‹ La recherche d'une première véritéChapitre 41 sur 63 · UN DISCIPLE · texte numérisé non relu

UN DISCIPLE

Quel coup de massue !

PROBUS

Dieu les connaît et nous les connaissons, mais avec cette différence que la connaissance que l'homme en a est bornée, obscure et pleine d'erreurs, au lieu que Dieu les connaît parfaitement. La différence est grande. Selon vous, maître, il n'y aurait donc point de contingents pour Dieu? Ou bien, en même temps que Dieu verrait les contingents tels qu'ils sont, c'est-à-dire contingents ou imparfaitement futurs, il verrait en outre certains d'entre eux parfaitement

258 PROBUS ou LE pniNaPB de ia science :

futurs, c'est-à-dire' non-contingents; et il y aurait par rapport à eux deux vérités, une pour Dieu et pour l'homme, et, pour Dieu seul, une autre, contradictoire à la première?

UN DISCIPLE {bas à un mitre).

L'argument est serré.

LE HAITRE.

Autant qu'il me semble, vous niez donc résolument que Dieu sache d'avance quel parti prendra rhomme dans un cas donné?

PBOBUS.

Je ne nie si peu que ce soit la science de Dieu, qui est manifestement infinie. Mais, souffrez que je le dise, c'est vous, maître, qui ne tenez pas compte d'une réalité que j'affirme, savoir que Dieu sait que tel homme est à présent irrésolu entre deux partis, et que ni l'un ni l'autre n'est futur absolument, mais que chacun des deux est conditionnellcment, imparfaitement futur.

LE MAITRE

Dieu ne sait donc pas quel parti cet homme prendra?

PROBUS

Dieu sait tout.

LE MAITRE

Dieu le sait donc?

PROBUS

Ce parti est donc futur et non pas futur contingent?

LE MAITRE

Voyons si avec tous vos échappatoires vous échapperez à Dieu. Dieu a parlé par les prophètes, nierezvous que les choses futures annoncées par eux ne dussent être un effet du libre arbitre en exercice? Dieu, qui savez toutes choses avant qu'dles n'arrivent! s'écriait Suzanne. Cette parole vous accable. Et si vous prétendiez que ces choses parce qu'elles sont futures ne sont pas contingentes, l'oseriez-vous dire du reniement de Pierre et de la trahison de Judas, prédits si expressément par le Sauveur?

LA DAMS (au vieillard).

Ne vous semble-t-il pas que le maître l'interroge comme un coupable?

LE VIEILLARD

Écoutons.

maître, quand le Sauveur dit à Pierre : avant que le coq chante tu me renieras trois fois, il voyait dans le cœur de Pierre jusqu'à une profondeur où Pierre lui-même ne voyait pas. Peut^tre le Seigneur avait-il vu dans son assurance moins de fidélité que d'orgueil, et pour que Pierre tombât infailliblement dans cette faute prédite, ne suffisait-il pas que Dieu au moment du péril lui refusât son secours? Ce n'est pas vous qui le nierez. Cependant l'action de Pierre n'eût-elle pas été libre, puisqu'il aurait pu faire autrement, avec celte grâce qui ne lui eût pas manqué si lui-môme n'eût manqué d'abord à la grâce?

260 FROBUS ou LE FRINGIFS D£ LA SCIENCE :

Connaître les choses avant qu'elles ne soient faites, c'est tes connaître dans leurs causes; et que les causes soient en partie déterminées, en partie indéterminées, ceci ne saurait rien ôter à la perfection de la connaissance divine qui suppose toujours son objet, mais dont la perfection ne dépend pas de cet objet.

Vous venez de rappeler la terrible parole : Un de vous me trahira. Mais d'abord* cette parole prouve que la trahison était consommée dans le cœur de Judas, et si vous aviez trop de répugnance à croire que la volonté, même soutenue par Tenfer, eut assez de force pour s'engager irrévocablement dans la résolution de commettre un si grand crime, écoutez, ô maître, les dernières paroles que je vous demande de prononcer ici. Puissent-elles m'obtenîr de vous mon pardon pour des discours où j'aurais été beaucoup plus bref si j'avais été plus habile!

Une sainte a vu et entendu ce que je vais dire. Après le repas pascal dans le cénacle, où ces paroles: Un de vous me trahira, venaient d'avoir été prononcées, Jésus ayant fait apporter de l'eau dans le vestibule, fit prendre à Jean un bassin et à Jacques une outre pleine d'eau : après quoi ils le suivirent dans la salle où le majordome avait placé un autre bassin vide. Les apôtres s'assirent dans le même ordre que celui où ils étaient placés à table. Jésus allait de Tun à l'autre, il versait sur leurs pieds de l'eau du bassin que portait Jean ; il prenait ensuite l'extrémité d'un

,DUL001IE. zGl

liogo qu'il avait mis autour dé son corps, et il les fisaujait. « Lorsqu'il vint à Pierre, celui-ci voulut l'arrêter, et lui dit : Quoi, Seigneur, vous me lavtf les pieds ! Le Seigneur lui répondit : Tu ne eais p^ maintenant ce que je fais, mais tu le sauras par ^ la suite. Il me sembla qu'il Itii disait en particulier : Simon, tu 3s mérité d'apprendre de mon Père qui je suis, d'oU je viens «t où je Vais : tu l'as ment confessé : c'est pourquoi je bAti Église, et les portes de l'Enfer ne pi contre elle. Ma force doit rester pn cesseurs jusqu'à la fin du monde, l aux autres apôtres et leur dit que lor plus sur la terre, Kerre devait rempl près d'eux. Pierraltil dit : Vous ne me les pieds. Le Seigneur lui répondit :

pas, tu n'auras point de part avec mi lui dit : Seigneur, lavez-moi non-seulemenl les pieds BiKJs encore les mains et la tête. Et Jésus lui répondit ■ Celui qui a déjà été lavé n'a plus besoin que de se laver* Jes piods, il est pur dans tout le reste. Pour vous aussi vous êtes purs, mais non pas tous. Il désignait Judas par ses paroles. U avait parlé ^u tavement des pieds comme d'une purilication des fautes journalières, parce que les pieds sanscesse en contact avec ta' terre s'y salissent incessamment si l'on manque de vigilance. Ce lavement des pieds fut spirituel et comme une espèce d'absolution. Pierre dans son zèle n'y vit qu'un abaissement Iroy grand Je son mai-

Page 1