CHAPITRE IV
» Si vous ne vous repentez, vous périrez te semblablement. » Telle était la menace red( table que notre Seigneur adressait aux Ju qui récoutaient. Et vous aussi , mon cher U teur , si vous ne vous repentez , vous pérlrc vous périrez corps et âme» et vous périrez ét< nellement.
II y a tout un monde de misère dans ce se mot ; périr ; il est profond comme l'enfer , ii mense comme Tinfîni , vaste comme Téternil Il n'y a que les âmes perdues qui puissent comprendre , et elles y découvrent à chaq instant quelque nouveau mystère et quelq nouveau tourment. Tel sera votre sort, si vo ne vous repentez. Frémissez à cette pensé* et priez Dieu qu'il vous donne la repentaDc< la rémission de vos péchés , la grâce.
Hais qu'est-ce que là repentance ? C'est pi que le regret d'avoir pécliè ; cç\^ ^st évide
DE LA REPENTA.XCE. 73
d'après cette remarque de l'apôtre : « Car la » tristesse qui est selon Dieu pro(^uit une re- » pentance qui conduit au salut, et dont on ne » se repent jamais. » (2 Cor. Vil , 10.) Le regret d'avoir péché n'est qu'une partie de la rcpcntance, car rÈcriturc fait évidemment une distinction entre ces deux sentiments. Si la tristesse causée par le péché fait toute la repentance, Caïn,Ahabet Judassc sont repentis; l'enfer même est plein de pécheurs qui se repentent , car il y a là des pleurs , des gémissements et desgrincements de dents. Beaucoup de pécheurs s'affligent de leurs péchés, mais ne se repentent pas. Les hommes peuvent s affliger des suites de leurs péchés sans s'affliger de leurs péchés mêmes. Le mot repentance, dans le texte original de FÉcriture-Sainte, désigne un changement do dispositions. Il signifie donc un chan- Igement complet opéré dans le^ vues, les penchants etia conduite des hommes, par rapport au péché. 11 équivaut pour le sens au motrégéncra' (ûm. La régénération implique un changement de cœur, et la repentance un changement analoguerelatif au péché. Le Saint-lilsprit est l'auteur de la repentance; elle est l'efTet de la grâce divine opérant dans le cœur de rhomnie. La vraie repentance implique les dispositions suivantes:
té.
kl
74 DE LA REPENTAXCE.
1<». La conviction du péché, m Quand l'Es]
» sera venu, dit le Christ, il convaincn
» monde de péché. » (Jean XVI , 8.) L'hom
repentant voit clairement son état de créât
dépravée et coupable devant Dieu. Tous
hommes avouent qu'ils sont pécheurs, rhora
repentant le reconnaît : ils en parlent , n
lui , il le sent : ils Tont entendu dire à d'aul
et Tont reçu comme une simple opinion , il
appris de Dieu lui-même qui lui a montra
pureté de la loi , la corruption de sa condi
et de son cœur en rébellion contre la loi
s'est contemplé dans ce miroir fidèle et a
son excessive dépravation. Il reconnaît 'qu'
vécu sans Dieu, puisqu'il ne Va ni aimé, ni sei
ni glorifié. C'est en cela que consiste son ]
ché. H peut n'avoir pas été débauché , mai
a vécu sans Dieu , et s'il eût été ouvertemi
vicieux , la source de ses vices eût été le me
que de l'amour divin. Il reconnaît que toute
mondanité , sa folie , sa méchanceté , vienne
d'un cœur corrompu , d'un cœur aliéné
Dieu. Il avait déjà soupçonné qu'il n'était \
ce qu'il devait être ; mais maintenant il v
qu'il a été le contraire de tout ce qu'il dev
être ; il savait que sa conduite n'était pas bc
ne, il voit maintenant qu'd\^ èil^vl towt-à-1
DE LA R£P£NTANCE. 75
mauvaise ; il pensait qu'il avait peu de droits à la miséricorde de Dieu, il voit maintenant qu'il était tellement pécbeur, que si Dieu n'avait écouté que sa justice , il l'aurait précipité dans l'enfer. Si ce ne sdnt pas là vos sentiments , lecteur, vous n'êtes point encore convaincu de votre péché comme vous devez rôtre. Vous ne savez point ce qu'est le péché , ni combien vous êtes pécheur , si vous ne voyez clairement que vous avez mérité d'être plongé dans l'étang ardent de feu et de soufre.
2®. La vraie repentance implique aussi le sentiment de sa propre condamnation. Aussi longtemps que vous êtes disposé, sinon à justifier, du moins à excuser vos péchés , vous n'êtes point repentant , vous n'êtes point convaincu de votre péché. Chercher des excuses pour le péché , vouloir échapper aux accusations et auxreniords de la conscience est la plus commune infirmité de la nature humaine ; c'est ainsi qu'Adam rejeta le blâme sur la femme et que celle-ci le rejeta sur le serpent ; nous avons hérité de cette infirmité de nos premiers parents. Nous voyons fréquemment les pécheurs convaincus de péché chercher à pallier \esur faute, ca alléguant leur ços\\\ow^^\Nàr.>\'-
lière , leur tempérament , la force de la tei
tation , la dépravation , suite du péché origi
nel; cette disposition d'esprit est incomps
tible avec la vraie repentance. Tant que voi
chercherez des excuses et des circonstance
atténuantes , tant que vous n'abandonnerc
pas' toute envie de vous justifier , tant qi
vous ne consentirez pas à vdus charger de toi
le blâme , tant que • vous ne prononcerez p,
vous-même votre sentence de condamnatioi
tant que vous ne serez pas prêt à vous écri»
avec componction ; « Je suis coupable I » voi
ne serez point vraiment repentant. Pour qi
votre repentir soit sincère , il faut que vo
soyez prêt à faire de cœur la confession su
vante : « mon Seigneur , Dieu saint, ju
équitable l Je ne veux plus chercher à m' exe
ser. Je me tiens devant toi , convaincu et co
damné. Toute ma vie n'a été qu'une révo
continuelle contre toi. Ce n'est pas telle ou te
action particulière que j'ai à me reprochi
Mon âme entière est corrompue et déprave
Toutes mes pensées , toutes mes affectioD
tous mes désirs ont été étrangers à toi. Je
t'ai jamais aimé , toi, Dieu d'amour ! Oh I co
bien était corrompu ce cœur qui pouvait ain
Je monde , des amis , des c;Y\os>es Kvvs^Xçi^
même , et qui ne pouvait pas t'aimer !
ce qui m'accable et me confond , c'est inimitié contre toi. Oh ! quelle longanine t'a-t-il pas fallu pour ne pas briser misérable créature qui n'avait ni vertu .'aimer, hi force pour te résister ! Ma vie in péché continuel , mes meilleures ac- Bravaient que des motifs impurs, car Tétaient point faites par amour ou par ancc pour toi , pour te plaire ou pour »rer. Jadis je m'inquiétais aussi peu de échés que de ce Dieu juste et miséricorque j'offensais. Et lorsque la connai»du péché commença à dissiper les ténèle mon âme corrompue , j'évitai cette lu- ; coupable d'hypocrisie et de présompie voulus soutenir ton jugement et plai- »ur me défendre. Mes misérables et meures excuses ont aggravé ma faute, provovengeauce et appelé sur moi les foudres ;olère. Je te rends grâce , ô mon Dieu*, a longanimité, pour ta miséricorde infion-seulement tu as supporté mes provos , mais tu m'as fait sentir ma folie. Beat à toutes mes excuses insensées, je me k tes pieds, je m'avoue coupable, et recours qu'on ta seule miséricorde. »
3*^. La repen tance implique le regret du péché. Si un homme ne s'afflige pas de ses péchés, il ne peut s'en repentir. L'apôtre parle d'une tristesse selon Dieu , et le psalmiste en donne un exemple dans le cinquante-unième Psaume.
Pécheur inquiet et troublé , je recommande à votre attention ces touchantes effusions du repentir de David : lisez-le souvent , hsez-le à genoux , lisez-le comme votre propre prière , lisez-le jusqu'à ce que votre cœur réponde, par un soupir, aux gémissements du roi-prophète.
Repassez alors l'histoire de votre vie, le cours sombre et tortueux de vos rébellions contre Dieu. Arrêtez-vous à mesure que vous suivez pas à pas toutes vos transgressions et toutes les marques de la patience divine ; voyez combien vos péchés se sont accumulés, et combien ils se sont aggravés par la négligence des secours qui étaient à votre portée, tels que des amis pieux et la voix de Totre conscience. Efforcez-vous d'émouvoir votre cœur par tous les motifs de contrition tirés de la miséricorde de Dieu et de votre ingratitude ; frappez le rocher jusqu'à ce que vous en fassiez jaillir les sources vives de la pénitence. Que votre tristesse soit exempte d'égoïsme ; affUgez-yorn de vos péchés, plutôt parce qu'ils
ont été commis contre Dieu, que parce qu'ils ont été commis contre vous-même. Méditez de nouveau les accents du repentir de David : a J'ai péché contre toi , contre toi seul ; j'ai 9 fait ce' qui déplait à tes yeux ! » Langage étonnant ! quelle idée avait-il donc du péché, et quelle idée avait-il de Dieu ? Il avait séduit Bethsabée, il avait fait périr son mari, et avait ainsi commis deux crimes énormes contre la société, et cependant il ne pensait qu'aux péchés qu il avait commis contre Dieu. « J'ai pé- » ché contre toi, Dieu saint et éternel ! contre » toi, mon bienfaiteur, qui m'avais élevé de la » condition de berger à celle de conducteur » de ton peuple. Oh ! c'est là l'horreur de mon » crime , c'est là le remords de ma conscience, » c'est là le calice d'amertume dont je m'abreuve maintenant ; tu veux me pardonner, » et la pensée de ta miséricorde aggrave mon » crime et me rend encore plus odieux à moi- » même. » Voilà une tristesse selon Dieu, un regret véritable du péché, en tant que conunis contre un Dieu si saint et si bon, et un regret du tort que nous nous sommes lait à nous-mêmes.
La tristesse selon Dieu se ressent pour les péchés que Dieu seul connaît, pour ceux que Dieu pcgrdonnera et qu'il a déjà pardoivw^*\ ^\.<i^%\
là la marque de la vraie contrition, elle consista à s'affliger à cause du péché lui-même, et non pour la crai nie du châtiment.
¥, La repeo tance implique la haine dupéché, la résolution d'y renoncer et de ne plus le com^ mettre. Nous ne pouvons nous repentir d'une action sans en ressentir un profond dégoût; ces deux sentiments sont inséparables. L'amendement produit par le regret du péché est une vraie repentance. Une personne qui a été mordue par un serpent ne caressera pas le reptile quand elle ressent encore la douleur de sa blessure ; elle l'écrasera ou le fuira , et sera saisie de terreur à la vue de ses pareils. Le pénitent regarde le péché comme un serpent dont il a senti la morsure envenimée, il le redoute, il le craint, il se met eu garde contre lui ; il déteste , il abhorre les actes dans lesquels il se plaisait autrefois ; et au lieu d'expérimenter jusqu'à quel point il peut s'en approcher sans y retomber , il s'en écartera le plus possible et évitera jusqu'à l'apparence du mal.
L'homme mordu par un serpent expérimentera-t-il jusqu'à quel point il peut s'en approcher encore sans danger, ou réchauffera-t-il des serpents dans son sein, quoiqu'jjs puissent être dépourvus de venin? Non,
sans doute, il les fuira tous également. Considérez les effets du repentir chez les fidèles de l'église de Corinthe : « Cette tris- » tesse que vous avez eue , selon Dieu , » quel empressement n'a~t-elle pas produit » en vous ? Quelle indignation , quelle crain- B te, quel désir, que! zèle, quelle punition^?» (2 Cor. VII, 11.) Telle est .la vraie repentance.
Mais il importe de mettre le pécheur en garde contre quelques inquiétudes auxquelles beaucoup de personnes sont exposées.
Vous ne devez pas imaginer que vous ne vous repentez pas, parce que vous n'avez point éprouvé cette terreur accablante et ce chagrin profond. Les chrétiens, dans les premiers pas de leur vie religieuse, sont quelquefois abattus et découragés , parce qu'ils ne ressentent pas ces angoisses déchirantes que quelques-uns ont éprouvées. D'autres s'inquiètent et se tourmentent parce qu'ils ne trouvent dans leur cœur ni larmes, ni gémissements à cause de leurs péchés. S'ils pouvaient s'épouvanter, s'ils pouvaient fondre en larmes, ils éprouveraient quelque consolation, et auraient quelque espoir que leurs convictions sont sincères et véritables. Il est probable, cher lec-
teur, que vous avez éprouvé de telles craint et que vous êtes le jouet de pareilles illusio Ce désir d'éprouver une grande terreur ou profond chagrin peut provenir d'un motif raisonnable. Vous pensez que si vous éprou\ ces sentiments, vous en ressentiriez queh consolation et quelque espoir. Et ainsi v cherchez votre salut dans votre propre ce au lieu de le chercher en Christ. Penser < ces convictions profondes et que ces émoti violentes sont un gage assuré d'espoir, n'est pas mettre ses sentiments à la place de Vœu de Christ? Quand vous pourriez ressentir, fond de votre conscience, tous les tourm( de l'enfer, quand vous pourriez verser torrents de larmes, tout cela ne vous sauve pas; bâtir là-dessus l'espoir de votre sa c'est le construire sur un fondement de sa] Peut-être pensez-vous que ces convicti énergiques sont un gage plus certain de l'es] que vous avez en Christ. Mais sa Parole ne v suffit-elle pas, et vous faut- il un autre gi ou pouvez-vous en attendre un autre? I invitation et sa promesse ne sont-elles pas s fisantes? Vos sentiments y ajouteraient quelque chose?— Dans certains cas, ce d d'éprouver de la terreur et du désespoir n
pas exempt d'orgueil ; vous voudriez ôtrc distingué parmi les chrétiens par la profondeur et la vivacité de vos convictions, par l'étendue de vos progrès ; vous voudriez épr'buver quelque sentiment dont vous puissiez vous flatter, et vous faire un appui pour vous approcher de Dieu; c'est une espèce de propre justice que de compter sur ses sentiments intérieurs, sinon sur ses bonnes œuvres , et de s*en glorifier devant Dieu. — Ce désir peut provenir aussi d'une idée imparfaite de la nature de la vraie religion. La religion n'est point un affaire de sentiment, d'émotion, mais une affaire de jugement, de conscience et d'application pratique. Le cœur de tous les hommes n'est pas également susceptible d'émotion. Les uns sont plus sensibles et plus faciles à émouvoir que les autres ; nous le remarquons dans la pratique de la vie religieuse. Un homme peut aimer sa femme et ses enfants aussi tendrement qu'un autre, quoique celui-ci puisse être plus ardent, plus empressé dans ses caresses, plus affectueux dans son langage ; il peut ne pas s'alarmer si vivement quand ils éprouvent quelque peine, et ne pas s'affliger si fort quand il a le malheur de les perdre ; et cependant il les aime au point de les préférer à tous les autres, de
84 DE LA REPËNTAXCE.
travailler pour eux, de faire des sacrifices pour leur bonbeur, et de les regretter sincèrement, quand la mort les lui enlève. Son amour et son affliction sont réels et sincères, quoiqu'ils ne soient ni bruyants ni passionnés ; le principe de son attachement est aussi fort, quoique sa passion ne soit pas aussi violente. La passion dépend du tempérament, mais le principe n'en dépend pas. Par conséquent, soit dans la religion, soit dans toute autre chose, Témotion n'est point une preuve d'affection véritable. Cessez donc, cher lecteur, de vous tourmenter à cet égard; votre piété ne doit point se mesurer à l'abondance de vos larmes, au degré de votre terreur, à la violence de vos émotions. Vous pouvez éprouver tout cela, et cependant ne pas avoir la vraie repentance, et vous pouvez vous repentir véritablement sans toutes ces marques extérieures de repentir. Connaissez-vous clairement la sainte nature de Dieu et sa loi parfaite? Reconnaissez-vous avec évidence, sentez-vous réellement , et avouez-vous franchement vos innombrables transgressions et la corruption de votre cœur? Croyez-vous avoir mérité la malédiction que vos péchés vous ont attirée ? Renoncez-vous à toutes les excuses f et vous chargez-vous de tout le blâme
DE LA REPKNTANCE. 85
de VOS péchés? Ed étes-vous réellement affligé, quoique vous ne puissiez répandre que peu de larmes et ne faire entendre que peu de gémicfsements? Gonfessez-VQus vos péchés à Dieu sans réserve comme sans excuse? Haïssezvous le péché, et vous haïssez-vous vous-même à cause de lui ? Avez-vous de la répugnance pour le péché , et vous mettez-vous en garde contre lui? Étes-vous doué d'une nouvelle délicatesse de conscience par rapport au péché? Si cela est, vous avez la vraie repentance, quoique peut^tre vous n'éprouviez pas ces mouvements véhéments de chagrin ou de terreur que d'autres ont ressentis.
Je ne veux pourtant pas suspecter l'expérience chrétienne de ceux qui ont passé par ces violentes convictions , que l'on pourrait appeler la vallée de l'ombre de la mort. Dieu a conduit quelques-uns de ses enfants au travers des nuages , des ténèbres , des tonnerres , des trompettes et des révélations redoutables du Sinaï ; quelques-uns même ont vu les bords de l'abîme infernal , ont senti le feu de ses flammes et ont entendu le bruit de ses gémissements ; mais il n'appartient à personne de désirer de telles épreuves. Ne croyez pas que vous vous soyez trompé de route, parce que
86 DE LA REPENTANCK.
VOUS n'avez pas vu ces scènes de déf Le Sinaï et le Calvaire sont sur la voie mais tous ne les voient pas aussi distin et n'en sont pas également frappés.