CHAPITRE III
APPLICATION A LA RECHERCHE DU COLIBACILLE DANS LES EAUX — CAUSES D'ERREURS
BRAUN (3) a étudié tout spécialement l'application du procédé de Savage à la recherche du colibacille dans les eaux et, en 1906, a apporté le résultat de ses recherches ayant duré deux ans.
Il ensemence avec, respectivement, 1 et 10 centimètres cubes de l’eau soumise à l'analyse, deux tubes renfermant 6 centimètres cubes de bouillon de Savage. Il met à l’étuve. Au bout de vingt-quatre heures, 1l se forme des bulles gazeuses et, suivant la quantité de colis, le milieu devient fluorescent ou jaune canarti.
Si la coloration reste la même après quarante-huit heures, on peut conclure qu'il n’y a pas de colibacille.
De son expérience, il se croit en droit de conclure :
10 LA RÉACTION EST CONSTANTE. — Dans de nombreux échantillons d’eau ayant donné la réaction du rouge neutre, il a pu déceler chaque fois le colibacille par les procédés classiques : gélose glucosée, bouillon phéniqué, petit lait, tournesolé, ete.
Une seule fois il a obtenu la réaction et n’a pu déceler le colibacille.
20 La RÉACTION EST RAPIDE. — La teinte jaune canari s'obtient après vingt-quatre heures et, au plus tard, après quarante-huit heures d’étuve.
30 La RÉACTION EST SPÉCIFIQUE. — Îla expérimenté les germes les plus variés : différentes variétés de cocci, le bacille de Læffler, toutes les races de bacilles dysentériques, le bacille pyocyanique, le pneumobacille de Friedländer, différentes races de bacilles d’Éberth, toutes les variétés de bacilles paralyphiques, un grand nombre de germes isolés des eaux.
La coloration fluorescente ou jaune canari du bouillon n'aurait été obtenue que par l’ensemencement de colibacille.
BRAUN (3) se croit donc en droit de conclure que l’on peut interpréter la réaction comme indice de la présence du coli.
Cependant cette dernière conclusion n’est peut-être pas à l’abri de tout reproche.
Nous verrons, en effet, plus loin que de nombreuses causes peuvent induire en erreur dans l'interprétation des résultats et que tous les auteurs ne partagent pas la manière de voir de BRAUN.
49 LA RÉACTION EST TRÈS SENSIBLE. — Les expérlences suivantes le démontrent :
a) 100 centimètres cubes d’eau stérile sont souillés
nn —
avec l'extrême pointe d’un fil de platine trempée dans un bouillon de culture de coli. BRAUN ensemence L centimètre cube de cette eau dans un bouillon au rouge neutre. Après vingt-quatre heures d’étuve, réaction positive jaune Canari ;
b) Même réaction positive avec 1 litre d’eau stérile ;
c) Même résultat positif avec 2 litres d’eau stérile ;
d) Réaction toujours positive en diluant à 1/10 la solution précédente. Le résultat a été négatif avec les dilutions à 1 pour 100 et 1 pour 1.000.
0° LA REÉACTION PEUT ÊTRE UTILISÉE POUR LA RECHERCHE QUANTITATIVE DU COLIBACILLE. — Pour cela, on ensemence avecune petite pipette de L gouttes au centimètre cube un certain nombre de tubes de bouillon au rouge neutre avec des doses variables d’eau suspectée (I, V, X, XX, XXX, XL, L gouttes, par exemple).
Si, après vingt-quatre heures d’étuve, le tube qui renferme [ goutte donne la réaction, on admettra qu’il y a 0 germes de coli au centimètre cube.
Si le tube qui a L gouttes donne seul la réaction, on pourra dire que l’eau renferme 1 coli par centimètre cube.
I serait donc possible, par un simple procédé calorimétrique, de déterminer en vingt-quatre heures la présence du coli dans une eau et d’avoir une idée de sa teneur en germes.
On pourrait alors diriger ses recherches immédiatement du côté du bacille d’Eberth ; et c’est après avoir
rl 2 obtenu, à l’aide de ces analyses sommaires, des résultats très nets et très encourageants, au point de vue de la prophylaxie de la fièvre typhoïde, que Braun recommande la méthode du rouge neutre pour la recherche rapide des souillures fécales dans l’eau de boisson. Le
Malheureusement tous les auteurs ne sont pas du même avis que BRAUN en ce qui concerne la valeur de cette méthode qui, à vrai dire, n’est pas exempte de quelques inconvénients pouvant amener des causes d'erreurs capables de fausser assez gravement le résultat des analyses.
Déjà en 1898, RoTHBERGER (47), le promoteur de la méthode avait remarqué que le bacille de Nicolaier et celui de l’&ædème malin pouvaient donner la fluo— rescence.
ScHErFLER (91), en 1900, a retiré des matières fécales huit variétés de germe et des eaux trois variétés pouvant rendre fluorescent le milieu au rouge neutre.
Hunrer, en 1901, publie que le B. enteritidis, le bacille télanique et le bacille du charbon font virer le rouge neutre.
SEGALE, en 1908, constate que P’acidité produite par le colibacille dans la fermentation des sucres contrarie la réaction. De plus, il constate que certains paratyphiques font virer le rouge neutre.
Rocuaix (43), en 1909, expose que le Bacillus subtiles donne une fluorescence, mais sans changement
= 25 == de tete du milieu. La présence très fréquente du Pacillus subtilis dans les eaux de boisson de notre région, fait que cette cause d'erreur doit être particulièrement évitée. La règle suivante le permet facilement ;
S'il y a un virage au jaune canari, l’erreur ne peut être faite (le Bacillus sublilis ne faisant pas virer complètement le neutral-rot).
S'il y a fluorescence verte, il faut distinguer trois cas :
S'il n'y a pas de voile à la surface et si le milieu est trouble, on peut conclure à du coli;
S'il y a un voile à la surface et si le liquide est clair, on peut conclure à du subtilis.
Enfin, s’il y a un voile et que le milieu soit trouble, on ne peut conclure à la présence du coli qu’en recherchant les autres réactions de ce dernier microbe.
SICRE (52), en 1909 également, donne une liste de microbes faisant virer le rouge neutre. Ce sont: le B. de Schotimuller, le B. de Grærtner, le BP. fluorescens, le B. subtulis, le Micrococcus versicolor, etc. Il aurait de plus constaté que certaines races de colibacilles perdent leur vitalité à 46 degrés et que des thermophiles peuvent agir énergiquement sur les sucres.
VINCENT (60), toujours en 1909, critique vivement la méthode au rouge neutre et avance que le Proteus vulgaris, le B. megaterium, le B. pyocyanique, et diverses bactéries de la putréfaction poussent bien à 38 degrés et peuvent gêner le colibacille dans son action sur le rouge neutre. Confirmant les conclusions de Sicre, il constate que dans 5 pour 100 des cas, des bactéries banales des eaux font virer le rouge neutre.
FABRE-DOMERGUE et R. LEGENDRE (12), en 1910 et
1911, étudient une question très intéressante. C’est la recherche du colibacille dans l’eau de mer, dans les huitres et autres coquillages marins. Ils démontrent, par une série d'expériences, que l’eau de mer ralentit et diminue les cultures de cohibacille, à tel point que les procédés les plus recommandés, entre autres le bouillon de peptone glucosé au rouge neutre, perdent la sensibilité et la rapidité qui les rendaient utiles.
Rocaaix et Durourr, (42) en 1911, ont isolé de diverses urines et du purin six bacilles et deux microcoques qui donnent à la fois le virage au jaune canari et la fluorescence verte.
GuErBET (19) montre que l’oxygène de l’air a une fächeuse influence sur la production de la fluorescence. On le comprend d’ailleurs très bien depuis que l’on connait le mécanisme de la réaction.
Rocuaix (44) déduit de nombreuses expériences que les races colibacillaires produisant une forte proportion d'acide dans l’attaque des sucres empêchent le virage.
Les causes pouvant masquer ou faire disparaitre la réaction du rouge neutre dans le bouillon de Savage, ou encore celles pouvant la faire apparaitre lorsque le coli est absent, sont donc nombreuses.
Aussi pour donner plus de précision à cette méthode at-on cherché à la combiner avec d’autres, ainsi que nous l’avons rapidement indiqué dans l’historique. Mais nous allons maintenant étudier avec un peu plus de détails ces différents perfectionnements et examiner s'ils sont exempts des divers mconvénients que l’on a pu reprocher à la méthode primitive.