‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 93 sur 102 · UNE CAUSE DE DIVISION · texte numérisé non relu

UNE CAUSE DE DIVISION

" Nous avons vu hier l'un des notables de Saint- Eustache, et nous nous sommes renseigné parfaitement sur le projet dont parlait la Minerve de samedi, d'élever en cette paroisse un monument au Dr Chénier.

" Or, t'ait significatif : un document a, paraît-il, été signé il y a quelques semaines par la grande majorité des habitants de Saint-Eustache, plus des trois-quarts, dit-on, auraient condamné l'idée de ce monument. Par contre, ils auraient, à la même majorité, plus des trois-quarts, exprimé leur désir d'élever un monument à feu M. le curé Paquin Or, l'idée du monument Paquin, c'est la condamnation absolue du monument Chénier.

" Cette attitude des habitants de Saint-Eastache est toute naturelle. Chénier quelque pût être l'excellence de ses intentions et la générosité de son patriotisme, a soulevé un mouvement déplorable qui a pi'oduit des effets désastreux. Révolté contre le pouvoir légitime, il agissait en même temps en désobéissance formelle à l'autorité religieuse qui condamnait énergiquement cette révolte.

" Tandis que M. Paquin, lui, a fait des fondations importantes, rendus des services précieux, créé des monuments de charité chrétienne qui en font le bienfaiteur de sa paroisse.

" Sous de telles circonstances, les promoteurs du monument Chénier feraient-ils acte de patriotisme en persistant dans leur projet ? Nous ne le croyons pas.

" Nous ne croyons pas même qu'ils serviraient les intérêts de la gloire de leurs braves, car sous de telles circonstances, ce serait oflfenser sa mémoire que de l'exposer à voir les trois-quarts de sa propre paroisse porter condamnation sur ses actes.

" Un monument national ne devrait jamais être l'occasion d'une division nationale profonde ; il devrait au contraire être toujours un moyen d'union et de force, un point de ralliement.

" Si le monument Chénier a l'effet de nous diviser, c'est qu'il n'a pas raison d'être, ou que le temps n'est pas venu de songer à l'élever.

" Xe serait-il pas absurde, de la part du public canadien, de faire des sacrifices pécuniaires pour aller imposer aux habitants d'une paroisse un monument dont la grande majorité ne veut pas.

" Ne serait-ce pas aller les insulter chez eux sous prétexte de faire un acte patriotique.

" Vous êtes libéraux : Chénier était-il le premier de vos chefs ? Etait-il selon vous plus grand que Papineau ?

" Or, Papineau a-t-il son monument ? Vos autres chefs libéraux ont-ils le leur ! Y en a-t-il un seul qui l'ait !

" Pourquoi alors élever un monument qui va être une occasion de guerre entre Canadiens, tandis que vous pourriez en élever tant d'autres qui pourraient ne rencontrer que l'approbation unanime universelle, ou du moins ne soulèveraient aucune hostilité.

" C'est une simple réflexion cjue nous suggèrent les circonstances. Nous la livrons pour ce qu'elle vaut à la minorité de Saint-Eustache, de même qu'à ceux qui la secondent dans son projet."

La Vérité, journal publié à Québec, formulait, à la date du 5 septembre 1885, les commentaires qui suivent :

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