GOUMENT TROUVER, COMMENT CHERCHER
multiple et le spectateur et le théâtre, la pleine possession de la réalité, Ventière certitude de ce qui est se concentre incessamment au point de vue, de même qu'au €ein des espaces la perception m'emprisonne dans une étroite, dans une infranchissable solitude, dont la vaste enceinte extérieure, à jamais interdite à moi, n'est peut-être occupée que par une optique décevante.
Toutefois si ma mémoire est faillible quand elle s'exerce à quelque distance dans la durée, aurais-je donc à craindre qu'elle me puisse tromper dans le souvenir qui reproduit en moi, si près de moi, l'instant précédent de mon existence ? Mais le souvenir n'est pas toujours le principal lien en moi-même de deux états consécutifs ; un rapport plus étroit, une connexion plus intime que le rapport de simple succession les unit, en subordonnant l'état qui suit à l'état qui précède : je me sens produire dans l'un un effort qui atteint son terme dans l'autre : je me conçoiscommecausêdanslepremier,commeeffetdans le second; et cet état où je suis cause, cet état où je suis effet ne sont,en tantque j'en ai l'idée, que les deux aspects antérieur et postérieur sous lesquels je contemple un même acte qui commence et qui s'accomplit : un acte, c'est-à-dire un changement opéré enmo^ar moi. Par moi : Quand donc les entendrai -je, ces mots que je prononce dans je ne sais quel assoupis* sèment? Par moi t Mais moi qui suis par moi, je suis donc plus que moi? Sans doute je suis, mais que
suis-je? Ah ! certes quelque chose de plus que le moi où je me réfugiais tout à l'heure, pressé entre ce passé qui a cessé d'être et cet avenir qui n^est pas. Et fût-il éternel, ce moi que défendait contre un double Béant le sentiment si fugitif de son existence présente, il n'est maintenant à mes yeux, dans son existence inerte, dans son inactif sentiment de son être, ce moi borné à se sentir être, à se voir être ce qu'il est, qu'une ombre, au prix de cet autre moi qui s'éveille en moi pour agir, qui s'écrie : « Allons!» qui aspire à se perdre, et en se perdant me ressuscite. Car il en est ainsi, selon cette étonnante idée : Par moi. A considérer la suite des actes si divers émanant de ma volonté, actes que mettent diversement en relief leur grandeur et leur importance, mais que suffit à produire le moindre des moindres mouvements de ma libre pensée, un perpétuel devenir dont je suis le principe perpétuel fait de mon existence continue une suite continue de morts et de naissances, où le moi qui périt détermine quelque chose dans l'être de celui qui nait ; et il détermine ce quelquie chose absolument, non pas nécessairement ; d'après une loi et une règle, mais sans règle et sans loi, et indépendamment de sa nature, en une certaine manière : car il ne peut réellement agir qu'autant qu'il est dans sa nature d'agir avec uae sorte de supériorité sur sa nature même. De deux existences différentes de moi-même que je me représente pour le moment qui vient, je choisis l'une ou
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l'autre, je réalise l'une de préférence à l'autre, à mon gré, comine il me plaît; mais mon gré ne feit pas mon choix : c'est mon choix qui fait mon gré : Il me platt qu'il me plaise.
Oui, c'est par là que je me domine, que je me dépasse ; c'fôt là le principe de mon vrai moi, de ce moi qui PEUT réellement quelque chose. Et comment faire un pas dans cette recherche, un seul tâtonnement même, sinon par le moyen de ce mouvement libre de ma pensée ? Gomment former le projet de chercher, me fixer un but, délibérer, hésiter sur la voie à prendre, absuidonner les anciens errements, rompre (disais-je) avec l'habitude et les préjugés, essayer de me placer dans des conditions d'indépendance et de sincérité, prétendre à me dépouiller de mes erreurs, comparer des idées, juger, si mes pensées se préparent, se produisent, se continuent les unes les autres dans un ordre dont je ne suis pas maître, d'une manière où je ne peux rien, chacune d'elles à chaque instant devant être précisément ce qu'elle est, et ne pouvant pas n'être pas telle ?
Étonnante idée que celle-là qui me fait voir, à côté de la suite des choses que j'ai librement voulues, une suite parallèle d'autres choses que librement je n'ai pas voulues et que je pouvais vouloir, pouvant ne vouloir pas les autres! Les unes et les autres étaient possibles, mais les unes ont été, les autres n'ont pas été. Pourquoi celles-ci ont-elles été? Parce que je les ai voulues ? Pourquoi les ai-je voulues ?
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Parce que je les ai voulues. Pourquoi précisément celles-ci, et non les autres ? Parce que précisément celles-ci et non les autres? Mais ce n'est pas une réponse? Mais ce n'était pas une question ! Prenons-y garde : est-ce parce que manifestement il ne doit pas y avoir de Question, qu'il ne peut y avoir de Réponse? ou si c'est de là que manifestement il ne peut y avoir de Réponse, qu'il ne doit pas y avoir de Question? Serait-ce seulement ^n s'apercevant que la réponse est impossible, que l'on commence à soupçonner que la question n'a pas de sens ? Mais ce qui rend la réponse impossible, à savoir, une certaine conception peut-être erronée de la liberté, serait bien cela même qui rend la question absurde. Or la question n'est pas absurde de prime abord ; je m'entends, mesemble-t-il, lorsque je me demande : Pourquoi, à tel moment, ai-je, précisément voulu telle chose? J'étais libre en effet, supposons, de me déterminer ainsi ou autrement; mais à moins de me déterminer arbitrairement, c'est-à-dire sans raison, car est arbitraire ce qui n'a pas de raison d'être, la question : Pourquoi cette détermination plutôt que cette autre? se comprend d'autant mieux que le motif pour se déterminer ainsi et le motif pour se déterminer de cette autre manière ne pouvant être les mêmes, puisque les deux déterminations possibles étaient dilOTérentes, la prédominance au moins apparente et relative d'un motif sur l'autre paraît avoir été la raison décisive du choix. Hais ce n'est plus la liberté.
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Étonnante en effet, étonnante idée, étonnante par* dessus toutes choses, cette idée qui me montre toujours plus ou moins explicitement affirmé, sinon dans chacun de mes changements, au moins dans chacun de mes efforts,, dans ce jet rapide de la pen-^ sée qui s'élance hésitante entre deux objets, ceci, que le cœur resserre en un cri et l'esprit en un éclair : « Moi cause libre, actuellement indéterminée à l'un ou à l'autre de d^ux effets, je peux par moi-même actuellement me déterminer soit à l'un, soit à l'autre. » En sorte donc que si je me trouvais une seconde fois dans des circonstances identiques, je pourrais la seconde fois me déterminer autrement que la première? Arrêtons-nous ici. Quel est ce piège?
Remontons le cours des ans, des siècles, et, marquant un instant précis dans l'existence des choses, concevons que le monde tel qu'il est, soudainement anéanti, soit remplacé par le monde tel qu'il fut à cet instant : la terre, le firmament redevenus ce qu'ils étaient, chacun des plus imperceptibles atomes de l'univers le même et en même lieu : les mêmes hommes, avec la même mémoire, les mêmes idées, les mêmes sentiments : nul changement dans leur être ni dans l'ensemble de leurs rapports ; rien de plus, rien de moins dans leurs dispositions présentes : l'effort général du devenir a partout les mêmes points d'appui et les mêmes directions. Qu'un moment s'écoule, ces hommes vont agir ; mais comment? Seraitce autrement que la première fois ? Non pas tous, au
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moins! Quelques-uns peut-être? Mais pourquoi quelques-uns? Mais pourquoi pas? Et pourquoi pas tous, puisqu'ils sont libres? Hs sont libres sans doute, mais ils étaient libres aussi. Ils étaient libres, et ils agirent ainsi ; se pourrait-il qu'en un certain mortel, ce qui va être fait soit ce qui ne s'est pas fait déjà dans des conditions identiques? Que si je sens toute ma raison vaciller sur sa base à l'idée seule que ce qui s'accomplit une première fois pourrait ne s'accomplir pas la seconde, comment l'absurdité d'une dif* férence possible dans les actions et les événements cesserait-elle au moment suivant? ou au moment d'après ? Et le temps s'écoulant toujours avec la reproduction continuelle des mêmes effets par les mêmes causes, à quel moment commencera la possibilité d'une diflérence? Et cette différence ne se réalisant jamais, comment ne voir pas qu'au bout du même intervalle franchi dans la durée, le monde reparaîtra tel qu'il est, le même après la même course, le même de la plus parfaite identité jusqu'aux derniers détails? Mais remarquons-le bien, s'il était possible de constater autour de moi par un nombre ' d'épreuves plus grand que tout nombre assignable, c'est-à-dire par une infinité d'épreuves, que tel ou tel événement quand il a lieu est toujours suivi de tel autre, ne dirais-je pas avec certitude que, posé celui-là, celui-ci est nécœsaire ? Or, affirmer comme certaine la reproduction des mêmes faits dans les mêmes circonstances, c'est reconnaître qu'une infi-