V. Hamel, J. P
J. Bte Fréchette, jur..
Seul, le Dr Chénier ne voulut pas écouter ces protestations !...
Dans tout le pays, on protestait contre la rébellion, mais rien ne put ramener à la raison ce chef audacieux.
Pour faire voir combien la rébellion était condamnée avant et après les désordres, qu'on lise la circulaire suivante, adressée par Monseigneur de Montréal à tous les prêtres de son diocèse :
Montréal, 6 février i838.
Monsieur,
" Après vous être efforcé d'apaiser la divine justice par un office expiratoire, par des jeûnes, des prières publiques, pour tous les crimes commis en ce diocèse, pendant l'odieuse rébellion de l'an passé contre le gouvernement établi dans cette province Britannique,
il convient aussi que nous rendions à la Providence du Seigneur de très humbles actions de grâces pour la prompte répression d'une révolte si menaçante, par les armes puissantes de Sa Majesté, ainsi que par V énergie de ses jfidèles sujets qui, heureusement, surpassent immensément en nombre les hommes déloyaux ou égarés^ et pour la paix intérieure qui règne maintenant dans tout le Bas-Canada. "
Que M. David médite bien ce que j'ai souligné plus haut, et il n'attaquera plus impunément.
" C'est pourquoi vous annoncerez le dimanche de la Quinquagésisme que le lendemain, 26 du présent mois, sera observé dans ce diocèse comme jour d'actions de grâces publiques pour la paix intérieure rendue à celte province, et qu'il sera chanté pour cet objet au jour susdit, dans l'église de votre paroisse, une messe solennelle //-£' re gravi, suivie du Te Deum avec son oraison d'icelle pour la Reine.
" Nous vous prescrivons à cette occasion d'instruire vos peuples sur leurs devoirs consciencieux envers la puissance civile conformément à la doctrine apostolique."
Ayant reproduit ailleurs le commencement de la déclaration du Révérend Messire Guyon, je ne citerai que ce qui suit :
EXTRAIT tiré de la déclaration du Révérend Messire Guyon, archiprêtre, curé actuel de St-Eustache, donnée le 2 de décembre 1877, ^^ publiée dans mon livre " La Rébellion de 1837 à St-Eustache " :
" Je déclare aussi que pas un citoyen de ma paroisse ou de mon village n'a parlé en mal du capitaine Glo-
bensby, pour la part qu'il a prise aux troubles de 1837, au contraire, et moi comme mes paroissiens, nous n'avons toujours eu à décerner que des louanges à ce vieux militaire, à ce vieux type de gentilhommerie, pour les services qu'il a rendus, aux malheureux insurgés du 14 décembre 1837, et pour avoir toujours été fidèle à son roi et à sa religion.
*' Je déclare en sus que le souvenir des événements arrivés à St-Eusache en 1837, n'est pas en très haute estime parmi les révoltés de cette époque ; car je n'en connais pas un seul qui ne déplore point la rébellion et ne condamne point ceux qui ont provoqué les désastres navrants dont le village de St-Enstaohe a été le théâtre.
Messire Guyon m'écrivait entr'autres choses, le 24 de janvier dernier 1884, l'alinéa suivant :
" On voit que l'amour filial a conduit votre plume pour exonérer un digne citoyen d'un reproche indu et pour faire connaître la vérité historique. Ce digne citoyen a été mon ami intime."
Le Canadien qui annonçait, en 1837, que mon père allait commander une compagnie de volontaires, l'en a-t-il blâmé dans le temps et même après la bataille du 14 de décembre 1837 ?
Les déclarants qui ont combattu contre Ini el qui ont témoigné en sa faveur, l'ont-il blâmé ?
Quand il faisait ouvrir les portes des prisons, les malheureux qui en sortaient l'ont-ils insulté ?
Faut-il mentionner encore une lettre qui vient de m'être envoyée de Montréal, que mon père adressait en 1838 à M. Roch de St. Ours, Shérif à cette époque, et dans laquelle il lui disait entr' autres choses :
" X has in my opinion been sufficiently punished for his offense, and you would therefore oblige me by releasing him froni prison."
Croit-on que cette personne élargie immédiatement sur la demande de mon père, a insulté sa mémoire ? et quoique cette lettre soit confidentielle, je pourrais néanmoins la montrer à M. David.
Non, personne n'a osé insulter la mémoire de mon père, si ce n'est un exalté qui, après un demi siècle d'un passé qu'il n'a jamais connu et étudié, vient insulter un homme respectable et respecté, même parmi les libéraux où il comptait un grand nombre d'amis.
La même opinion adverse aux rebelles, pour le dire en passant, s'est manifestée à l'étranger.
Le Dr O'Callaghan, l'ami et le bras droit de M. Papineau, n'a-t-il pas lui-même condamné la prise des armes, dans la lettre qu'il adressait de New- York, en 1852, à l'historien Garneau ? Cette lettre est reproduite dans mon livre et j'y réfère le lecteur.
Que disait le grand O'Connell, le 30 juillet 1838, en commentant l'insurrection bas-canadienne :
" Les amis de la liberté avaient d'abord tout en leur pouvoir, et ils auraient réussi s'ils s'y étaient bien pris. Sans leur folie, leur méchanceté et leurs crimes, ils eussent finalement triomphé ; mais du moment que M. Papineau et les auties eurent répandu le sang et fait éclater la rébellion contre le pouvoir exécutif, dès lors ils perdirent l'appui de tout homme qui désire obtenir la liberté d'un peuple par des moyens constitutionnels et légaux, et ils méritèrent le plus grand mal-
heur qui pût les affliger, celui de mettre leur parti sous le joug du despotisme."
Il y a plus.
Les chefs mêmes de la rébellion ont ( ondamné la rébellion.
Je citerai, en premier lieu, la protestation de M. F. X. Prieur, cet homme si estimable et si estimé, qui, condamné à mort, fut ensuite exilé aux Bermudes. Voici les aveux qu'il formule dans son ouvrage publié, en 1864, dans Les Soirées Canadiennes :
"Il y a longtemps que j'ai demandé pardon à Dieu de ce que mes actes, à moi, ont pu avoir de repréhensible, pour n'avoir pas alors obéi aux ordres de l'Eglise exprimés par nos premiers pasteurs."
Plus loin le même auteur ajoute :
" J'offre à Uieu mes malheurs comme expiation ; à mon cher pays je les offre comme preuve de l'amour que je lui ai toujours porté et que je lui porte encore. Les lignes qui précèdent feront voir, au peuple et aux jeunes gens, le danger des entraînements d'un patriotisme qui ne raisonne pas, aux gens qui commandent dans un âge avancé, toute la responsabilité qui pèse sur ceux qui poussent aux soulèvements jjopulaires. "
En présentant dans son livre la lettre de l'infortuné chevalier de Lorimier, écrite le 14 de février 1839, dans la prison de Montréal, il dit :
"Voici cette lettre noble et touchante, mais qui se ressent de l'exaltation des sentiments dominants de l'époque et de ses espérances irréalisables. "
En parlant d'Hindenlang, il dit qu'il était doué d'une "nature généreuse mais exaltée, et se ressentait de cette éducation révolutionnaire qui se faisait encore alors en France et qui déteignait sur le Canada. "
Quand M. Prieur épousa la cause de la rébellion, ses motifs comme il le dit " étaient purs, sans arrière pensée et il n'a jamais manqué à l'honneur etc, etc." Personne n'en a jamais douté, et voilà pourquoi son appréciation franche et désintéressée doit avoir du poids sur les malheureux événements de 37-38.
Chevalier de Lorimier, lui-même, n'a-t-il pas condamné la rébellion ? Lisons les quelques mots que je tirerai de la défense qu'il fit devant la cour martiale ; défense qui est consignée et enregistrée dans " The State trials before a gênerai court martial, held at Montréal in 1838-9. " Voici ses paroles de condamnation :
•' I openly declared my disapproval of what was going on at that time ...Is it, indeed, to be supposed for a moment, that I could hâve been a leader of that party {parti patriote] while I lauded those who kept aloof, and openly disapproved ofall that was donc by it. "
Voici la traduction :
" J'ai déclaré ouvertement ma désapprobation sur ce qui se faisait dans ce temps (c'est-à-dire durant la rébellion). Doit-on supposer pour un instant que j'aurais pu être un chef de ce parti (parti patriote) tandis que je louais ceux qui se tenaient à l'écart et qui désapprouvaient ouvertement tout ce qui se faisait par ce parti."
Si je reproduisais ensuite la longue lettre que Hindenlang publiait en novembre 1838 contre le Dr Robert Nelson, qu'il accuse des forfaits les plus noirs et auquel il voue haine et vengeance, pour l'avoir trompé et entraîné à prendre les armes, prouverai-je que, lui aussi, approuvait, à cette même date, la rébellion de 1838?
A présent, lisons les dernières paroles de Decoigne et de Nicholas.
" De V Ami du Peuple et reproduit par le Canadien.
" Exécution. — Hier à 9 heures (i) du matin, les cinq prisonniers condamnés à mourir ce jour-là, ont été excutés devant la prison neuve. La potence avait été placée au-dessus de la porte extérieure, afin que l'exemple fût plus frappant. Les cinq malheureux étaient P. J. Decoigne, N. P., Jacques Robert, L Sanguinet et Pierre Hamelin. Tous sont morts avec fermeté et sans beaucoup ae souffrances, apparentes.
" Decoigne a prononcé quelques mots sur l'échafaud, reconnaissant son erreur et implorant le secours des prières de l'immense foule qui entourait la place fatale.
" C'était un spectacle déchirant pendant les deux jours qui ont précédé l'exécution, que de voir les parents de ces malheureux coupables venir solliciter en pleurant la permission d'aller leur dire un dernier adieu ; les scènes devaient être bien plus déchirantes encore en prison.
" Le capitaine Robert, a 28 frères ou sœurs vivants, et les 29 avaient à eux tous, 146 enfants. Decoigne laisse aussi de la famille.
" Malgré toute Ténormité de la faute de ces malheureux, on ne peut s'empêcher de déplorer l'aveuglement qui les a conduits à une si triste fin. Puisse au
(I) 15 janvier 1839.
moins leur exemple être profitable à leurs concitoyens et prévenir le retour des crimes qui ont amené ces exemples de rigueur.
" Voici en substance ce qu'a dit Décoigne su^ l'échafaud, pour lui et ses quatre compagnons d'infor" tune :
'•' Mes frères en Jésus-Christ, je désirerais avoir plus de force pour vous faire entendre à vous qui êtes ici présents, et à tous mes compatriotes en général, les sentiments dont nous sommes animés en ce moment terrible. Nous confessons sincèrement nos égarements. Nous avons méprisé les salutaires instructions qui nous ont été données par nos charitables pasteurs ; nous nous étions faussement persuadés qu'ils nous trompaient, en nous prêchant l'obéissance et la soumission aux lois et aux autorités établies ; maintenant nous reconnaissons qu'ils nous ont enseigné la véritable doctrine. Oh ! si nous nous étions laissé conduire par les principes de notre sainte religion, que notre sort serait différent ! Plaise à Dieu que le supplice ignominieux que nous sommes sur le point de souffrir soit salutaire à ceux de nos compatriotes qui sont encore dans l'erreur; sur ce point, qu'ils sachent qu'à Theure de la mort on juge des choses bien plus sainement que pendant la vie : Dieu veuille qu'ils deviennent sages à nos dépens. Nous vous demandons sincèrement pardon de tous les scandales que vous avez pu recevoir de nous pendant notre vie, et en particulier du mauvais exemple que nous vous avons donné par la faute qui nous a conduits ici. Nous pardonnons aussi de grand cœur à tous ceux qui ont pu nous faire quelques injures.
" Nous comptons sur le secours de vos prières. Nous en avons un grand besoin pour fléchir la colère de Dieu, notre divin juge. Priez pour nous dès ce moment, afin que nous paraissions devant lui avec confiance."
[De V Ami du Peuple] et reproduit par le Canadien.
" Hier (2) (vendredi!, à neuf heures, François Nicholas, Chevalier De Lorimier, Daunais, Charles Hindenlanget Pierre Rémi Narbonne ont été exécutés devant la prison neuve. Tous les cinq ont marché au supplice d'un pas ferme.
'•'■ Hindenlang s'est avancé sur le bord de l'échafaud et a prononcé quelques mots fort peu en rapport avec ses écrits antérieurs.
" Après cela s'est avancé Nicholas ; nous ne pourrons rapporter au juste ses paroles ; mais il a dit en substance que : '' S'il se trouvait dans cette triste situation, c'était pour avoir oublié les bons principes qu'il avait reçus dans sa jeunesse et les préceptes de la religion ; il a recommandé aux pères et mères de familles de veiller avec soin sur leurs enfants ; il a confessé qu'il avait déjà mérité de mourir avant ce jour, et a dit qu'il acceptait cette mort pénible comme une expiation de tous ses crimes. Enfin il a terminé en demandant pardon à tous ceux qu'il avait offensés, parclonnant à tous ses ennemis, et implorant le secours des prières de tous les assistants.
" Nicholas a parlé d'une voix très ferme avec un accent calme et composé. Les autres condamnés n'ont rien dit. Lorsque la planche fatale s'est ouverte sous leurs pieds. De Lorimier, Daunais et Hindenlang sont morts presque immédiatement, Nicholas un peu plus difficilement, mais Narbonne a souffert longtemps et horriblement.
" Comme il n'avait qu'une main, on ne l'avait pas lié, et il est parvenu à se cramponner à une barre de fer et à se soulever, ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes qu'il a expiré.
" La foule était immense, on remarquait surtout
{2) 15 février 1839.
parmi les spectateurs un nombre considérable d'habitants.
*■• Nous avons été favorisés des dernières paroles écrites par François Nicholas, qui peuvent être considérées comme son testament politique au moment suprême.
'* Nous n'avons pas voulu changer une seule lettre à ce document et nous le reproduisons tel qu'il est devant nos yeux. (3)
" Messieurs,
" Dans ce moment, je ne vous importunerai pas de choses passées, mais des choses présentes et à venir. Me voilà où mon Dieu m'appelle, je me soumets à son ordre. Je lui demande pardon de toute ma force et vous prie d'intercéder pour moi, afin qu'il exauce ma prière, je vous demande publiquement, et indistinctement, à tous mes amis et ennemis, pardon du scandale que je pense avoir commis, par mes pensées, discours, actions, et mes œuvres en politique. Je recommande a tous ceux qui ont été aveuglés comme moi, soit par promesses, ou des vues lucratives, d'y regarder de plus près, et de bien songer que nous avons été les instruments des personnes ambitieuses, et qui n'avaient pas la crainte de Dieu en vue, et parceque j'aime la patrie de mon pays, que je prie tous ceux qui peuvent avoir, participés dans mes opinions et qui y continuent encore, d'éloigner tout cela d'eux, et de prendre exemple sur moi.
" C'est pour vous éviter à vous tous, mon même sort, que je trace ces lignes.
^'Quoique certainement je ne peux pas faire autrement de dire que nous avons besoin de réforme dans ce pays, mais il laut attendre que Dieu y mette la main,
(3) Il était daté du 14 fé vrier 1839, c'est-à-dire quelques heures avant de monter sur léchafaud.
et montre de son doigt tout puissant, à ceux qui sont pour les opérer le temps et les moyens. Comme chrétien, je pardonne de bon cœur à tous mes amis et ennemis et même à tous mes bourreaux, la mort que j'endure aujourd'hui. Je remets mon âme entre les mains de Dieu, et que sa volonté s'accomplisse et non la mienne. — Je pardonne de plus à tous ceux qui peuvent avoir été accessoires de la sentence de mort qui a été prononcée contre moi, soit qu'ils l'aient fait par malice ou autrement. Je prie Dieu pour eux afin qu'il leur accorde une longue vie en ce monde et une véritable repentance, afin de pouvoir participer au bonheur éternel que je leur souhaite de tout mon cœur.
"Pères et mères qui élevez des enfants employez donc tout le pouvoir que vous avez sur vos enfants pour éteindre dans leurs pieux cœurs, tous ressentiments possibles qu'il peut y avoir entre les personnes de différents pays ou de différentes croyances. Ne sommes nous pas tous des enfants du même pays ? Tous sujets de la même couronne ? et pourquoi montrer tant de vindication les uns contre les autres ? Il faut mettre bas tous les préjugés et être tous membres de la même famille. J'ai vu un temps où je me flattais d'être un sujet britannique, et j'en avais grand droit dans le temps ; mais ce n'est que depuis que des esprits fanatiques m'ont représenté les choses sous un autre point de vue, que je suis devenu désafecté envers mon gouvernement.
" J'espère aussi que si jamais, il s'élevait une guerre entre nos voisins et la couronne actuelle, les Canadiens en général seront aussi actifs et zélés qu'ils l'ont été dans la dernière guerre à protéger leur pays de l'invasion de leurs ennemis voisins. Si je suis ici, ainsi que mes compagnons, les Etats-Unis en sont en partie la cause, par leurs folles promesses et leurs démarches insensées.
" Rappelez-vous de cette devise qui dit que l' aigent
fait tout, et ce que noâ Voisins veulent de nous, c'est de l'argent, et ne se mettent pas en peine combien de vous iront à la boucherie.
"J'espère que personne se trouvera offensé de mes dernières paroles. C'est un homme mourant qui vous parle et qui voit les choses sous un autre point de vue que vous tous. Je remercie de bon cœur, toutes les personnes charitables qui ont bien voulu m' assister pendant mon emprisonnement tant par leurs aumônes que par leurs prières, sans oublier que je recommande mon âme à la prière de tous bons chrétiens.
" Suivez et observez les commandements de Dieu, et vous éviterez mon sort.
Frs. Nicolas.
Prison de Montréal, 14 février 1837.
" P. S. Coinme plusieurs esprits malins pourraient croire ou faire croire aux autres, que j'ai été engagé par quelques personnes à écrire ce que dessus, je désapprouve toute réflexion que l'on pourra faire sur ce sujet, car je parle d'après ma propre conscience et conviction.
Frs. Nicolas. "
Quel est celui qui, ayant lu ces pièces historiques, oserait jeter T injure à la face de ceux qui s'opposèrent à la rébellion ? Tout ce que le pays renfermait de calme et de sagesse s'opposait à la prise des armes. Le clergé nous rappelait les grands principes posés par l'Eglise qui défend la révolte contre l'autorité constituée, sauf dans des cas si exceptionels que l'histoire n'en offre que peu d'exemples. Les citoyens les plus distingués nous montraient les dangers de la rébellion, son extravagance, son échec certain. Il est de fait
qpe les observateurs des préparatifs de guerre en distinguaient si bien la folie qu'ils n'en trouvaient d'autres explications que dans l'espoir nourri par les chefs d'obtenir le concours de la république voisine. Ils avaient raison. Les chefs ne cachaient point leurs espérances : un de leurs principaux arguments, le principal même, pour entraîner les indécis de leur côté, était qu'une vaste organisation se faisait sur la frontière américaine pour tomber sur l'armée anglaise lorsqu'elle attaquerait les patriotes, et en attendant pour fournir à ces derniers des armes et des munitions. On faisait miroiter aux yeux du peuple la perspective d'une indépendance complète sous l'égide du drapeau étoile. Tout cela est prouvé par les proclamations des chefs, même par plusieurs discours de M. Papineau. D'ailleurs, je crois que cela n'est pas nié.
La question se posait donc sous la forme du dilemne suivant :
D'une part, l'Eglise condamnant la révolte par la voix unanime du clergé, et nos hommes les mieux posés démontrant l'impossibilité d'une lutte sérieuse ;
D'autre part, les patriotes appelant le peuple à s'armer de fourches et de fusils sans batterie pour attaquer l'armée anglaise et fournir ainsi aux Américains l'occa sion de nous offrir leur alliance et l'annexion à leur république : —
Faire un choix.
La grande majorité de nos concitoyens — mon père en était — a cru devoir préférer à une révolte insensée
et aux institutions républicaines des Etats-Unis, l'obéissance à l'Eglise et la fidélité au drapeau britannique. Mon père était catholique et officier anglais ; il a voulu conserver intactes l'une et l'autre de ces deux qualités. Je me demande en vertu de quelle espèce de patriotisme on pourrait l'en blâmer.
Après avoir fait condamner la rébellion de 1837-38 par les plus hautes autorités contemporaines de l'époque, je citerai entr'autres et nombreuses lettres d'appréciation et d'approbation, les deux suivantes, afin de demander à mes amis et au public si c'est mon livre qui, selon M. David, doit être mis à r index ou si ce n'est point plutôt la critique insolente de M. David. Ce monsieur m'a insulté, il a insulté la mémoire de mon père, il a insulté tout le monde et quoique je sois bien violent, d'après M. David, j'ai pris cependant son ire en pitié, j'ai dédaigné ses violences de langage, dans l'espérance que des amis charitables le ramèneraient à la température calme de la vie réelle, de la sagesse et des convenances.
Je n'ai pas besoin de dire que les deux lettres que l'on va lire, émanent de la plume de deux hauts personnages, qui ont fait leur marque dans le monde savant :
LETl^RE DE l'aBBÉ TASSÉ, ARCHIPRÊTRE.
Montréal, S février 1884.
A M. C. A. M. Globensky, Monsieur,
J'ai regretté votre absence de chez vous, hier, je vou-
lais vous féliciter de votre travail sur la rébellion de 37 et 38.
Je l'ai lu et avec un vif intérêt d'un bout à l'autre.
Votre ouvrage est venu à temps, à quarante ans d'intervalle, et le feu des passions politiques de cette époque étant amorti, il fallait se hâter de prendre les déclarations solennelles des principaux survivants, qui furent acteurs ou témoins du drame sanglant de 37 et ^S. ■ C'était le moyen de dégager la vérité historique des contes et des légendes.
Et ce moyen, vous l'avez si largement et si bien employé, qu'il ne reste plus de doute possible sur les conclusions à tirer.
La rébellion d'une si ftiible portion des Canadiens en 37 et 38 sans préparatifs, sans armes ni munitions, en dehors des limites du droit et du devoir, malgré les avis de l'Eglise, accuse si fortement l'impéritie des chefs et l'aveuglement des partisans, qu'on ne peut que plaindre et blâmer les uns et les autres.
La lecture de notre histoire nous porte à croire que, si les chefs de notre ancienne chambre d'assemblée, pour obtenir le redressement des vrais griefs, avaient comme ceux de la chambre sous le régime de l'union, admis la liste civile, et lutté constamment sur le terrain constitutionnel, ils auraient réussi comme eux.
Mais aller former des assemblées populaires de comté en comté, et souffler le feu de la révolte dans l'esprit des masses, c'était le moyen d'amener une catastrophe et nullement le redressement des griefs.
J'ai l'honneur de me souscrire, avec une sincère estime.
Monsieur,
Votre très humble serviteur,
S. Tassé, Ptre.