‹ La recherche d'une première véritéChapitre 52 sur 63 · LES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES

Dans les temps anciens, quand les fils d'Ismaël formaient déjà un peuple, et qu'une multitude de familles étaient sorties et d'Ésaù et de Jacob,

Un homme juste et craignant Dieu, nommé Aram, puissant et de grandes richesses, habitait sous les tentes.

Or, par une bénédiction du Seigneur, Aram était devenu, dans sa vieillesse, père de deux filsjumeaux.

Et lorsque ses deux enfants avaient été déposés sur ses genoux à leur naissance, Aram avait dénoué le ruban d'écarlate que Ton avait mis au bras de Tainé, et il leur avait donné le même nom selon un ordre dij Seigneur.

Tous les deux portèrent ce nom : Abel (1).

(t) Le nom h^»brou Abel signifie Aflliction.

L'un et l'autre avait eu en partage une âme bonne; et pas plus qu'on ne voyait aucune différence en leurs visages, on ne voyait rien en eux qui pût être à up père bon et juste un motif de préférence.

Et comme leur père était bon, il aimait tendrement ses deux enfants, et, comme il était juste, il les aimait tous deux également.

Voilà qu'ils croissaient en âge et en force : Dieu répandait sa grâce sur leurs fronts et leurs lèvres ;

Et tous les serviteurs d'Aram, ainsi que les étrangers qui recevaient son hospitalité, admirant la ressemblance des deux frères comme on« admire une merveille,

Pensaient que Dieu se complaisait dans la merveille de ces jumeaux.

Or, après que leur mère les avait eu nourris de son lait, Dieu l'avait appelée à lui, en sorte qu'elle n'avait pu voir leur jeunesse.

Et ils pensaient souvent à cette mère qu'ils n'avaient point connue. Mais leur père leur tenait lieu aussi de mère.

Le jour qu'ils eurent quatorze ans, Éliézçr, le serviteur le plu§ ancien de la maison d'Aram, et celui qu'il avait établi pour présider sur tout ce qu'il posseûait,

Amena devant lui deux esclaves, deux frères, pour un larcin qu'ils avaient fait de complicité.

Et Aram condamna les deux complices à une môme peine: toutefois, à cause de la joie qu'il ressentait en

ce jour anniversaire de la naissance des Abels, et aussi à cause de la confusion des coupables, il adoucit la peine.

Mais les deux jumeaux, touchés de pitié, et se sachant bien-aimés de leur père, le prièrent avec instance de f émettre aux coupables ia peine qu'il leur avait justement infligée.

Car, disaient-ils, voyez, mon père : ils sont frères aus$i, à peu près du même âge et tous deux repentants. Ne repoussez pas la prière que nous vous faisons, accordez-nous cette chose.

Et comme Aram s'informait de l'intendant de sa maison si celui-ci n'avait point reçu dans le passé quelque plainte contre ces esclaves, Éliézer répondant dit :

Seigneur, je n'en ai point reçu ;

Et il semble que leur péché n'est pas sans quelque excuse : car leur mère est âgée et infirme, et malade, et ils n'ont dérobé que pour la soulager sur son lit de mort.

Entendant cela , les deux jumeaux recommencèrent à prier leur père, disant : Mon père, mon père, si nous avons trouvé grâce devant vous, pardonnezleur à cause du jour où notre mère vous a donné

deux fils.

Aram se tourna vers les esclaves : il les considéra

quelque temps, puis il leur dit :

Si vous aviez demandé à Éliézer ce que vous m'avez pris, Éliézer vous l'aurait donné en mon nom ;

et si vous me Tavicz demandé à moi-mdmo, je vous en aurais donné le double.

Vous méritez tous les deux le châtiment auquel je vous ai condamnés. Mais à cause du jour des Abels, je ferai remise de sa peine à l'un de vous.

Et s'adressant à l'un des esclaves : Va, dit-il. Et à l'autre : Pour toi tu subiras ta peine.

Et ce fut à ce moment-là que les deux Abels sentiment leur première tristesse.

Or, à la fin du jour, ils se tenaient par la main, assis sous un platane, pensifs à côté l'un de l'autre.

Ils avaient regardé, sans les voir, les pompes tranquilles du couchant : une seule pensée les occupait.

Et leurs mains se quittèrent ensemble, et ils continuèrent à penser.

Et à mesure que l'ombre s'épaississait peu à peu sur la terre, le commencement d'une autre nuit se faisait dans leur âme.

Ils gardaient le silence : ils étaient pleins du même souvenir. Ils se souvenaient des deux esclaves également coupables : l'un puni, l'autre pardonné.

Moti fils, l'ennemi des hommes a des ruses d'une malice profonde, et il rôde sans cesse autour des cœurs.

Et voilà que toujours pensant, ils en vinrent à se souvenir aussi de ce jeune chasseur aimé de son père, et privé néanmoins de la bénédiction qui lui appar-

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teôait, parce que son frère la lui avait ravie par fraude.

Ils contemplaient le désespoir de celui qui avait perdu la bénédiction précieuse; ils voyaient ses pleurs, ils entendaient ses cris, et leur cœur se serrait.

Pourtant, se dirent-ils, Isaac était juste : certainement Isaac avait été juste en ceci. Et notre père aussi est juste.

Puis, dans l'obscurité, leurs fronts qu'ilscachaienl dans leur» mains rougirent à la fois. Chacun d'eux ayant eu les mêmes pensées eut la m^e épouvante r d'avoir été au moment de porter un jugement sur son père,

Et leurs mains se cherchèrent ensemble pour se replacer Tune dans l'autre, et ils s'embrassèrent d'un même mouvement.

Voilà : comme ils revenaient, le bras de Tun autour du cou de l'autre, vers la tente d'Aram où leur père devait leur donner des présents,

Us rencontrèrent Ëliézer qui marcha qudque temps à leurs côtés.

Ëliézer dit : Que le Très-Haut, le Seigneur du ciel et de la terre protège la sainte innocence des Abels f Que les Abds rendent leur père heureux !

Car leur père est un juste devant le Seigneur.

Et il a jugé justement les deux méchants esclaves; puis il s'est montré à la fois juste et bon, punissant

l'un, j3ardonnant à Fautre.

306 ABSL CT àBEL.

Le seigneur Aram savait ce que je ne savais pas :

Et pendant que les deux esclaves étaient prosternés devant lui,

Il a reconnu Tun pour avoir entraîné ses compagnons au mal> avant d*avoir été coupable une seconde fois avec son frère.

Éliézer se tut. Abel et Abel, dans leur joie, ne répondirent aucune parole : mais ils se serrèrent Tun contre l'autre, et ils s'embrassèrent de nouveau.

Arrivés à la porte de la tente d'Aram, Éliézer les quitta ; et ils se rendirent près de leur père.

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