tiré par les troupes anglaises qui ceinturaient alors l'église et le
cimetière ; mais il n'y avait aucun soldat dans le cime tière lorsque je le traversai pour m'énfuir sur la glace, et le Dr Chénier a dû être tué par un militaire posté en dehoi-s de la clôture du dit cimetière."
Lisons, ensuite, la lettre suivante que je viens de recevoir et qui m'a été adressée par M. le Dr Bowie, ancien citoyen de St Eustache et qui vit, aujourd'hui, dans la province d'Ontario. Ce médecin aussi honorable que distingué, est celui dont parle M, Paquin dans ses Mémoires, et il est allié aux familles Me Gîllis, de Bellefeuille et Harwood.
Voici céttre lettre :
" Mitchell, ist April 1884
C, A. M. Globensky Esqr. St Eustache.
Dear Sir,
In your telegram of to day, you request to be informed of the circumstances connected with the death of Dr Chénier. The facts are thèse. On the evening after the battle some of thç St Eustache volonteers found the body quite dead in the cemetery, in a ditch which I think leads from the church to the river. They brought the body to Addison's back yard (Addison's tavem had been converted into an hospital for the wounded prison ers.) As soon as I heard of the body being there it was ordered tobe brought inside, where it was laid on the counter of the bar-room, which was then closed ùp and the body entirely concealed from the public view. As soon as possible vve notified his friends, asking them to take away the body, but so great was the panic wich existed that for more than two days, I
think, no one would acknowledge any connections with the deceased. At last, J. B. Laviolette I think it was, came and took the body and had it interred.
It is intirely false to say that any indignities were inflicted on the body. I was in médical charge of the hospital, and had any such occurred, I niust hâve known or heard of it. I understand that a " post mortem " had been made by the military surgeons in my absence, and that the heart was found periorated by a gun shot, which caused death, but, I hâve reason to believe tliat this " post mortem " was conducted with ail the privacy and décorum usually observed on such occasions. There was no public show of the heart, and as for the body, it was shut up in Addison's bar-room, as much concealed from observation as if it had been l^id out in any room in a private ho use. I was too well acquainted with the deceased when alive, to passively seé any indignities offered to his remains.
The above may be relied on as the fact of the raatter, and should you require any further information in my powerto give, I will be most happy to do so.
Believe me,
Dear Sir
Yours very truly
Dr. J. BowiK.
Voici maintenant l'extrait d'un article publié par le Populaire dont j'ai déjà parlé :
" J. O. Chénier : — \J"Ami du Peuple'' a deiniénfment annoncé que le coupable et malheureux chef qui trouva la mort à l'affaire de Benoit de (Saint-Eustache), fut ouvert, et qu'on lui arracha le cœur, comme à ut^ traître. Nous avons été invités a rectifier cette erreur, qui tendrait à faire croire que sir John Colborne, ou les
vaillantes troupes servant sous ses ordres^ auraient exécuté la loi martiale sur le cadavre d'un homme que ' ses actions accusaient, mais qui n'avait point encore été régulièrement jugé. Chénier, après avoir combattu dans l'église, au milieu des hommes qu'il y avait entraînés, et avec lesquels il avait juré de mourir, voyant que sa troupe serait bientôt écrasée sous les ruines de l'édifice, sauta par l'une des fenêtres dans le cimetière et ce fut en touchant à terre qu'il reçut le coup de feu dont il mourut instantanément. Il en reçut plusieurs encore, mais qui ne présentaient rien de dangereux. Le corps fut relevé par les ordres du Dr Farnden, chirurgien en chef, qui le fit transporter à l'ambulance. Là on examina ses blessures et l'on voulut reconnaître quelle avait été la cause du trépas, car la principale balle ne paraissait pas avoir dû amener ce funeste résultat. Le Dr McGregor, comme cela se pratique ordinairement, fit une incision, par laquelle il s'édifia que la balle avait divisé la veine-porte et que la mort était due aune hémorragie intérieure. Nous devons dire aussi qu'il est faux que le cadavre ait été horriblement mutilé, ni fendu en quatre, comme le CanadicuV adit, en reproduisant l'extrait d'un papier dont chaque parole est un mensonge.
Nous devons dire cependant que V Ami du Peuple s'est empressé de démentir tous les faits qu'il avait rapportés, aussitôt qu'il a su que les renseignements qui lui avaient été fournis étaient contraires à la vérité. Ce que nous venons de dire est pour répandre davantage la publication des faits, et non pour accuser notre collègue. "
Comme on le voit, M. David se trompe du tout au tout lorsqu'il déclare, sur la foi " des anciens, " que V Ami du Peuple ou le Populaire avait admis que le corps de Chénier avait été profané. Mais glissons sur cette légère exxQwxsXt M.jDavid, et lisons un dernier document.
C'est une lettre publiée par Y Ami du Peuple, ensuite reproduite par le Canadien le 5 janvier 1838 :
'• Nous nous faisons un vrai plaisir d'insérer la lettre suivante du Chirurgien du régiment des Royaux ; elle est la meilleure réponse aux faux bniits qui ont circulé.
••' Montréal, 28 décembre iSS?.
'* Monsieur,
" Dans une narration de la récente affaire de St. Eustache qui a paru dans votre journal d'hier, il est dit qu'un chirurgien de la troupe employé dans l'occasion avait ouvert le corps du Dr Chénier, avait arraché le cœur et l'avait mis sur un plat, et exposé .aux regards d'une multitude de peuple qui paraissait avide de contempler cette horrible curiosité.
•'Comme le plus ancien chirurgien de cette expédition, permettez-moi de vous assurer que ce ne fut pas le cas. Le corps fut ouvert simplement pour découvrir la direction qu'avait suivie la balle ; aucune partie des entrailles ne fut en aucune manière enlevée, et ses restes ne furent nullement outragés.
'•' Au contraire, moi-même j'aidai à placer le corps dans un appartement reculé, non seulement pour empêcher qu'il fût exposé inutilement, mais aussi dans la vue de l'éloigner des regards dun nombre de Canadiens blessés, couchés dans la même chambre, et ensuite je suggérai à un curé présent combien il serait convenable de l'enterrer.
'■ Je suis monsieur,
" Votre obéissant serviteur,
" J. FARXDEN, " Ghirurgien du Rég. des Hoyau.x. ' '
En face de ce témoignage rendu par l'homme le plus compétent et le mieux posé pour connaître la vérité, le doute est-il encore permis à une personne de bonne foi ? Non, évidemment.
D'un côté, nous avons les déclarations de deux individus dont l'autorité est assurément contestable; nous avons des on-dit, des cancans de la première heure, des nouvelles colportées par des gens plus ou moins surexcités, et publiés tout de suite par les journaux de l'époque, comme cela se pratique aujourd'hui même où nous avons toutes les peines du monde à connaître la vérité sur une simple bagarre d'une lutte électorale. Voyons d'un œil calme la situation. Une bataille se livre à Saint-Eustache ; les rebelles sont taillés en pièces, ils fuient affolés de toutes parts, pendant que l'incendie fait ses ravages; on recueille les morts et les blessés : parmi les morts se trouve le chef Chénier, et les chirurgiens anglais font le lendemain une autopsie. En fallait-il plus pour donner cours à la rumeur qu'on avait mutilé et profané son cadavre ? Au milieu de cette effervescence des esprits, de l'affolement des vaincus et des représailles des vainqueurs, il n'est pas étonnant que l'on ait porté cette accusation et qu'elle ait été crue même par des personnes sérieuses. Nous voyons des méprises semblables, quoique moins graves, en temps ordinaire.
D'un autre côté, nous avons les témoignages d'hommes sincères, honnêtes et désintéressés, et enfin celui du chirurgien même présent à l'autopsie. Ce chirurgien avait une position et une réputation à sauvegarder ; il est impossible d'imaginer l'ombre d'un
motif qui aurait pu le porter à dire en cette circonstance autre chose que la vérité, et cette vérité il l'a sans doute constatée dans ses rapports au quartier général comme il l'a fait dans les journaux du pays. N'en déplaise à M. David, son témoignage vaut plus que celui d'un Benoit et d'un Ouellette.