rnoBCJS.ou le principe pe la science
U^c, il ne savait pas quei^sufi pour les sauver sabaisserait le lendemain jusqu'à !§ mort ignominieuse de la croix.
iiorsque Jésus lava les pieds à Judas, ce fut de la manière la plus touchante et la plus affectueuse. Il approcha son visage de ses pieds; il lui dit tout bas, qu'il devait rentrer en lui-même, que depuis un au il était traître et infidèle. Judas semblait ne vtuloir pass'en apercevoiretadressait la parole à Jean. Pierre s*en irrita et lui dit : Judas, le maître te parle ! Alors Judas dit à Jésus quelque chose de vague, d'évasif, comme : Seigneur à Dieu ne plaise ! Les autres n*avaiehi point remarqué que Jésus s'entretînt' avec Judas, car il parlait assez bas pour n'être pas entendu
(Keux D'ailleurs ils étaient- eccupés à remettre
leurs chaussures...,. »
LA DAME {au vieillard).
Le Seigneur approchant sa tête des pieds de Judas, quelle horrible invention! quelle insolente pensée ! {A sa mère assise près (Telle:) Vous pleurez, malhev»
reuse ! Il y a de Thérésie dans vos larmesi , «
LE MAITRE
Sdod vous, toutes les prophéties ne seraient que . conditionnelles ?
PROBUS
La vérité que j'essaie de défendre n'est nuffement contradictoire avec la certitude absolue de certaines prophéties. Dans nos actes, nos intentions seules dépendent de nous, et nous ne serons jugés que sur
DIALOGTE. â63
elles. Mais les conséquences de nos actes sont entre les mains de celui qui voit tout ce que le présent détermine dans l'avenir et tout ce qu'il n'y détermine pas.
Quand Jonjas reçut Tordre d'annoncer aux Ninivites que dans quaranfe jours Ninive serait détruite, le saint dont les étonnantes familiarités avec Dieu nous confondent, devina les réserves que faisait la miséricorde: Je savais bien, dit-il à Dieu, je savais bien qu'il en serait ainsi, c'est-à-dire que Dieu pardonnerait, que ce décret n'était pas absolu (Hoc prœoccupavi). Ne pourrait-on pas dire que Jonas a dans TÉglise une foule d'imitateurs à rebours qui en savent plus sur les décrets de Dieu, à l'exemple de Jonas, que Dieu n'a trouvé bon de leur en faire connaitre? qui prennent, au contraire, pour des prophéties absolues des prophéties peut-être subordonnées à des conditions qu'ils ignorent? Gomment être certain de toute la certitude dont l'homme est capable que l'accomplissement de telle prophétie, absolue en apparence, n'est pas au fond conditionnel.
Mais je ^e nie pas pour cela, Dieu m'en, préserve ! qu'il y ait des prophéties absolues ; et l'on peut même expliquer, sans sortir du cercle des idées les plus ordinaires, comment ces prophéties absolues peuvent avoir pour objets des événements qui dépendent du libre arbitre. . *
LE MAITRE
En vérité! vous me rendez curieux.
S64 PROBUS ou LE PRINXTPE DE LA SCIEirCE :
PROBDS.
Si Ton ne coanaissait qu'un seul être libre et qu'une seule action libre qu'un homme pourrait faire ou ne pas faire, il serait aussi contradictoire de dire que cette action est capable d'être l'objet d'une prophétie absolue, qu'il est contradictoire de dire que le contingent n'est pas contingent.
Mais si l'on envisage cette suite d'actions libres qui est l'histoire du monde, et où la part de Dieu, quoique inconnue de nous dans ses limites précises, est assurément si grande, il faut reconnaître que chaque homme en usant de sa liberté de telle ou telle manière, c'est-à-dire en faisant être un seul possible, alors qu'il lui appartenait d'en faire être un autre, ou un autre encore, et qui sait entre combien de possibles il choisit celui qu'il fait être? chaque homme introduit dans l'histoire du monde quelque chose qui ne peut plus désormais ne pas en faire partie. L'homme auteur de cet acte l'oublie, et les autres hommes l'ignorent. Mais Dieu Ta vu, Dieu, dis-je. Ta vu prendre sa place dans les réalités, une place qu'il ne perdra jamais. Cette chose est. Désormais il sera éternellement vrai que cette chose est; si cette chose! est grande, qu'elle est grande, sinon qu'elle est grande encore par sa durée, puisqu'elle est éternelle. C'-est ainsi que le présent projette son ombre sur l'avenir, et il* l'occupe en partie de son ombre, ou plutôt de lui-même, car c« présent qui est, en cessant d'être, devient et demeure le passé dans Tavenir, L'avenir
est d'avance dans le présent, mais non pas tout entier; il reste libre dans les directions que le préisent lui a ouvertes, ou qu'il ne lui a pas fermées. Que savons-nous de ce qui s'ouvre ou de ce qui se ferme pournous dans l'avenir à chacun de nos actes, et je dis même des moindres? Pas plus que je ne sais «i ce mouvement de ma main transmet un mouvement, et quel mouvement, aux extrémités de l'Asie. Comme notre propre être nous échappe, surtout par où il s'étend davantage !
Or, qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que le regard de celui qui voit tout voie ces efiTets cachés lointains des actions dont nous sommes à peine capables d'apercevoir quelques effets parmi les plus proches ; et dès lors qu'il les aperçoit, quelle difficulté à comprendre qu'il puisse en communiquer la connaissance?
Toutefois, je lis dans vos yeux votre objection ; je me suis ôté le droit d'appeler ces effets contingents; il est vrai ; niais ils sont contingents dans leurs causes. Par exemple, mie mauvaise parole qui m'est échappée a contribué, je suppose, à la mort d'un homme en mettant le comble à ses peines. On me dira que
des conjonctures ont porté au delà de toutes les prévisions raisonnables l'effet de cette parole, et que je ne suis pas plus coupage que s'il n'eu eût été qu'insignifiant; que ma faute est légère. maître, pensezvous aifisi? Ne vous semble-t-il pas plutôt que je dois mieux comprendre la gravité d'une pareille faute
26C PliOBUS ou LE PRINCIPE BE LA SCIENCE :
en apprenant les suites qu'elle pouvait avoir? Et pendant que l'on m'assure que je ne suis pas plus coupable que je ne l'eusse été dans l'autre cas, la voix incorruptible qui me parle au fond de l'âme ne me dit-elle pas qu'alors même je ne l'eusse pas été moins queje ne le suis? Aux yeux de l'homme, le fait est taut. Qu'est-il arrivé? dit-il. Il ne fait pas attention que le fait tiré son caractère des possibles qui l'ont précédé. Que nos erreurs sont quelquefois grossières! Les choses nous semblent cesser d'être quand nous cessons d'en apercevoir les conséquences, et celles dont les commencements nous échappent nous semblent produites tout à coup. Mais les aveuglements qui nous cachent les liaisons dû passé avec le présent et l'avenir les laissent subsister dans toute leur force: et tel homme que nous croyons libre, en agissant maintenant de cette manière honteuse qui nous révolte, ne petit pas en effet agir d'une manière différente, quoiqu'il soit juste néanmoins de lui imputer son avilissement, à lui qui est d'autant plus criminel dans le passé que son horrible innocence est plus entière dans le pr&en t ; car il pouvait prendre d'au très voies que celles qui conduisaient à cette pente fatale, et après qu'il les a prises il a pu les quitter.
Notre erreur se corrige donc par une vérité. En un sens très- vrai, cet homme gui, à l'instant où nous croyons qu'il peut agir autrement, en réalité ne le peut pas, est cependant libre dans son acte; car pour considérer cet acte en son entier, il faut ne point s'en
teoir à sa dernière phase, mais remonter jusqu'aux causes qui Font déterminé et lui ont imprimé son caractère; or au premier rang de ces causes est la liberté de l'agent, cette liberté qui s'est exercée dans toutes ces actions antérieures dont celle-ci est l'effet, et où par conséquent elle s'exerce encore. Ces causes qui subsistent sont ces multitudes d'actions antérieures dont l'auteur avait pris avec le mal, un à un, librement et avec une Connaissance que le remords rendait suffisante, des engagements dont le mal, à l'heure favorable, est venu réclamer en une seule fois l'exécution.
Gomment nier, d'une autre part, cette heureuse . iiécessité de bien faire ou conduit l'habitude de bien fah*e. Tel homme est inaccessible à une tentation dont un autre ne triomphe que par un effort douloureux. Et notre admiration pour le premier doit pourtant l'emporter sur notre admiration pour l'autre. Car celui-là la mérite, non point pour vaincre en ce moment, mais pour avoir acquis celte laate vertu qui le met, en ceci du moins, au-dessus des périls.
Ainsi l'on conçoit clairement comment certaines actions libres peuvent être prévues et prédites. Il suffit de ne pas tomber dans cette erreur qui nous présente les actions comme des points isoléa. L'acte considéré sous deux points de vue est contiiigent et il 9e l'est pag.
Mais si l'on dirige sa pensée vers ce souverain domaine que Dieu exerce sur sa création, quelle^^urce
268 PROBUS ou LE PRINCIPE DE LA SCIENCE :
(le lumières noavellcs ! Le Tout-Puissant, le divin poète ne fait point apparaître sur la scène du monde des personnages qui viennent remplir un rôle arrêté d'avance; ces imitations de la vie sont les jeux du génie humain : qui pourrait se faire de l'œuvre de Dieu une idée si frivole et si basse ! Dieu a fait l'homme libre et capable de lui résister à luimême. Quand il agit sur nous, il Ta dit, c'est avec un grand respect.
Maîf si Dieu a su, sans blesser la liberté de ITiomme, le laisser dans Tignorancc sur presque toute la portée de ses actes (bien plus cette ignorance n'est-cUe pas nécessaire à la liberté?), s'il a rendu la liberté compatible avec
Instruments de Dieu, instruments libres. . . .
(l) Lacunes. Ici se Irouvcnt jcUjcs cq marge les noies cl les cilaiions suivantes :
CeW^.Reg i, 23, v. 12.
Ezôchias. — Vous allez mourir. Audivi oratiouem tiiam. Heg.i IV, 20, 5. Isaîe guéril £)zéchias avec des fi^es..
Raphaël guéril Tobie aveo 1^ flel du poisson.
— Jésus avec de la terre détremp<^>e dans sa saiivc.
Parole imbécile de^rgier : Continuellement Dieu serait oblige de Changer ses décrets et d'en former de toul contraires, parce qu'il se rencontrerait des obstacles cpi'il n'aurait pas^préviis.
Elisée annonçant que la mesure de farine se donnerait pour un sicle à la porte de Samarie. Ikff.^ iv, 7.
L'&nessé «l l'tlnon désignés par le Seigneur pour son enlrèe & v Jérusalem. Matt,, xxi, 2 et 3 ; AfarCy xi, 2 et 6 ; lyc, xix, 30 et 34,
L'homme qui porte une cruche d'eau. Marc, xtv, 13) LitCy xxn, 20. Circonstances où Bossuet fait remarquer la CQii<iuile*inerYeiU leusc de la Providence qui dirige avec cerLitudo à ses fins jusciu'à nos moitUrcs mouvements et les ados mômes qui nous sont lo
LK MAITRE
L'immutabilité, T universalité, Tofficacité et conséquemment la divinité de la Providence s'évanpuissent ensejmble dans cette doctrine.
LE VIEILLARD
Voilà qui est clair et court,
LA DAKE.
Et moi je dirais, mais non pas dans un sens de reproche, que la profondeur l'emporte encore sur la clarté.
LE MAITRE
Il est aisé d'en montrer le vice. N'étant pas vrai que A sera, n'étant pas vrai non plus que A ne sera
plus indifférenls. Méd, surVév,^ sect. de là cène, 1" partie, !•' jour.
Ri'becca, Genèsr, xxiv, 1 4. Mot de saint Augustin : Profecto et ipsum velle credere Deus operatur in hominc, et in omnibus njise-" ricordia ejus pra)venit nos : Consentire autem vocationi Dei vel ab oa dissentire, sicut dîxi, propriœ voluntatis .est. De spirilu et litlera, xxx.
EsUier et Mardochée. Esfh.y w, 14.
Achab qui s'empare de la vigne de Naboth, Elie. Décret changé. Reg,, m, 21, 24.
Jézabet, femme de Joram flls d* Achab, est mangée par les chiens dans le champ de Jezrahel. Ileg,y m, 21, 23.
Elisée et Joas. Si vous eussiez frappé la terre six ou sept fois, etc. Rpg.^ iv, 13, 19.
Si autem dixero impie : Morte moriçris, et cgerit pœnitentiam. Exech., xxiir, 14 et 16.
Quia si in Sodomis factio fuissent virtntes quacifactoB sunl, forte mansissentinhanc dicm. Mai th. xi, 23.
Agam et ego pœnitentiam super malo quod cogitavi ut facercm ei. Jereifi.j xvui, 8.
Hovertimini ad me et revertar ad vos. Malach,, iir, 7.
Je prends à témoin le ciel et la terre, disait Moïse, etc. Deutcr,, xxx, 19.
Malédictions de Jacob changées en bénédictions.
(Note de rédflour.)
270 PROBUS ou LE rniNGIPE DE LA SCIENCE :
pas, il est vrai que Dieu sait lequel des deux A ou non A sera ; vous trouvez ces deiv^ affirmations contradictoires ?
PROBUS
Oui.
LE MAITRE
Ah ! Probus! Ce sont donc les grands esprits que frappent les plus grands aveuglements !
J'attends la démonstration que vous m'avez promise ; j'avoue que jusqu'à présent je ne l'eusse attendue de personne.
LE HAITRfi.
Rien n^est plus aisé pourtant que de montrer que les deux affirmations ne sont nullement contradictoires.
D'abord il faut remarquer que en Dieu la science et la volonté sont la même chose. Or, si je montre que ia volonté de Dieu peut sans contradiction et réellement vouloir le oui et le non pour le même instant à l'égard d'une chose, nulle contradiction dès lors à ce que Dieu sache comme vrai tout ensemble le oui et le non à l'égard de la même chose !
Recueillement général. Silence,
PROBUS {A Caliste), Que penses- tu de ceci, Caliste?
CALISTE
Si Dieu pouvait sans contradiction vouloir les contradictoires, il n'aurait qu'à décréter que deux con-
• tpadicloires ne sont pas contradictoires; alors la science de Dieu verrait aussi sans contradiction que deux contradictoires ne sont pas contradictoires ; en sorte que Dieu verrait comme indéterminé l'effet d'une cause libre, et voilà la liberté de F homme sauvée : d'une autre part, il verrait comme déterminé l'effet de cette cause libre, et voici la prescience sauvée sans que la liberté soit détruite.
LE MAITRE
La difficulté vient de ce que « appliquant à Dieu ce qui ne convient qu'à nous, » nous procédons par similitude, alors qu'il y a dissemblance absolue. Mais à la folle argumentation de ceux qui, par similitude de notre volonté et de son acte, ou d'une puissance quelconque et de son acte, concluent quelque chose touchant la volonté de Dieu et son vouloir, je répondrai seulement : il n'y a pas là similitude, mais opposition complète.
Mais « quelques-uns croyant par l'imagination » qu'il en est de Dieu comme de l'homme, ne peu- » vent pas voir, que dis-je , ne verront jamais , à > moins de mettre de côté l'imagination, comment » Dieu, s'il veut que ceci soit de telle ou telle ma- » nière,' puisse vouloir que ceci ne soit pas, et cela » sans qu'il y ait d'autre acte de sa volonté : parce » que cet acte de son vouloir qui veut l'existence de » la chose, il ne leur parait pas qu'il puisse vouloir » la non-existence de cette même chose, parce qu'aie lors ce serait la même chose de vouloir l'être d'une
27i PROBUS OU LE FAINCrPE DE LA SCIENCE :
» chose et de vouloir son non-être ou ne pas voa- » loir son être, la même chose par conséquent » de vouloir et ne pas vouloir, et ainsi les con- » tradictoires seraient une seule et même chose. » De même, ils ne saisissent pas comment Dieu» par » un même acte de son vouloir, ne veut pas qu'une » telle chose soit aujourd'hui mais demain, et veut » que celte chose soit demain, et comment cette » chose qu'il veut être demain, et non pas avant, il » peut vouloir qu'elle soit avant sans un nouveau » vouloir. Tels sont quelques-uns qui imaginent » le divin vouloir comme semblable au leur: ce sont » ceux dont le commentateur dit Sup. 2 Met. c. 3. D Comm. 13 : qu'En eux la vertu imaginative l'em- » porte sur la vertu intellective; et par conséquent, » comme il dit, nous les voyons se refuser à croire » aux démonstrations si l'imagination ne les accom- » pagne«.. Et il y en a beaucoup ainsi, et ils devien- » nent d'excellents mathématiciens, mais de détesta- » blés métaphysiciens. »
Ainsi, de toute éternité, Dieu prévoit infailliblement l'usage que chaque homme fera de sa liberté, et cette prévision, loin de gêner le moins du monde notre liberté, la confirme plutôt dans toute sa pléni* tude, puisque Dieu, en voyant que les uns se sauveront et que les autres se perdront, ne voit pas moins aussi que par la liberté des uns et des autres il pour* rait en être autrement.
Il ne vous servirait de rien de recourir à Tobjec-^
tion dont il est facile de voir que dès le début voua vous proposiez de tirer un grand parti» à savoir qu'il y a donc deux vérités, puisque Tévénement est à la fois indéterminé aux yeux de Dieu, qui le yoit comme contingent, et tout ensemble le voit déterminé, à cause de sa prescience. Une telle objection serait sana force, car si une même chose ne peut pas être et ne pas être en même temps, et sous le même rapport, die peut être et ne pas être en même temps, sous des. rapports différents ; nulle difficulté dès lors à ce qu'un événement futur soit futur indéterminé par rapport à nous, et connu comme tel par Dieu, et soit en même temps futur déterininé par rapport à Dieu, et connu également comme tel par Dieu .
L'événement est donc à la fois déterminé et indéterminé, et cela sans contradiction, car il est véritablement indéterminé, mais seulement par rapport à nous-mêmes, et il est véritablement déterminé, mais par rapport à Dieu ^
Et Dieu, sans contradiction, le connaît conime indéterminé sous le premier rapport, et comme déterminé sous le second. Et si cette distinction dans la science de Dieu, à l'égard du même objet, vous embarrasse, je vous dirai que cette distinction dans la science de Dieu n'est à proprement parler que dans Tobjet de la science de Dieu, envisagé sous deux rapports, et non point dans la science de Dieu, qui est une, simple, immuable comme Dieu. C'est ainsi que le centre d'un cercle regarde tout entier toutes les