‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 82 sur 102 · LES REVES DE NOS GRANDS HOMMES · texte numérisé non relu

LES REVES DE NOS GRANDS HOMMES

" On ne peut se disimuler, que la 'marotte de M. Papineau et de ceux qu'il a attirés à sa suite, est une réunion iwochaine du Ca/nuda aux Etats- Unis d'Amérique.

" Il y aurait, erreur à ne point reconnaître l'astuce de quelques-uns de nos meneurs dans cette circonstance. Ils sont sans doute j)oussés par quel

••ques Américains établis au milieu de nous, qui préféreraient la licence qui règne dans leur ancienne patrie, à l'ordre qui doit prédominer dans une monarchie constitutiondelle ; ils le sont encore plus par quelques infâmes agitateurs de la métropole même, qui les entretiennent dans leurs rêves de révolte . . . . "

Le Populaire continue de frapper à coups redoublés sur les annexionnistes ; mais comme son article est trop long pour le reproduire, nous y référons le lecteur, et il se convaincra que, comme le dit ce journal de 1837, la marotte de M. Papineau et de ceux qui le secondaient, était l'annexion du Canada à la république américaine.

Dans ce même article, en réponse au Canadien^ qui invoque l'entrée de la Louisiane dans la république américaine, pour faire voir que le Canada y aurait eu les mêmesavanti}.ges, le Pojju^aiw ajoute :

" Ainsi donc, loin de penser, comme notre confrère du CawacZie??', que la prospérité de la Louisiane est un avantage dont la partie française a dû profiter ; nous craignons que cette prospérité ne soit exercée qu'aux dépens de l'influence française. Loin de croire que l'union, la paix et la concorde soient à jamais assurées dans la Louisiane, nous pensons qu'il ne faut qu'un moment pour réveiller d'anciennes idées de droit, de prépondérance, qui peuvent amener des disputes chaudes. Loin de croire que l'origine française a conservé sa force, ses institutions, nous savons pertinemment que tous ses attributs, auxquels nous tenons au Canada, ont disparu devant la masse américaine "

Autre appréciation

Tiré du Populaire, du 10 juillet 1837 :

" Discours de H. Leblanc de Marconnay, prononcéà l'assemblée, tenue à Montréal, le 6 de juillet.. 1837 :

" Canadiens,

" Canadiens de toutes les classes et de toutes les origines, si j'ose prendre la parole dans une assemblée aussi imposante, ne croyez pas que ce soit par un ambitieux désir de me faire remarquer ou de capter vos suffrages ; c'est uniquement pour obéir au vœu des hommes respectables qui m'appellent devant vous. (Applaudissements.)

" Depuis plus de trois ans que je goûte sur le sol canadien les douceurs de l'hospitalité, j'ai été entraîné, dès le premier joujL- et presque malgré moi, dans les replis de la politique.

" Aujourd'hui que je crois avoir suffisammentétudié les hommes et les choses, je sens qu'il est de ma dignité de }>uV)lier hautement les convictions de ma conscience. D'ailleurs, je ne suis plus étranger dans cette province, les liens de ma famille s'attachent à vos familles et les affections de mon âme m'y enchaînent bien plus étroitement encore.

" J'ai été du parti de Mr Papineau, et si ce parti eut voulu le bonheur du peuple, jamais je ne l'aurais quitté. (Cris de encore ! . . . . répétés ! )

" Je vous le répète. Canadiens, j'ai été attaché au parti de M. Papineau ; je suis Français, et ce titre doit vous persuader combien je suis attaché aux idées libérales, à la liberté ; si j'eusse pu trouver dans les projets de vos prétendus patriotes quelque

chose qui put contribuer véritablement au bonheur du peuple, jamais, non jamais, je ne les aurais quittés. (Vifs applaudissements).

" Ah ! si ces hommes ne se trompent point d'une manière bien cruelle, ils vous égarent et perdent tout ce qui peut contribuer au bonheur du pays.

" On vous dit que vous êtes malheureux et que c'est la domination britannique qui en est la cause ? Oui, vous êtes malheureux. (Oui ! Oui ! Oui !) Vous le serez peut-être encore davantage. (Nous ne voulons plus l'être !) Mais c'est ailleurs que dans la domination britannique qu'il faut en chercher la source. Vous la trouverez dans les efforts que Mr Papineau et ses admirateurs font journellement pour accumuler des maux sur vos têtes, alin de vous pousser au désespoir. (C'est vrai !)

" On vous dit que vous allez être des esclaves ? Oui, vous deviendrez des esclaves ! Mais vous serez les esclaves de Mr Papineau, et de sa queue, (jamais ! jamais !) qui fomentent la révolte, pour monter ensuite sur vos robustes épaules au faîte des richesses et des honneurs. (Qu'ils y viennent.) J'ai vu bien des Etats, bien des villes, et je puis dire, avec justice, que je n'ai jamais renconti'é ailleurs qu'ici une plus large portion de libertés que celles dont on y jouit C'est justement cette liberté et le respect étonnant que le gouvernement britannique lui porte, parce qu'elle forme le palladium du citoyen britannique qui enhardi Mr Papineau et sa suite à vous ameuter comme ils le font ; dans toute autre contrée, ils auraient déjà porté la peine de leurs attentats, car il n'est permis à personne de prêcher publiquement la révolte, le mépris des lois, l'appel à l'étranger. Si vous étiez encore colonie française, M. Papineau, depuis longtemps, ne vivrait plus que dans l'histoire, avec une note d'infamie attachée à son nom.

" On vous dit que les places, les honneurs, sont la propriété des seuls Bretons, et que les Canadiens ne peuvent y parvenir. Oui ! cette partialité révoltante a existée pendant un temps ; mais aujourd'hui elle n'existe plus ; aujourd'hui. Canadiens et Bretons, sont admis au partage égal de toutes les places.

" Ceux-là qui crient encore à l'injustice sont ceux-là qui voudrait avoir des places et des honneurs, sont ceux-là qui murmurent, quand d'autres Canadiens qu'eux obtiennent -ce qu'ils sollicitent. Supposez un instant que vous consentiez à rompre la paix dont vous jouissez, pour seconder les projets de cette poignée de mécontents, est-ce vous braves artisans, labourieux ouvi-iers, paisible citoyens, es.t-ce vous qui obtiendriez les places et les honneurs ? Non ! Ce seraient ceux-là même qui vous auraient exposés à tous les dangers d'une révolte, et ces hommes ne se feraient pas alors scrupule de toucher un salaire dont chaque écu aurait été trempé et dégoutterait encore du sang du peuple. (Applaudissements, cris : il a raison !)

" On cherche à vous inspirer de l'éloignement pour tout ce qui est Breton, et cependant, sans les Bretons, vous auriez bien peu d'encouragement. Nommez-moi, quel est celui de M. Papinau et de sa suite qui vous donne de l'ouvrage et je dirai que ces hommes pensent aux Canadiens ? (Pas un ! pas un !) Au contraire, si un Canadien demande un peu plus cher qu'un étranger, on lui préfère l'étranger. (C'est vrai !) Les Bretons font travailler tout le monde, parce que ce sont eux qui ont besoin de plus de bras. Ce sont eux qui bâtissent des maisons, qui tiennent des manufactures, qui font charroyer les marchandises, qui possèdent les établissements les plus actifs et les plus considérables ; ce sont eux qui donnent le plus dans toutes les institutions de

bienfaisance et d'éducation. Sans aller plus loin, vous voyez ce magnifique édifice élevé à la gloire de Dieu, (l'église paroissiale.) Ce monument considéré avec orgueuil comme l'un des plus beaux morceaux d'architecture de tout le nouveau monde ; eh bien ! Si vous lisiez les listes de souscription faites pour arriver à son érection, vous y trouveriez des Bretons qui ont donné de fortes sommes, sans s'embarrasser si la parole sainte serait prêchée dans leur langue ou dans leurs dogmes. (Applaudissements.)

" On vous dit que les juges sont trop payés ; mais, au moins, ceux-ci rendent des arrêts ; ils siègent sur leurs bancs pendant toute l'année ; tandis que M. Papineau est payé beaucoup plus cher qu'un juge, pour ne s'appliquer à rien autre chose qu'à vous tourmenter, qu'à vous exciter, qu'à vous retirer la paix et le travail ; tandis qu'il vous laissera bientôt sans loi, sans ordre, et sans pain. (C'est vrai ! c'est vrai !)

" On nous parle des sympathies des Etats-Unis, et et l'on vous trompe encore sous ce rapport. J'ai habité deux ans les Etats-Unis, j'ai étudié ce peuple et ses institutions, et je suis convaincu qu'il n'existe aucune sympathie entre sa religion, ses lois, sa langue et ses usages, avec ceux des Canadiens. Certes, ce peuple prospère, mais vous prospérerez comme lui quand vous n'aurez plus autour de vous des hommes qui s'occupent de leurs intérêts, de leurs passions particulières, au lieu de s'étudier à vous donner de bonnes institutions. Mais quand toutes ces raisons d'éloignement n'existeraient point, il est quelque chose qui vous doit faire envisager cette pensée avec la plus profonde répugnance : c'est le sentiment d'horreur qui siège dans le cœur de tous les hommes contre une action déshonorante, et il

n'y en a pas de plus infâme que celle de vendre sa patrie. (C'est vrai 1)

" Vous vous rappelerez, Canadiens, que vos pères se montrèrent comme des murailles sous le trapeau britannique ; qu'ils marchèrent au milieu de la mitraille pour défendre ce sol chéri. (Applaudissements nombreux.)

" Iriez- vous le livrer aujourd'hui à ceux qu'ils repoussèrent si vaillannnent alors ? Non ! non ! non !) Non ! vous ne le feriez pas ? Vous ne voudriez pas souiller les lauriers acquis au prix d'un sano- si pur ? Si vous en étiez capables, les ossements de vos ancêtres sortiraient de terre pour se lever contre vous et vous reprocher une aussi lâche perfidie." (Vives acclamations.)

La suite de ce discours trop long à reproduire, se trouve dans le Popidaire.

A cette même assemblée, du 6 de juillet 1837, C. C. Sabrevois de Bleury, écuyer, avocat, M. P. P., prononça lui aussi un long et énergique discours, pour protester contre le parti Papineau ; discours éloquent qui fut interrompu par de nombreuses acclamations.

Pour avoir une idée exacte des sentiments qui furent exprimés à cette assemblés, il faudrait reproduire non seulement le compte.-rendu (pii fut publié, mais tous les articles des journaux constitutionnels de l'époque qui l'accompagnaient, et qui furent écrits avant et après cette grande protestation constitutionnelle. Malheureusement, vu l'espace exigu que doit comprendre un appendice, je suis privé de faire une plus longue reproduction. Si le lecteur peut se procurer la hle des journaux qui étaient publiés en 1837 ou du moins des jour-

naux constitutionnels de cette date malheureuse, il y puisera des renseignements que je n'ai pu relater, et qui seront pour lui d'une haute instruction.

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