‹ La recherche d'une première véritéChapitre 15 sur 63 · GOMMENT TROUVER, COMMENT GHKBGHER · texte numérisé non relu

GOMMENT TROUVER, COMMENT GHKBGHER

sorte que la certitude maintenant acquise qu'elles étaient ou qu'elles n'étaient pas des erreurs n'aura été obtenue qu'au prix de soupçonner d'abord que ce pouvaient en être.

n faut donc soupçonner d'abord que mes croyances leâ plus vénérées ne sont peut-être que des erreurs : des erreurs touchantes, généreuses, mais des erreurs? Il faut le soupçonner, il faut le croire possible. Quelle parole! Et quelle action! Toutefois, par la crainte d'ébranler mes croyances, qui tf a quelqtjie fondement que si l'objet en est chimérique, je ne dois pas, ce semble, renoncer à la chance de les affermir si l'objet en est véritable ? Mais s'il y a contradiction entre la science et la croyance? J'aviserai, je verrai : je sacrifierai l'une à l'autre. Laquelle des deux? j'en suis le maître : peut-être la science; je dirai peut-être à ma raison : tu dis vrai, mais je ne veux pas t'entendre; ne l'ai-je pas dit souvent? Ou plutôt je dirai à ma raison : tu dis vrai et je le vois, mais je ne te crois pas, et m'aidant de ne te croire pas pour m'empêcher de voir que mon cœur me trompe, je trouve que tu as tort et que c'est mon cœur qui a raison. Je préfère la sagesse de mon cœur, qui m'élève et me satisfait, à ta lumière qui ne me montre que mon abaissement et mon désespoir. Quand tu affirmes que ce qu'il affirme est évidemment faux, pourquoi te croirais-je puisqu'il affirme que ce que tu affirmes est faussement évident?

Hais il serait mieux que ma raison et mon cœur

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enssent raison ensemble. Que sont-ils d'ailleurs, ainsi séparés, sinon des mots quasi dénués de sens? Ce ne serait pas de la bonne foi , ce ne serait pas la foi de mon cœur, cette foi subsistant de ténèbres, cette foi intéressée pour subsister à se cacher de ma raison ; ce ne seraitpasmaraisoD,cettesoi*disantraisonimpuissante à se faire écouter de mon cœur« Hé quoi I ne veux-je pas sortir de ce sommeil, dépouiller le vieil homme? Je le veux. Je veux ressusciter et j'hésite à mourir! On dirait que je ne peux sans devenir sacrilège immoler le vieil homme avec ses erreurs. Mais si j'avais la vérité, qui est la vie de l'intelligence, quel dédain je ferais de la folie d'entreprendre de la chercher ! Je la cherche, donc elle me manque. Je ne connaissais pas la vérité, cette vérité qu'on ne cherche plus quand une fois on la possède, je ne la connaissais pas, je le sens à mon désir ardent de pouvoir me dire : je sais véritablement quelque chose, je sais ce que c'est que savoir, je te sais désormais pour toujours, je le sais sans erreur possible, je le sais de toute la certitude avec laquelle je sais que j'existe, comme je sais que je pense ceci ou cela en ce moment. Serait-ce donc là seulement tout ce que je peux savoir?

Gomme si la vérité elle-même venait à mon secours en face d'un péril que j'hésite par respect pour elle à braver pour l'amour d'elle, il semble qu'elle m'inspire, dans ma frayeur de l'offenser, une ruse innocente.

Rassemblons, formons en un faisceau ces vérités

GOMMENT TBOUYBR, GOMMSOT CHERCHER...? 35

que mon cœur vénère et que j'ai mêlées certainement de quelques erreurs : quelles erreurs? des erreurs inconnues ; et adorons sous le nom de la Vérité ce qui est vrai dansée mélange; ensevelissons leur mémoire dans les ténèbres lumineuses de ce nom si beau et si sacré (ne l'est-^il pas assez pour aonuner ce que j'adore : n'est-ce pas un nom digne de Dieu même?): à la lumière dont la science le fera resplendir, je reconnaîtrai plus pures encore celles que je n'aurais pas méconnues sans crime. combat de sentiments inexprimables !

Éclairez-moi, flambeau intérieur, flambeau indéfectible dont nulle tempête n'agite la flamme, idée sans égale, idée que rien n'altère, ni le temps qui change toutes les autres, ni l'orgueil de l'étude à qui vous montrez qu'il se confond lui-même, ni le remords qui s'irrite à essayer de vous éteindre; idée de la vérité qui n'êtes que son reflet, mais son reflet sauveur, restez avec moi, ne m'abandonnez pas dans ce désert de ténèbres où je suis perdu! Vérité! Vérité que j'appelle, viendrez-^vous? Si vous êtes quelque chose qu'on peut prier et qui peut nous entendre, aidez-moi, vous que je forçais à m'aider jusque dans mes fautes; aidez-moi, non pour le mal mais pour le bien ; n'allez pas me refuser votre aide quand je n'aspire à savoir que pour savoir comment arriver à bien faire.

Qu'ai-je fait? Je doute. Un doute général dont rien n'est excepté m'enferme. Gomment en sortir? Quelle

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ressource? Le doute. Le doute m'enferme. Je ne trouverai que par le doute cette connaissance nouvelle, nouvelle, je ne dis pas dans sa matière mais danssa forme, dans la perfection de sa forme; nouvelle, entendonsle : entendons-le bien; je ne Tentends pas! Tâchons donc de Tentendre : nouvelle, incomparable. Trou* ver dans le doute universel, à l'aide du doute universel, la certitude : voilà le problème. J'en suis réduit à faire ce miracle d'adresse de l'y trouver, et cela sans miracle! Gardons-nous des miracles, et pardessus tout du miracle de ma foi passée : car je ne pourrai trop m'étonner, dès que je serai en possession de cette première vérité, qu'il ait été en mon pouvoir d'empêcher qu'une connaissance si simple et si évidente n'ait été le premier acte, le premier regard de mon intelligence en exercice. Assurément, quel qu'il soit, le miracle de mou adresse n'aura pas à surpasser le miracle de mon espérance. Quelle angoisse est la mienne! Voyons, je ne me trompe pas : où serait mon erreur si je n'affirme rien?

Je n'affirme rien, c'est y rai ; mais est-il bien vrai que je doute de tout? Ne suis-je pas assis à cette table, une plume à la main ? Ne voilà-t-il pas un arbre dont le vent d'hiver agite les 'branches, et à ses pieds la mer qui roule ses flots sur le rivage? D'ici j'en entends les grondements, pareils à la voix adoucie du tonnerre. On dirait qu'elle répète sans fin la même parole : comme un homme qui navré de regrets pour une faute qu'il a faite s'échappe en soupirs et en ex-

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