UNIVERSEL
Passons à un examen sommaire du rôle que semble appelé à tenir, dans le problème et les théories monistiques, le concept de « mouvement » qui domine aujourd'hui la science positive. Ce que l'idée de limite est à la limitation et, par suite, à la relativité du savoir, l'idée de mouvement Test au mécanisme universel. Par malheur , l'état actuel de la psychologie ne nous permettra guère de creuser ce sujet comme nous Taurions voulu et comme il le mérite.
La limite de toutes les limites, le point, lorsqu'il nous apparaît successivement dans VespacCy produit la ligne. £t la ligne, en se succédant à elle-même, crée la surface. Enfin la surface, en se multipliant dans une série, remplit l'étendue , donne naissance à des groupes ou systèmes de limites, à des « objets » dénués de tout attribut quelconque, sauf les propriétés quantitatives.
A leur tour, et c'est là même le cas primordial où vient puiser l'expérience, les systèmes de limites ou « objets purs » excitent notre sensibilité d'une façon discontinue, mais toujours identique. En termes du langage usuel, les objets se déplacent, ils se meuvent. Le mouvement se présente donc comme une simple fonction de la quantité. Il se substitue à deux idées quantitatives qu'il résume en quelque sorte : le temps, généralisation ultime des phénomènes de l'ordre conscientiel, et l'espace, généralisation suprême de Tordre du « nonmoi ».
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Le mouvement établit ainsi un rapport constant , et toujours mesurable de sa nature , entre des valeurs également mesurables, soit les abstractions élémentaires que nous nommons des limites , soit les abstractions dérivées et composées que nous appelons des systèmes de limites, des objets de la connaissance rationnelle, logique. Compris delà sorte, le mouvement constitue sans nul doute le rapport le plus général qui se puisse imaginer. Au reste, cette conception confirme pleinement celle que je tâcherai de faire prévaloir dans les pages suivantes. J'y définirai le mouvement : un rapport d'égalité entre les relations universelles des choses et Tensemble de leurs autres relations *.
1. J'ai à peine besoin d^ajouter, ce me semble, que toutes nos abstractions primordiales ou protoconcepts, espace, temps, mouvement, limite, etc., surgissent dans le cerveau à la suite de nombreuses impressions extérieures, de multiples « afflux cosmiques ». Pour la plupart instinctives et inconscientes, ces idées servent à enregistrer et à coordonner les résultats de l'expérience. Il est d'ailleurs permis de supposer que les a afflux cosmiques » s'accumulent déjà en partie et s'emmagasinent, surtout dans
Les concepts d'uoivers, de nature, d'existence, etc., visent un but invariable : ils expriment le summum genus qui embrasse la multitude des espèces et des sous-espèces, foule croissante à mesure que du général on descend au parliculier.
Un rôle semblable, dans le fait, est rempli par les idées qui résument les attributs universels des choses, ou leurs rapports de quanlîlé. Ici, rétendue et la durée occupent sans conteste le premier rang.
Et immédiatement au-dessous des attributs quantitatifs tenus pour des concepts derniers, se déroule l'immense série des attributs et des concepts de plus en plus spéciaux. Tous s'enchâssent, s'emboitent d'une façon régulière et apparaissent à l'esprit comme formellement contenus les uns dans les autres. Si donc l'on désigne par X la première classe, soit la tota-
«■ertaines espèces animales, chez les nscendanU qui les transmettraient à leur postérité comme une énergie latente, un fonds héréditaire de rèaclivjté sensible.
rabstraction suprême de « quantité ». La science s'efTorcerait d'inclure le monde dans le champ de la pensée quantitative; et l'universalité de celle-ci, ou son infinité, d'après la terminologie usuelle, formerait dès lors le caractère propre et prépondérant du mécanisme.
A ce point de vue, le mouvement se pourrait définir, croyons-nous, comme un rapport d'égalité entre les relations universelles des choses et Tensemble de leurs autres relations. Rien de mieux justifié, d'ailleurs, par les lois de la logique que l'équation entre le contenu immédiat d'une idée générique et son contenu de plus en plus médiat et éloigné. De la sorte il s'évoque dans l'esprit une parité entre le genre et toutes ses espèces, entre l'abstraction suprême (ou tel membre qu'on voudra dans la série des grands synonymes, points culminants du processus abstractif) et la somme totale de nos autres concepts.
Mais on ne saurait trop y insister : le rapport d'égalité entre la quantité et l'ensemble des
propriétés naturelles conserve un caractère logique nécessaire. Ce rapport indique que la quantité est l'idée abstraite la plus haute, tandis que les autres propriétés sont des idées abstraites décroissantes en généralité. Si Ton affirme, par exemple, que le phénomène chimique ou la pensée sont du mouvement transformé et spécialisé, Ton s'aventure beaucoup moins qu'on ne le suppose d'ordinaire. Peutêtre même est-ce là s'en tenir à constater que la quantité vue comme genre, donc isolée àe, ce que les sens présentent sous l'aspect de faits chimiques ou psychiques, demeure rigoureusement pareille à cette même quantité envisagée comme une série d'espèces que révèlent certains faits particuliers. Il semblerait, en somme, que l'abstraction « mouvement » s'em-: ploie à la même fin que les abstractions « matière, force, univers, nature », etc. Réduire, par suite, tous les phénomènes au mouvement, ne nous engage pas davantage que de les ramener aux concepts ontologiques. Certaines témé-
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rites qu'on reproche à la science moderne ne se bornent-elles pas, au fond, à renonciation de truismes fort inofîensifs? Les thermochimistes, les psychophysiciens les plus résolument mécanisles dépassent-ils de beaucoup, au moins dans leurs essais d'explication philosophique, cette simple certitude que la chimicité et la pensée font partie intégrante de la nature, qu'elles rentrent, par leurs linéaments généraux, dans le vaste circuit de phénomènes appelé le monde ou Tunivers? On voudra bien nous permettre de n'accorder qu'une confiance médiocre à une « transcendance » qui, cette fois comme les autres, se trouverait en parfaite désunion avec les lois élémentaires de Tesprit. On nous objectera sans doute le mouvement concret, la translation spatiale qui se constate par la vue, le toucher, Fouïe, etc. Mais l'argument du sage antique , la preuve ad oculos corrobore notre thèse plutôt qu'elle ne l'infirme. Car il règne encore, à notre sens, sur la distinction à établir entre l'abstrait et le concret.
une équivoque qui fausse la plu| idées.
Si l'abstrait , comme la psyt moderne tend à t'éclaircir, prend dans le concret, il doit, à un certa pouvoir tomber lui-même sous la règ rience. Or donc, par quels signes p:
traduit le retour de la notion abstr; ments objectifs dont elle tire sa sul le processus inverse de celui qui Eormatîon d'une idée? Faut-il pour ter jusqu'aux faits primordiaux « taire» de la vie mentale? On aboi sorte à la sensation brute, au point tersection du subjectif et de l'obji ment confondus. Mais nous n'arriv dégager l'objet du sujet, ni à sais:
intrinsèque et rationnelle.
Pour exaucer un tel vœu il sufl pense, de nous arrêter à ce que l'ai chologie appelait une « image » d qu'elle concevait comme un point i:
vérité semble aussi certaine que celle affirmant l'existence d'un ordre hiérarchique fixe qui classe nos idées selon leur force d'abstraction. A la base de Téchelle se groupent nos concepts les moins abstraits, au sommet, les plus compréhehsifs. On aboutit à ces derniers graduellement et après de longs efforts. Les cerveaux incultes se montrent même d'ordinaire assez rebelles à cette opération; et il est probable qu'une forte majorité humaine ne dépasse jamais les échelons intermédiaires.
Mais cela que prouve-t-il? Faut-il, avec une psychologie par bonheur démodée, prétendre que nos sens nous fournissent directement ces synthèses de la réalité qu'on nomme des images, et que de celles-ci, à leur tour, s'élaborent, comme autant d'essences subtiles, nos idées abstraites? Pour ma part, je trouve au moins aussi justifiée l'hypothèse qui, loin de faire servir les images à alambiquer l'esprit, modifierait l'ordre traditionnel selon lequel on dispose cette trilogie : sensation, image, idée.
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Dans cette vue, Timage, ou idée concrète et complexe, surgirait de l'union des idées foncièrement abstraites et, par là, toujours simples et élémentaires. Cette genèse serait aussi spontanée qu'inconsciente. L'image se concevrait alors comme un véritable faisceau d'idées, une formation ou création de l'esprit déjà suffisamment approvisionné par les sens de matière première, de « plasma » idéologique *. A la production de telles synthèses concourrait d'ailleurs, de proche ou de loin, tout l'effectif disponible, à chaque instant, des idées simples, des abstractions pures. Par là s'expliquerait, entre autres, le fait connu de l'ampleur et même de l'allure différentes que les représentations d'une réalité identique obtiennent dans
1. A rapprocher de ma théorie fondamentale sur les sciences abstraites et les sciences concrètes, telle qu'elle se trouve exposée dans Sociologie, chap. III, p. 24-47, et chap. XI, p. 207-210. L'idée abstraite étant déjà par ellemême une connaissance, sa fusion avec d'autres idées abstraites doit produire un savoir d'un genre différent de l'ordre purement abstrait. Le parallélisme entre la genèse d'une connaissance concrète et celle d'une idée concrète nous parait, en tout cas, pouvoir se défendre*
les cerveaux inégalement meublés d' raies.
Nous pensons à l'aide d'images, intellectuels parmi nous n'échappen ment jamais à cette loi. Mais cela e les synthèses sensibles ou concrètes di résultat d'une réunion , d'un asse synthèses symboliques et, en ce sens, Pourquoi les « images » ne se ré:
elles pas en des combinaisons d'éle simples extraits au préalable, par de chimie mentale, des données sens toujours chaotiques? Rien ne nous voir des produits directs de ces don mêmes. La distinction me parait d'i urgente qu'on confond trop souvent deux variétés d'une même classe : l'a l'unilé symbolique et artificielle qu de la nature de la monade, de la plui ment dissimulée, et la synthèse coi cherche à reproduire les agrégats pements naturels , les pseudo-moi
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sommes phénoménales à peine voilées. L'analyse qui conduit à Tabstraction et celle qui résout les synthèses concrètes ne coïncident pas toujours non plus; il s'en faut *.
La rapidité merveilleuse avec laquelle Tesprit prend ces « instantanés » du monde objectif et trace ces « raccourcis » doués de la masse des propriétés que nous attribuons abstraitement aux choses, défie aujourd'hui nos méthodes de mensuration psychophysique. Aussi appliquons-nous ces dernières presque exclusivement aux processus plus simples et plus accessibles de la sensation brute. Mais cette accoutumance même aurait dû nous prémunir contre les illusions qu'elle entraîne à sa suite, et nous faire accepter, au moins d'une manière provisoire, Thypothèse psychologique dont j'ai été incidemment amené à esquisser ici quelques traits essentiels.
Laissons de côté l'embarrassante alternative. Pour rintelligence de nos déductions ulté-