‹ La recherche d'une première véritéChapitre 29 sur 63 · D1AL0G(J · texte numérisé non relu

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possibles : crainte de faire entendre qu'il en est d'illusoires. Le possible étant ce qui se conçoit sans contradiction y il est clair que votre salut est aussi un possible.

LE RÉPROUVÉ

Vous trouvez que tout considéré, mon salut se conçoit sans contradiction ?

LE PRÉDESTINÉ

Sans aucune contradiction quand on le considère en lui-même.

LE RÉPROUVÉ

Ceci me rappelle la chose en soi et le sens divisé. — Mais si je considère mon salut rigoureusement en soi, afin de le concevoir sans contradiction, cela ne revient-il pas à le considérer hors de moi qui serai damné très-certainement? Mon salut! Mais entre mon salut et moi, il y a tout l'enfer!

LE PRÉDESTINÉ

Je suis sûr que ce qui vous empêche de vous rendre à mes arguments, c'est l'excessive préoccupation que vous serez damné. Trop de lumière vous éblouit en ce moment. Quand il y en aura moins, vous y verrez plus clair.

LE PRÉDESTII9É.

Vous trouvez que ma participation actuelle à la prescience de Dieu, pour une petite partie des choses futures, me trompe sur le sort qui m'est réserué? Alors Dieu me trompe ?

170 LE PRÉDESTUSÉ, LE RÂPEOUYÉ :

Non» c'est vous qui vous trompez. Je regrette de ne vous l'avoir pas dit plus tôt.

LE RÉPROUVÉ

Vous osez soutenir que ce taUeau ne dit pas la vérité?

LE PRÉDESTINÉ

Il représente des choses que Dieu sait de toute certitude.

LE RÉPROUVÉE

Et j'ai tort en le voyant d'être certain que je serai damné?

LE PRÉDESTINÉ

Sans doute.

LE RÉPROUVÉ

A moins que vous n'en appeliez à l'évidence pour établir ceci, je présume que vous ne m'en donnerez la raison qu'au bout de longs raisonnements.

LE PRÉDESTINÉ

Elle est la plus simple du monde. Vous abusez de la communication que Dieu vous fait de sa certitude à l'égard de quelque chose, pour vous croire certain vousp-méme de cette chose. Vous ne le devriez pas. Je parle très-sérieusement.

LE RÉPROUVÉ

Eh bien! tout ce que vous m'aurez dit sur la nécessité de conséquence, le sens divisé, la concomitance, \e4iunc et les possibles impossibles ne vaut pas à mon avis cette seule idée de vous.

LE PRÉIffiStmÉ.

L*idée n'est pas de moi.

LE RÉPROUVÉ

Ainsi mon devoir est d'ignorer que je serdi damné, moi qui sais que Dieu le sait.

LE PRÉDESTINÉ

Précisément. Faites commç saint Paul. Il savait fort bien que Dieu savait qu'il serait sauvé; et il persistait modestement à ignorer quant à lui s'il serait sauvé ou non. C'est là un grand exeniple.

LE RÉPROUVÉ

Gomment? Saint Paul n'avait pas la certitude de cela même dont il savait que Dieu était certain?

LE PRÉDESTINÉ

n n'aurait pas osé : il ne s'attribuait à cet égard . qu'une certitude per circuitionem , qu'on pourrait appeler une certitude superindirecte. Un doute léger se marie bien d'ailleurs avec la certitude superindirecte.

LE RÉPROUVÉ

Un dovitepar ameondtance : je conçois cela.

LE PRÉDESTINÉ

On ne doute, que de son côté, et l'on est certain du côté de Dieu. C'est une situation des plus agréables. On se dit : peut-être, hélas! que j'aurai ce malheur, ô mon Dieu ! de ne pas aller au ciel. Peut-être, sousentendu pour moi, supposé que je fusse dans l'ignorance où 'je ne suis pas ; peut-être, àinon point de vue, distinct du point de vue de Dieu ; peut-être, '

m LE PRÉDESTINÉ, LE RÉPROUVÉ :

pour parler à la manière humaine ; peut-être pour ainsi dire, peut-être par humilité.

LE RÉPROUVÉ

Peut-être, par une petite hypocrisie d'incertitude?

LE PRÉDESTINÉ

A Dieu ne plaise! La sincérité de ce langage en fait tout le mérite. Que vous êtes loin de pressentir jusqu^oii peut aller la sincérité, quand elle est aidée par la grâce! Il semble que Dieu communique à ses élus quelque chose de sa propre sincérité à lui-même, dont je voudrais pouvoir vous donner une faible idée. sincérité du grand ccBur de mon Dieu, que vous êtes capable d'attendrir les plus endurcis ! (Le Prédestiné f après quelques instants donnés d tétnotion^ reprend d'une voix plus assurée.)

Selon de savants et pieux personnages, ce n'est pas la prévision de nos mérites, à quelques-uns de nous misérables enfants d'Adam, que Dieu a prise pour base du décret par lequel,, dès l'éternité, il lui a plu de rendre notre salut certain. Le décret n'a besoin d'aucun fondemeqt : seul il se suffit à lui-même pour être aussi juste que ferme. Je me rappelle avec plaisir que j'ai toujours été enclin à cette opinion : maintenant il est pour moi d'évidence manifeste qu'elle est la véritable. N'est-ce point en effet par la nature des moyens dont Dieu se sert pour exécute^ son décret que l'on .peut juger sainement si la prédestination e^ gratuite ou non ? Si ces moyens produisent leurs; effiais d'une manière infaillit)le, c'est

une marque que Dieu veut absolument le salut de la portion chérie de son troupeau, le salut de ses £lus, de ses bien-aimés, de ses bénits, de ses vases d'honneur et de miséricorde. Or, les secours que nous autres saints, destinés au royaume de Dieu (nous autres saints : je parle ici pour l'avenir : je me reporte à Fépoque de mon dernier retour à Dieu), ces secours, ces grâces que nous recevons du souverain dispensateur d6s biens ne nous donnent pas seulement le pouvoir de persévérer pourvu que nous voulions ; ceci est déjà un don précieux, mais ils nous donnent quelque chose qui l'est bien davantage, savoir la persévérance même

LE RÉPROUVÉ,

Mais le mérite de la persévérance, vous ne l'avez donc pas ?

LE PRÉDESTINÉ

Dieu nous le donne aussi. Le secours que nous recevons n'est donc pas seulement un secours sans lequel on ne peut persévérer (auxilium sinequo non)* mais il est tel que l'on ne manque jamais de persévé- Jrer avec ce secours-là. C'est Y auxilium quo.

L'opinion de la prédestination gratuite, déjà si imposante par les noms de ses défenseurs, est confirmée par la raison.

D'abord la prédestination comprenant le salut et les mérites indispensables pour le salut, s'il est vrai que j'aurai ces mérites qui me sauveront, ce bonheur ne peut venir que de ce que je suis prédestiné : il est

reflet de ma prédestination, il n'en est pas la cause : sinon je me prédestinerais moi-même ; ma prédestination est donc gratuite.

De plus, tout agent raisonnable veut la fin avant les moyens : or, mon salut et ma gloire étant la fin de ma prédestination, mes mérites qui n'en sont que les moyens doivent venir après ; ma prédestination est donc gratuite. Et Dieu qui a résolu dans ses conseils que je serai sauvé, me fera librement opérer mon salut, dans le temps convenable; c'est-à-dire qu'il me fera faire précisémentcequejeferaissi je pouvais faire quelque chose : ce qu'il est trop clair que je ne peux pas, chétive créature que je suis.

-LE RÉPROUVÉ

Vous n'êtes donc pas libres, vous autres élus? H est remarquable que vous méritiez sans liberté*

LE PRÉDESTINÉ

« Quand il plaît à Dieu de toucher l'homme par sa miséricorde, il lui fait faire ce qu'il veut et en la manière qu'il le veut, sans que cette infaillibilité de l'opération de Dieu détruise en aucune sorte la liberté naturelle de l'homme. » c Ce n'est pas que Thomme. ne puisse toujours » s'éloigner de Dieu, « et qu'il ne s'en éloignât efiectivëment, s'il le voulait, HAIS GOMMENT LE VOUDaAIT-IL, PUISQUE la VOlOUté

ne se porte jamais qu^à ce qui lui platt le plus et que rien ne lui plaît tant alors quecebira unique » : Dieu«

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