PROLOGUE
Et il étendît la main, et il saisit le glaive pour immoler son fils.
Et voilà qu' un ange d u Seigneur cria du haut du ciel , disant : Abraham, Abraham , lequel répondit : Me voici .
Et range dit : N*étends pas ta main sur Tenfant, et ne lui fais aucun mal, car je sais maintenant que tu crains Dieu, puisque tu n*as pas épargné ton fils unique, à cause de moi.
Abraham leva les yeux et vit derrière lui un bélier embarrassé avec ses cornes dans un buisson, et il le prit et l'offrit en holocauste pour son fils.
Et il appela ce lieu d'un nom qui signifie : le Seigneur Voit. C'est pourquoi l'on dit encore aujourd'hui : Le Seigneur verra sur la montagne.
L'ange du Seigneur appela une seconde fois Abraham du haut du ciel, disant :
J'ai juré par moi-môme, dit le Seigneur : parce que tu as fait cette chose, et que tu n'as pas épargné ton fils unique, à cause de moi ;
Je te bénirai, et je multiplierai ta semence comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer : ta postérité possédera les portes de ses ennemis.
Et toutes les nations de la terre seront bénies en celui qui sortira de toi, parce que tu as obéi à ma parole.
Et Abraham retourna vers ses serviteurs, et ils s'en allèrent àBersabée, et il y habita (1). »
{\i Ociirse, (liai», ^"^ii-
Les saintes Écritures ont des silences extraordinaires. Peut-être qu'elles parlent encore par ces silences à qui s applique à en chercher le sens, dans la simplicité de son cœur, à l'aide de la foi et de l'amour.
C'est ainsi que Moïse ne nous dit rien d'Isaac au moment qu'il fut attaché et posé sur l'autel pour y être offert en holocauste au Dieu jaloux.
Or Abraham pouvait l'attacher et l'immoler : il avait cette force parce qu'il avait la volonté d'obéir au Seigneur. Mais quel père eût pu parler?
Tout se fit donc sans paroles.
Et le sacrifice commença subitement, dans le transport de la sainte fureur d'une foi résolue à vaincre toute pitié. Puisqu'il fallait cette victime au Seigneur, Abraham, loin d'essayer, par une imprudence effroyable, d'obtenir de l'enfant un consentement que Dieu ne demandait pas de lui» ne devait chercher qu'à le surprendre, pour qu'il fût stupéfait de son supplice, et qu'au moins sa résistance (s'il allait résister!) ne fût que la révolte aveugle de la chair et du sang.
Car il est écrit : Dieu tenta Abraham, et non point : Dieu tenta Abraham et Isaac.
Regarde : le voilà qui s'élève, cet autel que le fils construit avec le père, dans l'attente de la victime que Dieu leur enverra. Tout est prêt.
Et voici ces mains rapides qui attachent l'enfant : Je serai comme une lionne contre lui (1) : moi, moi
(l) Ego quasi lea?na Ephraïm, el quasi catulus leonis domui Juda. 'Ego, ego capiam, et vadam; tollam, cl non est qui eruat. (Osée,v, 14.)