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VI PRÉFACE DE L'ÉDITEUIU

La ville, à Paris ; il avait acquis une instruction classique et littéraire très-soignée quand il entra à l'École polytechnique en 1834. Il sortit de cette école en 1836 pour entrer dans celle de FÉtat- Major. Ayant perdu son père, il renonça au service militaire en 1838, et se voua désormais aux travaux passionnés et absorbants par lesquels devait nécessairement aborder la philosophie, quand il s'y appliquerait en homme, celui qui même avant l'âge des écoles avait reçu cette impression profonde et posé le fondement de cette croyance forte, inébranlable, dont la confidence est écrite dans les premières lignes qu'il ait destinées au public (1). Tous les moments que la nécessité de demander à l'enseignement les ressources indispensables lui laissait disponibles, les entretiens, les longues conversations de l'amitié, les observations et l'expérience, et jusqu'aux épreuves de la vie, tout fut mis à profit pendant une suite d'années pour l'élucidation d'un problème qu'il regardait comme le premier, presque l'unique de la science et de la pratique : le problème de la liberté de l'homme. Toutes les parties de la philosophie et de la morale vinrent se grouper, se coordonner pour Jules Lequier autour d'une pensée maîtresse et d'une foi

(1) Voyez ci-dessous Le problème de la science: Inlroduclion,

PAÉFAGë de L'ÉBITEVR. VII

active (la foi des autres hommes étant sur ce point, alors même qu'ils estiment la posséder, si faible et si peu fructifiante) ; et il n'eut plus qu'un objet, qu'un but : porter dans l'esprit humain un de ces coups et de ces ébranlements qu'il est quelquefois donné au génie et à l'ardeur des convictions de produire; pour cela, se livrera un travail qui le plaçât au rang des hommes si peu nombreux qui ont en eux la puissance et la volonté d'une œuvre, et le mît en état de paraître un jour revêtu devant tous de cette même force et de cette même autorité qu'il se sentait dans sa conscience.

Mais une fatalité déplorable avait déjà voué à une œuvre bien différente, et cette fois impossible, le philosophe qui n'aurait pas eu trop du repos et de la liberté de l'âme pour mener à bonne fin la construction de sa doctrine. Jules Lequier entrait dans le monde chargé du poids des dettes paternelles, dettes honorables qu'il acceptait sans réserve pour tout héritage d'un père tendrement aimé dont le chagrin venait d'abréger les jours ; et près d'un quart de siècle plus tard, à la veille, au moment de mourir, il se débattait encore contre les nécessités de la vie et sous l'étreinte d'obligations qu'il ne pouvait remplir. Le long intervalle (hélas trop court!) fut partagé entre

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