Voir à ce sujet le chapitré vn de ce livi'e
LE CON'CEPT MECANIi;
rieures peu nous importe, en naitre la roule exacte suivie pa:
d'aboutir soit à ta présenlatii étendue, résistante, résonnante.
qa'onnommeieur perception, s( sentation également étendue, r^ à laquelle on réserve le nom ( l'esprit tire directement des se lions et leurs succédanés mnémo ces processus soient préparés sibles par un travail mental s une sorte de sélection et de cli données immédiates du mont jugement ne changera pas. Pour thèses, il demeure acquis : 1° perceptions et nos représentât désertons pas le subjectif, nous de plain-pied dans l'objectif; 2°
1. J'ai àpeine besoin de faire remarqu< j'ai dit plus haut de la représentation se lement aussi h \i perception, qui est i alimenlée et viviliée par l'action immé sensuelles.
s'assimile à Yabslrait dont, eu ^ard à la nature idéale de l'un et de l'autre, il se différencie d'une manière purement quantitative.
Le plus et le moins interviennent donc partout comme la lin inévitable de nos raisonnements. Les deux œuvres logiques fondamentales, l'addition et la soustraction, suffisent pour définir les deux termes de l' antithèse. L'intelligence agissant toujours sur des éléments identiques, le concret s'affirme ainsi que le produit d'une addition, une somme; et l'abstrait, ainsi que le produit d'une soustraction, un reliquat, un résidu.
Mais il en est de l'abstraction h mouvement n comme de toutes les autres. Elle intéresse les sens, elle devient visible ou palpable dans la sphère qui tourne, l'abeille qui vole, le hras qui décrit une courbe. Elle s'y allie étroitement avec une foule d'attributs abstraits dont les combinaisons nous fournissent les idées concrètes correspondantes. En revanche, il suffira, dans n'importe quel cas, de séparer la première
idée de celles qui l'accompagTient, de l'isc entièrement, pour voir rattribut exprimé les paroles : » qui se meut », perdre auss tout caractère déterminé et se transforr presque en équivalent exact de l'attribut expri par les mois : « qui existe », » qui manifeste force, Ténergie cosmique h.
Ainsi donc, les Ibéories nouvelles qui t dent à prendre dans la philosophie et la sciei la place de l'ancieuDe ontologie scolastiq n'excluent en aucune façon le monisme meni Les concepts : « univers », " existence », el identifient tous les phénomènes. Mais le c< cept de « mouvement » sert le même desse et le mécanisme universel, à son tour, s'as mile k l'unité logique. Par là se découvre, ai une évidence toujours croissante, selon noi Vhomologie de certaines notions qui dirigërt autrefois et qui règlent encore aujourd'hui marche générale de la pensée abstraite '.
i. On appelle homologie, en chimie, le Fait que dilTéren autJSlanceB accomplissent une même évolution, obÉIss
aux mômes lois de métamorphose; et en biologie, — le rapport entre organes qui, d'une espèce naturelle à une autre, trahissent, malgré la diversité de leurs formes extérieures, et souvent de leurs fonctions, l'identité la plus parfaite quant à leur mode de genèse.
Hhaftjfc» ■ 11 I r
leur identité, Ton tombe, semblerait-il, dans une méprise logique des plus graves.
Loin d'être rigoureuse, cette objection se résout en un sophisme maintes fois dénoncé.
On substitue dans le raisonnement, sans y prendre garde, au terme précis et particulier, le terme indéterminé et général.
Toute relation implique une difiFérence, hormis la relation d'égalité qui signifie justement le contraire. Or donc, qu'on nous avertisse de ne pas glisser dans la confusion des rapports d'inégalité avec les rapports d'égalité, — rien de mieux. Qu'on réprouve l'erreur qui assimile la première sorte de connexions formant la trame journalière de notre expérience, à la seconde catégorie, moins commune et si difficile à découvrir; — soit encore. Mais pourquoi omettre de nous signaler un danger tout aussi pressant, celui de ne pas distinguer entre la parité concrè le ou psychophysique de la matière et de la pensée, et leur équivalence générale ou rationnelle?
LA TRANSCENDANCE
Car l'identité de la matière et de la pen selon le point de vue où Ton se place, est pure hypothèse, ou l'opposé d'une hypoth une vérité nécessaire. Pour nier celle-ci, !
sa forme logique, il faut, rejetant les certiti du monisme déduclif, s'attacher aux chîm iotellectuelles et sentimentales, à l'unilé ej ou supralogique du monde, à la pseudo-tri cendance dans toute la force du mot.
Toutes les écoles métaphysiques commet cette faute. Aucune ne se déclare satisfaiti l'identité générique des grandes espèces n relies, et toutes lui préfèrent l'affirmation tuite que les choses se passent, en réa d'une manière différente.
Mais de quelle manière? — Celte quest promue à la dignité du problème le plus irri du savoir, amène, d'habitude, deux répon
On ne pénètre point le fond identique phénomènes et on ne peut le pénétrer, sont nent les relativistes. Les partisans de l'ab; rétorquent : Nous postulons l'existence c
substratum unique, ayant une valeur autre que le simple signe des caractères communs à la foule des espèces concrètes.
Mais voilà bien une fin de non-recevoir à peine couverte. Elle reproduit la thèse litigieuse dans les termes mêmes où celle-ci se posa de prime abord.
La transcendance des métaphysiciens se dévoile comme une logique vengeresse de ses propres normes, une véritable capitulation de l'esprit devant les lois qui le gouvernent. L'affirmation de la chose en soi ne dépasse pas et ne saurait jamais dépasser le constat abstrait du genre suprême. Mais ce constat s'accompagne d'une illogique négation de Tune au moins parmi les espèces qui composent le genre, le <, matérialiste rejetant la pensée qu'il sacrifie à la matière, et Tidéaliste escamotant la matière au profit de la pensée. C'est parce qu'il doute de la réalité et va jusqu'à nier l'existence des espèces qui forment le seul contenu du genre par lui postulé ; c'est aussi parce qu'un tel illo-
LA TRANSCENDANCE
gîsme, pour impulsif ou indélibéré qu montre chez la plupart des penseurs, n'e que plus sévèrement jugé par la science rimentale; c'est enHn pour sauver celte tradiction latente d'un désastre immî que te philosophe s'abaisse au subterfu déguise l'idée générique sous le vocab noumène ou de chose en soi. Ainsi l'Abs par une filiation nécessaire, se travest Inconnaissable, et la paille des termes, la forte expression de Leibnitz, sert, um de plus à dissimuler le grain des choses.
Longtemps la philosophie prétendit di les recherches et accélérer la marche des !
ces. En réalité, elle exploita la faiblesse candeur natives du savoir à son début.
D'ailleurs, ce qui prolongea la durée de usurpation, et ce qui cacha à tous les l'étonnante série de lapsus commis pai plus graves penseurs , ce fut l'ambiguï l'amphibologie h peu près inévitables du gage abstrait. Car les mêmes formules
■ïT*
emploient pour exprimer les plus sûres vérités du raisonnement et les plus grosses illusions du monisme métempirique.
En effet, si, moniste logique, je dis que tout est matière ou mouvement, j'entends par là affirmer certains caractères communs aux propriétés physico-chimiques, à la vie, à la pensée. Que je considère ces réalités abstraites comme des excitations venues du dehors et répercutées en mon cerveau, ou comme de purs produits de l'esprit, une formule m'est indispensable , dans les deux cas, pour désigner ce qui en toute chose m'affecte d'une manière égale et ce qui, par suite, me semble absolument identique.
Mais je n'oublie pas pour cela que le processus qui concentre et unifie mes impressions demeure quand même un fait complexe relevant d'une science très spéciale.
Quelle que soit son école, au contraire, le moiiiste transcendant utilise les mêmes formules avec une ambition différente. Ses généralisations violent les lois qui règlent le juste
ki.
LA. TRANSCENDANCE
usage des procédés abstractifs . Gau qu'un pareil philosophe reveadique pj « espèce » favorite la valeur d'un « { dernier, il nie par là implicitement laB ; cité expérimentale; il mine et sape, en i" ÎDgénuitéJes fondements mèmesdelalo - Rendre raison de son objet à l'aide Fpetit nombre d'éléments et de relalio. ' stantes qui les unissent, tel fut tou^% but supérieur du savoir humain. MaisT la science spéciale s'efforce de réalisr '^ ■ une seule série de phénomènes, la phik^^ veut l'atteindre pour leur ensemble. W *
1. On peut dire encore que le monisme de la s( surtout aux claites phénoménales dont il se plaît âl le nombre. Mais ta classe étant censée idenUql semble de ses genres et de ses espèces, réduire ^ des classes équivaut à établir l'identitË des attrlt licls des choses. Ainsi s'exerce, parmi les phén leurs propriétés, une sélection idéale et naturelle Par contre, le monisme transcendant vif causes des phénomènes qu'il désire rattacher f g première unique. Mais la cause égalant, lion, la somme des eiïets produits, l'enlrei pirique tendrait A. bannir de la philosophie de pluralité.
Parlant, la philosophie peut, à bon droit, s'envisager comme une simple fonction, au sens mathématique du mot, des fins scientifiques assemblées; son monisme opère sur les synthèses de la science dont le penseur cherche à former une unité complexe. Si donc l'on désigne par M, N, 0, P, Q, R, les six grandes classes de faits qui composent la nature, et par m, n, o, p, q, r^ leurs éléments réduits, pour plus de simplicité, à un élément par classe, Tunité philosophique s'offrira comme la somme m-j-n-j-o + p +q + r = X, c'està-dire, comme une multiplicité virtuelle, une pluralité masquée par un artifice de la raison *.
1. Déterminer la valeur exacte des groupes m, n, etc., cela incombe au savant qui les étudie, et non au philosophe qui médite de fixer leur total. Quant à ce dernier, il différera des unités m, n^ o, p, q, r (même si n = m, o = m, et ainsi de suite, hypothèse dans laquelle X = 6 m), sauf ^ le cas où tous ces termes, moins un, se ramèneraient à zéro (X s'identifîant alors avec Tunique terme positif). Cette exception sert pourtant de règle aux formules variées du transcendantalîsme qui verserait ainsi dans une erreur purement mathématique. De la réductibilité, sinon même de régalité supposée de tous les termes d'une série, le transcendantalîsme tire la conclusion évidemment illégi-
LA TRANSCENDANCE 145
D'une semblable pluralité le monisme transcendant chercha toujours à se défaire. Et si loin fut poussée l'inconscience des penseurs en cet ordre d'idées, que jamais école métempirique ne recula devant là négation arbitraire et fausse de toute modalité différentielle dans. le monde.
Donc, considérée au point de vue deThistoire des doctrines, Funité rationnelle des choses semble adéquate au contenu intégral de l'idée monistique. L'unité transcendante, par contre, apparaîtrait telle qu'une illusion mentale condamnée par l'expérience du passé et faar celle du temps présent. Lo problème de runite ne peut se poser d'une façon avantageuse peur la science si l'on jette par-dessus bord l'idée de pluralité. Quant à résoudre la question d'une manière définitive, l'espoir en serait forcément
lime, que la somme de ces termes est égale à l'un d'eux. Il semble très clair d'ailleurs, que si l'un et, à plus forte raison, plusieurs des membres de la série m, n, o, p, q, r, restent indéterminés, l'unité philosophique ne pourra se produire.
raie pourra-t-elle éviter Thypothèse, le plus fécond parmi les procédés spécialisateurs? Née du désarroi de l'esprit devant le problème des rapports de la science avec la philosophie, cette objection consolide, plutôt qu'elle ne Fébranle, le résultat théorique contre lequel on la dirige. Loin de nous pousser à confondre la philosophie et les sciences existantes, Tidentification de la première avec le savoir finalement unifié oppose ridée d'une connaissance universelle à la notion d'un nombre n de disciplines irréductibles les unes aux autres. Elle nous permet de dire que l'unité ne se trouve à aucun des stades intermédiaires de l'évolution scientifique. Elle justifie, en un mot, notre doctrine constante sur la nature et les destinées de la philosophie. Savoir général que mûrissent les temps, formation intellectuelle réservée à Tavenir, la synthèse cosmologique n'a pu exister dans le passé qu'à l'état d'ébauche informe. Elle n'y fut jamais qu'une alchimie précédant plutôt que préparant la vraie science. De même, une con-
ception exacte du monde sortira un jour, non point de nos fragiles hypothèses universelles, ni de notre art dialectique si ténu et subtil, mais bien des acquêts dus à la science positive.
Le savoir unifié, le développement extrême de nos connaissances de détail et de nos conceptions d'ensemble, voilà l'idéal, le but lointain et problématique. A cette ultime délivrance des entraves que lui apporte la multiplicité des choses, l'entendement humain travaille depuis des siècles. Labeur difficile et pénible, mais moins ingrat qu'on ne le pense. Le pluralisme déjà diminué de là science contemporaine atteste, en tout cas, l'efficacité d'une partie de nos efforts synoptiques.
* Et ce succès indique la route à suivre. L'unité générale et rationnelle que la philosophie démontre, devra s'appliquer aux réalités particulières que la science observe. Le monisme logique devra s'adapter étroitement aux exigences des méthodes précises. Par là, il se
transformera, d'une façon insensible, en un monisme réel ou expérimental.
La voie perdue , cependant , s'offre , dès Tabord, tout à côté. Elle part du même point, elle débute aussi par Tunité logique des choses et des êtres. Mais bientôt l'impatience gagne l'esprit généralisateur. Les déceptions de la lutte contre la spécialité et Témiettement du savoir accablent le philosophe. Il n'aperçoit plus qu'un moyen de fuir les formidables difficultés. Il accepte les séductions de l'hypothèse générale. A chaque instant, son postulatum favori se révèle comme expérimentalement faux. Mais qu'importe? Désormais il lui servira d'assise pour y élever d'autres suppositions, celles-ci purement monistiques, celles-là entachées d'un dualisme naïf. Résolument le métaphysicien amoindrira l'univers. Il ramènera toute chose à la matière et au mouvement, à la sensation, au principe de vie, à l'idée, à la représentation, à la conscience, à la volonté, à tel ou tel groupe parmi les faits psychiques que l'empirisme des
PHILOSOPHIE ET SOCIOLOGIE iSi
grossières analyses initiales classa à côté des phénomènes vitaux avant d'apprendre quelles lois gouvernent les uns et les autres.
Ainsi compris et institué, le monisme s'affuble d'un titre sonore. 11 devient apriorique, il se croit à mille coudées de l'expérience vulgaire. La présomption est comme celle d'un adolescent glorieux de ses forces encore neuves, confit en ses illusions encore entières.
Il n'y a pas de transcendance.. Il n'y en a ni dans l'esprit de l'homme, ni dans les choses. Dépasser Vexpérience signifie strictement nier Vexistence. J'ai souvent affirmé que les larges généralisations du philosophe échappent à tout contrôle expérimental. Mais j'ai toujours eu hâte d'ajouter que ce privilège peu enviable leur appartient uniquement en vertu d'un vice formel de logique, qui les dépouille de certains traits propres à leurs congénères et leurs pro-r totypes, les généralisations du savant. , Aussi que voyons-nous? A la surface, une hypothèse défiant nos procédés d'enquête et s'exposant
iî>2 LA RECHERCHE.de l'unité
par là sans défense aux plus justes critiques; et immédiatement au-dessous, une hypothèse spéciale, susceptible d'être vérifiée par la science particulière qui, dans la majorité des cas, la désavoue et la rejette d'une façon absolue. Or rhypothèse métaphysique tire sa substance de l'hypothèse scientifique. Elle dépend entièrement de celle-ci. Elle s'élève et tombe avec elle.
Le monisme transcendant des divers systèmes subit la même loi. Il est tacitement fondé sur un postulat spécial et qui ressort d'une expérience dont on . ne saurait nier le caractère essentiellement sociologique. Car elle a pour objet l'évolution des sciences et sa caractéristique aujourd'hui prédominante, le pluralisme effectif des branches abstraites du savoir.
Commenté de la sorte, le monisme des métaphysiciens s'explique comme une simple erreur de fait. Et si d'habitude l'on considère les généralisations pseudo-transcendantes sous un aspect différent, si l'on continue à les ranger en
dehors des méprises expérimentales ordinaires, cela provient de ce que ces idées appartiennent à une classe d'illusions à peine reconnue ; je veux parler de celles où glisse la philosophie jouant le rôle de sociologie générale. Il existe, semblablement , en métaphysique , de nombreuses erreurs qui tiennent à l'état arriéré de celte discipline sociologique, la morale, et une multitude d'inductions défectueuses dont la responsabilité incombe à l'évolution tardive des études biologiques et psychologiques. Et naguère, lorsque la philosophie emplissait les vides maintenant occupés par des sciences autonomes et florissantes, elle s'encombrait de véritables « illogismes » chimiques, physiques, astronomiques et mécaniques. Même aujourd'hui, de tels égarements cherchent et trouvent quelquefois un asile, soit dans les vieux systèmes que certains esprits moroses se plaisent à exhumer, soit dans les croyances religieuses d'un autre âge.
L'expérience sociologique, disons-nous, con-
damne l'hypothèse restreinte qui fut la semence d'où sortirent les nombreuses variétés métempiriques de TUn-Tout. Mais si aux rêyes unitaires de la pensée générale la sociologie inflige le contraste des faits spéciaux, de leur réalité infrangible, elle constate en même temps la diminution toujours croissante du nombre des grandes séries où s'alignent les phénomènes naturels. Et puisque rien ne garantit l'arrêt prochain de ce mouvement de concentration, ne semble-t-il pas légitime d'en inférer que le monisme transcendant se doit prendre pour une hypothèse qui intéresse, non l'état actuel, ni le passé, mais l'avenir de la science *?
Par malheur pour la philosophie, son monisme ne dérive pas de la seule expérience sociologique. Comme les phénomènes subjectifs très complexes, il présente encore un aspect exclusivement rationnel.
1. Ou une hypothèse d'évolution analogue aux théories astronomiques et géologiques qui nous décrivent les soleils éteints, les planètes mortes, les mondes privés de lumière et de vie.
J'écarte ici toute discussion sur la place de la logique dans la hiérarchie des sciences, sur son identité présumable avec les mathématiques, sur son état présent et son rôle futur, sur une foule de problèmes des plus curieux, mais dont l'examen, même rapidement conduit, nous détournerait de notre sujet; et je me borne à considérer cette discipline comme un système particulier de vérités dont la connaissance semble indispensable à la découverte de n'importe quelle classe de lois naturelles. Or donc, que devient l'hypothèse de l'unité transcendante du monde lorsqu'on la juge à la lumière du critérium logique?
Nul doute ne persiste. L'unité métaphysique se signale à l'attention du logicien comme une hypothèse qui embrasse la totalité des choses; et par là elle se dérobe à nos procédés ordinaires de contrôle. Car tant qu'une conjecture demeure universelle, on ne peut lui confronter des faits particuliers et concrets, sans lui faire subir une suite de spécialisations préalables.
1S6 LA RECHERCHE DE l' UNITÉ
A ce signe mental se reconnaissent toutes les flclions auxquelles les philosophes recoururent afin de s'affranchir du pluralisme effectif des phénomènes.
Des conséquences fort graves découlèrent de remploi de la méthode hypothétique dans la spéculation générale. La philosophie entra dans le songe et l'utopie. Mais puisque, d'habitude, les écarts de notre puissance imaginative se tolèrent seulement s'ils se montrent capables de susciter en nous des émotions heureuses, ou s'ils agissent en tant que dérivatifs et stupéfiants de la douleur morale, comment la philosophie eût-elle pu se soustraire à cette loi de notre organisation psychique? L'esprit humain lâcha la proie pour l'ombre. Cosmogonies et métaphysiques le nourrirent d'illusions creuses. Les théologiens et les philosophes s'attribuèrent pour tâche de nous alléger le poids d'une existence misérable, en nous incitant sans cesse à amnistier les injustices du sort et des hommes ^
, 1. Hormis en quelques cas rares qui s'offrent comme de
La bonté et l'équité du créateur, l'immortalité, de Tâme, la grande revanche de l'Audelà, les dédommagements d'outre-tombe, les sublimes finalités de la nature, l'amélioration indéfinie de l'humanité, tous les principes des vieilles croyances consacrent la justesse de notre thèse. Mais ces pieuses suppositions, naguère humaines et utiles, offensent aujourd'hui les sentiments nouveaux engendrés par les progrès du savoir, par la conception plus virile des destinées individuelles et sociales *.
véritables exemples de perversion psychique ou sociale, à rapprocher des cas les mieux connus de perversion dans les divers domaines de la sensibilité somatique.
1. Un fait récent dans cet ordre d'idées semble confirmer, d'une façon indirecte mais probante, l'opinion que je défends ici. Je veux parler du surcroît notable de vitalité observé de nos jours dans l'ancienne tendance qu'exemplifia déjà le platonisme et qui consiste à représenter la philosophie comme une branche très élevée de l'art, comme une source très pure d'émotions esthétiques. Foncièrement fausse en théorie, cette vue réalise néanmoins, dans la pratique, une conquête morale facilement appréciable. Car rien n'égale en noblesse et en véritable rareté les émotions du Beau, sauf peut-être les sentiments qui procèdent du sacrifice désintéressé à autrui ou de la passion de la vérité recherchée poiur elle-même. Un contraste tout à l'avantage de r « esthétisme » moderne s'accuse ainsi entre les nou-
Quoi qu'il en soit, au reste, le postulat universel qui admet une unité supérieure indépendante de l'expérience, apparaît à la fois comme une erreur de psychologie, puisque la logique est encore de la psychologie, et comme une grossière aberration sociologique. Il constitue, d'une part, le produit d'une méthode faussée dans son principe et tronquée dans son application , d'une demi-méthode qui , débutant comme l'hypothèse scientifique, ne peut, à
veaux rêves de la philosophie et les anciennes aspirations, toujours plus ou moins utilitaires, des théologies et des métaphysiques. Certaines religions, comme chacun sait, poussèrent même fort loin la matérialité des satisfactions qu'elles promettaient à leurs adeptes. D'autre part, les grandes découvertes scientifiques appliquées au bienêtre des masses ont sûrement hâté la désaiïeclion populaire qui semble frapper aujourd'hui les plus respectables credo.
On peut nous objecter le pessimisme courant et la valeur grandissante des idées dépressives qu'il apporte avec soi dans le monde. Voilà cependant une source d'émotions dont le côté pénible se compense par certaines revanches artistiques indéniables. Car si le sentiment plaisant, pour raffiné qu'on puisse le supposer, n'existait pas, il est clair que le pessimisme philosophique, comme son intime allié, le naturalisme excessif de la production littéraire, picturale et plastique, se seraient vite effondrés sous l'indifférence générale.
l'exemple de celle-ci, aboutir à son complément naturel; et il conduit, d'autre part, à une négation manifeste des vérités les mieux établies de révolution scientifique.
Si l'ancienne philosophie donna tête baissée dans cette double méprise, et si, par suite, à rinstar de la théologie, elle devint une illusion réconfortante, sinon pour la masse humaine, du moins pour Félite échappée au joug dogmatique, cela ne saurait surprendre personne.
L'insuffisance des études psychiques et sociales justifiait très bien cette situation. Mais comment expliquer que la philosophie moderne, déjà instruite par l'insuccès lamentable des tentatives antérieures, s'obstine encore dans les mêmes errements? Ne s'opinîâtre-t-elle pas à s'arroger le droit de remplir les lacunes des sciences par des hypothèses d'une envergure si vaste, que les accepter pour vraies impliquerait à coup sûr la solution du problème de la science unique, universelle? La philosophie entend de la sorte maintenir et perpétuer, dans
les affaires du savoir spécial, son antique supré* malic.
Une multitude de causes, les unes à Tapogée de leur action, les autres entrées déjà en une période de déchet visible, s'unissent pour produire ce résultat. Nous ne saurions ici les énumérer toutes, mais nous voulons en noter une au moins qui, selon nous, sollicite principalement rintérêt.
Quelques rares penseurs s'accordent aujourd'hui pour abolir la spéculation hypothétique étendue à l'ensemble des choses. Mais bien que fortifiée par les faits, leur heureuse conviction se répand avec une lenteur extrême. Elle soulève les plus vives répugnances chez les philosophes timidement asservis aux routines caduques. Il y a là, en définitive, une vérification retardée par l'état présent des sciences supérieures et qui exige encore de nombreuses, de sévères recherches psychologiques et sociologiques.
Les influences accumulées dupasse pèsent sur
ta génération actuelle d'un poids d'autant plus lourd que jamais on ne songea à dresser leur inventaire exact. L'hérédité psychique inconsciente, Tatavisme intellectuel insoupçonné, les brusques retours des systèmes mixtes aux types purs primordiaux, tous ces faits à l'étude permettent de pronostiquer une science de grand avenir, la morphologie des idées générales.
Mais l'on souhaite encore son avènement. Force nous est donc de parler d'une façon vague d'habitudes mentales acquises, de plis héréditaires de la pensée transmis d'une époque à la suivante, de modes de philosopher propagés par simple inertie; et de chercher à expliquer, par ces arguments littéraires bien plus que scientifiques, la persistance de la méthode conjecturale dans les théories universelles.
Remarquons, en dernier lieu, l'ascendant qu'exerce le monisme qui s'accentue dans les disciplines abstraites indépendantes. La réduction de leur nombre et la subordination de plus en plus étroite des branches du savoir
dites supérieures aux branches dites inférieures, tout cela semble hypnotiser l'esprit des philosophes. Il se dégage de ces faits comme une tentation constante de surpasser la science en ses élans synoptiques. Le savoir spécial, s'achemine avec trop peu de hâte vers son but suprême, au gré des penseurs. Il est trop souvent arrêté par les vérifications négatives, les démentis que lui inflige l'étude des phénomènes et des rapports concrets. La philosophie essaie, par suite, d'atténuer les conséquences de ces tergiversations, de remédier à ces doutes. Et elle y réussit avec une facilité d'autant plus grande qu'elle prend plus hardiment son vol vers les espaces éthérés, les hautes cimes mentales où les négations et les restrictions ne sont plus à craindre. Car, d'après la loi de l'identité des contraires, elles perdent ici leur valeur différentielle primitive, elles se transforment en repoussoirs factices, en affirmations voilées.
Ainsi, le monisme circonspect de la science
qui eût dû, semble-t-il, servir do contre au monisme audacieux de la philosophi* traîne celle-ci, pour comble, vers les gén salions prématurées elles synthèses subjec Ce qu'on s'imaginait devoir agir cornu frein, devient, inopinément, une incitai passer outre, k ne tenir compte d'aucun obs Mais ne voyons-nous pas un fait pareil se ter dans la vie ordinaire : un groupe di constances paraissant commander une cci règle, suscite, en réalité, la conduite di tralementdivei^ente, si nocive qu'elle se prévoir!
De même, rien, croyons-nous, ne p empêcher la philosophie contemporaine d se discréditant, à moins que la psycholoj la sociologie ne prouvent avec la dei rigueur que les lois de l'esprit et celle déterminent ses productions répudient l'ei de l'bypotbëse dans un but purement s latif.