‹ La recherche d'une première véritéChapitre 23 sur 63 · GOMUEKT TROUVER, GOMMENT CHERCHER · texte numérisé non relu

GOMUEKT TROUVER, GOMMENT CHERCHER

s'identifiait en idée sous tous les rapports avec la personne qu'on accuse : mais on veut dire qu'étant différent on aurait agi différemment; et il ^t naturel de s'en féliciter quelquefois, comme il est juste aussi de plaindre celui qui n'a pu agir comme il a fait que parce qu'il était différent de nous-mêmes. . . .

(1) Des notes de Fauteur permettent de rétablir, quoique imparfaitement, la pensée fondamentale et les conclusions de cet ouvrage dont plusieurs parties importantes n'ont pas été définitivement rédigées et mises en place, ou du moins ne se retrouvent plus.

La thèse de la nécessité, établie comme on vient de le voir et fortifiée par une étude des résolutions humaines et des opinions^ est suivie d'une « révolte du sentiment. » Â cette révolte on oppose l'explication de l'illusion du libre arbitre dans le système de la nécessité, et on répond aux objections vulgaires et généi*alement fausses qui ont cours contre ce système.

Alors revenant il l'objet qu'on se proposait, c'est-à dire à la <c recherche d'une première vérité, » on est forcé de reconnaître que la thèse de la nécessité, si elle est admise, interdit d'aspirer à la possession d'un critérium de certitude. En effet, si tout est nécessaire, les erreurs aussi sont nécessaires, inévitables et indiscernables; la distinction du vrai et du faux manque de fondement, et l'affirmation même que tout est nécessaire ne peut se faire, parce qu'il n'y a point de moyen de la distinguer de toute autre^ en tant que certaine.

a Les vérités primitives ne peuvent s'établir par l'évidence, puisque l'évidence est déductive » : (proposition que l'auteur devait établir en réfutant l'application du critérium de l'évidence aux notions à priori, et en revendiquant aussi pour de certains cas la part de 1' « évidence volée à la société » ) .

ce Et s'il y a liberté, l'opposition du libre et du nécessaire

donne un moyen d'établir les vérités primitives. Mais s'il n'y a point de liberté, tout est nécessaire, et cette opposition n'existant plus, ce moyen n'existe plus d'établir les vérités primitives. »

Ainsi la thèse de la nécessité conduit au scepticisme* Mais le scepticisme absolu provoque définitivement une « révolte de l'être entier. »

« Cet affreux dogme de la nécessité ne saurait se dér montrer : c'est une chimère qui renferme le doute absolu dans ses entrailles. Il s'anéantit devant un examen sérieux et attentif, comme ces fantômes formés d'un mélange de lumière et d'ombre qui n'épouvantent que la peur, et que la main dissipe en les touchant . Mais ce qu'on ne remarque pas assez, c'est que la liberté, si réelle qu'elle soit,ne saurait se démontrer davantage; elle est la mndiiion nécessaire qm rend possible l'œuvre à la fois imparfaite et admirable de la connaissance humaine et l'œuvre du Devoir qui en découle^ et c'est assez peut-être pour nous assurer qu'elle n'est pas une vaine conception de notre orgueil. On la sent en soi-même sans doute ; mais non pas de la façon dont on sent sa pensée et sa volonté. On aurait beau la chercher dans la conscience des psychologues : si on la sent quelque part, c'est au fond de cette antre conscience plus clairvoyante qui ne confond jamais le bien avec le mal et nous crie sans hésiter de faire ou de ne pas faire. »

Dans l'impuissance de rien démontrer, il reste une grande ressource; c'est d'affirmer la liberté à titre de postulatumy et cela non pas seulement pour la morale, mais encore pour la connaissance elle-même, qui ne s'en peut passer* La vérité digne d'être choisie pour un tel postulatum, dès qu'il en faut un, a doit résoudre cette question mathématique : un maximum et un minimum à la fois : la plus .petite dépense de croyance pour le plus grand résultat. » L'affirmation de la réalité du libre arbitre a éminemment ce caractère. Une tcAs ce, point de vue adopté, on répondra aux objections, on résoudra les « contradictions. »

On peut même essayer de justifier le postulatum par un dilemme :

Ou c'est la nécessité qui est vraie, ou c'est la liberté :

Dans la. première hypothèse, si j'affirme la nécessité, je

COMMEx'iT TROUVER^ GOMMENT CHERCHER...? S3

Taffirme nécessairement, mus sans .être en étal d'en garantir la réalité, et voilà le doute qui revient; si au. contraire j'affirme la liberté, je l'affirme encore nécessairement, et de plus je trouve dans le parti que je prends l'avantage d'affermir en moi les fondements de la connaissance et de la morale. .

Dans la seconde hypothèse, celle de la réalité de la liberté, si j'affirme la nécessité, je l'affirme librement, je suis dans l'erreur au fond, et je ne me sauve pas même du doute, tandis qu'en affirmant la liberté, je suis à la fois dans le vrai et je recueille les mérites et les avantages de mon affirmation libre.

« Conclusion : la croyance est ici nécessaire : et y ayant doute, puisque l'évidence manque, » et que, en lui-même « le dilemme suppose le doute, » a il faudrait conclure à la liberté par le raisonnement ^X, LN (ci-dessus), mais :

« Aussitôt que le principe de la liberté est posé, le principe de la causalité apparaît ; et le principe de causalité est blessé, se retourne sur lui-même dans l'aflirmation de la liberté. Et je roule dans un cercle dont je ne peux pas sortir. »

n faut en sortir pourtant. Ce sera par l'affirmation résolue de la liberté et par la soumission, par la réduction de la causalité à la liberté, a Première fois : cette notion de la cause maîtrise tout dans l'esprit. Seconde fois : cette notion de cause maîtrise l'esprit, mais la notion de la cause libre l'affranchit. »

Définitivement : «je ne puis affirmer ou nier l'une ou l'autre (la liberté, la nécessité) que par le moyen de l'une ou de l'autre. » Je préfère affirmer la liberté, et affirmer que je l'affirme au moyen de la liberté. Mon affirmation me sauve, m'affranchit. Je renonce à poursuivre l'œuvre d'une connaissance qui né serait pas la mienne. J'embrasse la certitude dont je suis l'auteur.

Les fragments suivants se rapportent à l'établissement définitif du libre arbitre, ensuite aux notions de Dieu, de Création et de Providence. Le lecteur verra avec regret que plusieurs d'entre eux ne sont que des titres. Mais il a para bon de les mentionner à leur place.

(Note de l'éditeur.)

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