L'ÉCRIT D'ARAM
Abel et Abel se retrouvèrent avec Ëliézer dans ce même lieu retiré de la tente où ils avaient été déjà introduits par leur père.
Ils virent sur la table faite en forme d'autel TArche recouverte de son voile ; au pied de l'arche et autour de l'autel des objets précieux et magnifiques :
Un arc et un arc, un carquois et un carquois, un glaive et un glaive ; une armure complète et une armure complète ; et de riches vêtements de pourpre et d'hyacinthe.
Et ces choses diverses étaient deux par deux, l'une parfaitement pareille à l'autre dans chaque couple.
Abel et Abel étaient pâles comme à cette heure qu'ils avaient entendu les paroles d'Aram devant
RÉCIT DYBUgUE. 337
l'arche : Éliëzer était pâle comme Tavail été Aram en attachant les bracelets aux bras des jumeaux.
Éliézer dit : Voici l'heure.
11 faut que j'exécute l'ordre de votre père. Il est temps pour moi de redevenir ce que j'ai été : le serviteur de mon seigneur : la surveillance de ces grands biens étant une charge lourde à un vieillard tel que je suis, car le fardeau de beaucoup d'années est sur ma tête.
Et le fils d'Aram, avec ses hommes armés, défendra mieux que moi ses possessions, quand ceux qui volent et pillent s'abattront comme la tempête sur les troupeaux de cette contrée.
J'exécuterai donc l'ordre de monseigneur, puisque l'heure est venue.
Obéissez à votre père, comme j'obéis à mon seigneur.
Cet ordre est le dernier que vous recevrez de moi; car désormais j'obéirai, au lieu de commander.
Et découvrant l'arche de cèdre, ob le soleil copchant qui dardait ses rayons à travers le treillis, faisait resplendir la figure de l'Agneau égorgé,
Il mit la clef dans la serrure.
En ce moment un vent s'éleva qui fit frissonner toute la plaine et qui commença de gémir dans le feuillage des palmiers.
Éliézer déroula devant les Abels un Écrit, disant :
Votre père a mis cet Écrit dansâmes mains, le
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jour qu^îl a divise sur la montagne les hosties de ralliance.
Écoutez votre pore qui parle.
Et il lut cet Écrit, et les Âbels entendirent ceci :
ÉCRIT D*AEAM.
Au jour que j'aurai dit, et devant l'arche où est ddposé le livre de Dieu,
Éliézer lira cet écrit aux deux fils que Dieu m*a donnés dans ma vieillesse.
Dieu veut qu'il y ait une faveur accordée à l'un, et en même temps refusée à Tautre, pour que la faveur en soit plus grande.
Un seul ouvrira l'arche qui contient le livre de Dieu,
Où Dieu même a écrit de sa main, ineffaçablement, sur la pierre indestructible, les noms nouveaux qu'il réserve à chacun d'eux.
Ces deux noms sont écrits en un seul Nom qui signifie des bénédictions différentes pour Tun et pour l'autre de mes fils.
Et ces deux noms sont désirables, mais il en est un d'incomparable.
Telle est la volonté de Dieu.
Et voici l'ordre d'Âram :
Éliézer donnera mon anneau à l'Élu du Seigneur, et l'Abel préféré, en recevant cet anneau signe de la principauté, deviendra l'héritier de mes biens.
Et l'autre lui sera soumis, à moins que ne trou-
vant dur de subir dé^rmais le joug d'un frère dont il a été régal jusqu'à présent,
U ne préfère d'établir sa demeure dans une autre contrée.
Si telle est sa fierté, Ëliézer fera trois parts de tous mes bien$, en serviteurs, en troupeaux, or et argent et vases précieux.
Biais Tarçhe n'entrera pas dans ce partage, car elle restera dans ma tente.
Et mon héritier ayant choisi deux parts pour les conserver diems ce pays, qui sera désoriinais sa pos^ session,
. L'autre s'éloignera avec la troisième part, suffisante pour le rendre riche et puissant.
Or, la faveur faite à Tun de vous ne nuisant pas à l'autre, comment celui-ci pourrait-il voir un mal pour soi dans ce qui ne le prive de rien, et qui est un bien pour son frère?
Dieu ne m'avait donné ces grandes richesses qu'afin de les partager de la sorte entre vous. Mais c*est la première fois sans doute qu'il vous arrive de ' penser aux richesses.
Quant à cëb richesses vraiment précieuses qui sont des dons meilleurs de Dieu, et qui sont éternelles, le Seigneur ne peut-il les donner à son gré, dans son indépendance, ces biens qu'il donne sans mesure?
Dieu sera-t-il injuste, quand après avoir satisfait aux exigences de sa justice, qui est la perfection de la justice»
Après avoir payé à chacun plus que le prix de ses œuvres, car Dieu ne reçoit rien de personne sans lui avoir donné tout d'abord avec abondance, pour le récompenser ensuite abondamment.
Dieu sera-t-il injuste d'avoir par delà les trésors de sa justice des trésors de bonté?
El ne lui sera-t-il pas permis de puiser à pleines mains dans ces autres trésors, pour les plaisirs de sa magnificence qui va où il lui plait?
Or, s'il est vrai que la justice en comptant ce qui est dû s'arrête toujours au point qu'il faut, ou elle ne serait plus la justice,
n est vrai aussi que la magnificence ne consulte pas la justice dans ses démarches, ou elle ne serait plus la magnificence.
Mais qui pourrait comprendre et la justice et la magnificence du Seigneur Dieu, très-juste tout d'abord, très-magnifique ensuite, après avoir été magnifique avant tout?
Qui connaît les voies où s'avancent ensemble et sa magnificence qui ne saurait attendre sa justice, et sa justice qui ne reste point en arrière de sa magnificence; la magnificence surpassant toujours la justice, la justice couronnant toujours- la magnificence?
Seigneur ! Un temps viendra que la lumière découvrira dans toute sa suite, votre œuvre opérée dans la lumière ; et vous serez justifié dans toute votre œuvre; et toutes les générations seront témoins de votre victoire?
RÂGIT BIBLIQUE. 341
Ëliézer, donne-lui mon anneau. Mon fils, c'est la volonté du Seigneur. Mon fils, mon fils, ne fîaflQige pas.
Éliézer avait lu : Abel et Âbel n'entendaient plus que la voix gémissante du vent dans le feuillage des palmiers.