‹ La recherche de l'unitéChapitre 10 sur 21 · L UNITÉ DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

L UNITÉ DE LA SCIENCE

illusions. Et Ton tombe dans un paralogisme et une illusion lorsqu'on sépare Dieu, en tant que cause, de l'univers considéré comme effet. Par une étrange malencontre, on commet préeiBément Terreur si souvent reprochée aux athées et aux matérialistes : on fait du monde sa propre cause.

On sait aussi que Descartes, suivi en cela par Malebranche, différencie la substance matérielle ou corporelle de la substance spirituelle, en invoquant l'incompatibilité absolue de la pensée avec l'étendue. Mais le philosophe français ne vit pas ce que Spinoza et Kant discernèrent plus tard : l'étendue est encore de la pensée. Les faits intérieurs dont parle Descartes n'occupent pas l'espace et ne possèdent pas trois dimensions, tout simplement parce qu'ils occupent le temps et offrent le spectacle de la durée. Or, le temps et Tespace sont des synonymes de « l'existence » , de Tattribut universel des choses, soit de l'infini ou de Tabsolu. Et si nous disons que les faits intérieurs n'évoquent

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que le temps, et les faits ex l'espace, c'est pour mieux m; miers nous paraissent sufajec subjectifs et objectifs à la nous nous retrouvons face à opposition du « moi » et d naturelle et si précieuse dam perdant peu à peu toute valf pure.

Les œuvres cartésiennes si réflexion qui se rapporte à li déjà touché en ce chapitre. ] insistent sur la prétendue no ries agnostiques, et, pour aj s'en réfèrent aux vieux text( va sans dire, fut exhumé 1' Descartes qui annonce avec < teurs qu'il leur fera « connatl lement et plus certainement naissons les choses du mond des Méditations). Or, en dépit Descartes fut sans nul doute un relativiste de

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haute marque, et Comte ne se trompa point en le rangeant, malgré son spiritualisme outré, parmi les ancêtres intellectuels du positivisme. Car pour Descartes, comme pour tant d autres métaphysiciens (pour ceux, surtout, qu^on nous présente cherchant à pénétrer l'essence intime des choses), connaître Dieu veut dire tout bonnement reconnaître son existence. Mais aux yeux des agnosticistes modernes, aux yeux de Kant, de Comte, de littré, de Spencer, de Bain, de Mill, de Wundt, de Dubois-Reymond, de cent autres que je ne cite pas, la réalité de l'Inconnaissable réclame une certitude égale, sinon supérieure, à la certitude qui enveloppe la réalité du connaissable. En s'évertuant à prouver l'existence de Dieu et son corollaire alors obligé, l'immortalité de Fâme, les philosophes d'autrefois accomplirent la besogne même dont se vantent aujourd'hui les penseurs qui s'efforcent de démontrer l'existence de l'Inconnaissable et son corollaire actuel, l'indicible mystère planant sur la naissance et la mort

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des êtres doués de vie. Pour s'en convaincre, il suffit de lire avec attention les textes en controverse. On verra ainsi , par exemple, ce même Descartes déclarer que « nous devons considérer nos esprits comme des choses finies et limitées, et Dieu comme un être infini et incompréhensible » [Préfacé) ; ou affirmer «' qu'il se rencontre en Dieu une infinité de choses que je ne puis comprendre, ni peut-être atteindre aucunement de la pensée; car il est de la nature de Tinfini que moi qui suis fini et borné ne le puisse comprendre » [Troisième Méditation).

Est-ce à dire toutefois qu'on doive regarder l'athéisme comme la seule doctrine capable d'entrer ouvertement en lice avec les théories agnostiques? Une négation, d'ailleurs, peutelle détruire une autre négation? Tâchons de procéder d'une manière différente. Au dualisme rajeuni et « transfiguré » par des siècles de luttes dialectiques, opposons franchement la vieille et incoercible recherche de l'unité.

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Comme un appoint utile pourra venir s'y joindre cette sorte d'athéisme que dans mon An-cienne et Nouvelle Philosophie j'appelai scientifique, mais auquel aujourd'hui, pour éviter l'ombre d'une équivoque, je préfère donner le nom de psychologique. Car la négation de Dieu se fonde bien moins sur les données de la mécanique, de la physique, de la biologie, assez incompétentes en cette matière, que sur les faits et les lois étudiés par la psychologie expérimentale. Cette façon d'être athée demeura absolument inconnue aux époques qui précédèrent la nôtre. Les plus fougueux matérialistes du dix-huitième siècle, par exemple, ne furent que des agnosticistes d'une secte différente de celles où se groupèrent les idéalistes et les sensualistes. Et de nos jours encore, l'athéisme des psychologues ne réunit qu'un nombre très limité d'adhérents. Il en est de lui, peut-on dire, comme de l'identité des contraires. D'universelle et de transcendante dans la vieille philosophie (Heraclite, Parménide,

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