‹ La réciprocité entre le Canada et les États-Unis [microforme]Chapitre 5 sur 15 · SIR JOHN MACDONALD VOULAIT LA RECIPROCITE COMMERCIALE · texte numérisé non relu

SIR JOHN MACDONALD VOULAIT LA RECIPROCITE COMMERCIALE

Il a abondamment parlé de tout : il a tout dit, excepté cette ose, la dernière de toutes, que, dans la pensée de Sir John Macdonald, c'était là un moyen tendant à obtenir cette réciprocité de commerce qui jusque-là nous avait été refusée. La mémoire fait défaut à mon honorable ami: elle fait défaut à ses amis également, et peut-être ne serait-il pas mauvais que je leur rappelle, à eux et à lui la motion de Sir John Macdonald, ne serait-ce que pour faire voir l'énorme distance qui les sépare aujourd’hui, lui, son parti et ses chefs, de ce même parti et des chefs qui le dirigeaient alors. Voici quelle a été la motion de Sir John Macdonaïd:

Cette Chambre est d'opinion que la prospérité du Canada requiert l'adoption d’une politique nationale qui, par un remaniement judicieux du tarif, favorisera et encouragéra les intérêts agricoles, miniers, manufacturiers et autres du Canada : que cette politique gardera au Canada des milliers de nos compatriotes qui sont maintenant obligés de s’expatrier pour trouver le travail qui leur manque dans leur patrie, rendra la prospérité À nos industries qui luttent et souffrent si péniblement, empêchera le Canada d'être un marché à sacrifice, encou:agera, dévees et activera notre commerce interprovincial et, tendant à la réciprocité de tarif avec os voisins dans la mesure requise par les intérêts variés du Canada, anre .: «ndement pour effet de procurer éventuellement À ce pays une récipr . cemmerciale.

Tefle a été la politique proposée par le parti en 1878 et mise à exécution l’année suivante, en 1879, lorsque le parti conservateur est

arrivé a 1 pouvoir à l'aide de cette même politique approuvée par les électeurs. Dans la loi qui donne effet à cette politique, et qui est la loi des douanes de 1879, on trouve, à l'article 6, une offre permaente de réciprocité, ainsi exprimée :

Tous les artieles suivants, savoir: les animaux de toute espèce, les fruits verts, le foin, la paille, le son. les graines de toutes sortes, les légumes (y compris les pommes de terre et autres racines), les plantes, arbres et arbrisseaux, ln houille et le coke, le sel, le houblon, le blé, les pois et fêves, l'orge, le seigle, l'avoine, le maïs, le sarrusin, et tous autres grains, et les farines de blé, de seigle. de maïs et d'avoine, et la farine de tous autres grains, le beurre, le fromage, le poisson (salé ou fumé), le saindoux, le suif, les viandes (fraîches, salées ou fumées), et le bois de service, pourront être importés en Canada francs de droit, où à un taux de droit moindre que celui prescrit par le présent acte, sur procinmation du gouverneur en conseil, qui pourra être promulgué lorsqr' pparaîtra à sa satisfaction que les articles identiques du Canad j ‘ht être importés en franchise aux Etats-Unis,

Cela se passait en 1879, et nous sonmes aujourd'hui en 1911.

5. — LE CANADA PEUT FAIRE DISPARAITRE AUJOURD'HUI L'INJUSTICE DU TARIF AMERICAIN.

Ce que l'on recherchait en 1879, voici que nous pouvons l'avoir, et, cependant, il en est qui doutent, qui hésitent, qui vacillent et voudraient biffer de notre histoire trente années d'expectative. On pourrait citer des pages et des pages de discours prononces par des membres du parti conservateur, dans lesquels le tarif américain a été dénoncé comme injuste, comme déloyal, comme hostile, et aujourd’hui qu'il est en notre pouvoir le mettre fin à cette injustice, à cette déloyauté, à cette hostilité, il ‘rouve des hommes qui se lèvent contre nous et nous disent: S' us plait, arrètez-vous et n'allez pas plus loin; laissez l'injistice sc perpétuer, laissez se perpétuer l'hostilité, car c'est de ce.ie ‘justice et de cette hostilité que dépend l'existence même de la Cor ‘“ération Canadienne.

6. — LE CHANG:MENT D'ATTITUDE DES CONSERVATEURS NE DATE QUE DE LA PRESENTATION DE LA LOI ACTUELLE ETABLISSANT LA RECIPROCITE.

On se demandera peut-être queile est la cause de ce changement d’'attitude, et conrment il se fait que des hommes qui, toute leur wie, ont été en faveur de la politique que nous proposons aujourd'hui au Parlement, se tournent tout à coup contre elle? L'autre jour

mon honorable ami de Toronto-Nord (M. Foster), dans son discours à la Chambre, a dit que le parti conservateur avait, en 1891, dit adieu à la réciprocité. Je dois avouer que, venant de lui, cette déclaration m'a fort étonné, l’histoire m'ayant appris que le gouvernement conservateur dont mon honorable ami (M. Foster) a été membre, et membre important, était, au moment où il est tombé du

pouvoir en 1896, tout autant en faveur de la réciprocité qu’il l'avait Jamais été à aucune époque de son existence. Je dois dire que la mémoire de mon honorable ami (M. Foster) n’est pas toujours uniformément excellente—elle est bonne par fois, mais d’autres fois pas autant—et j'espère que mon honorable ami ne s’offensera pas si je lui dis que sa mémoire sur ce point le trahit de façon singulière.

Vais-je à cet égard repasser avec lui l’histoire de sa carrière? Mais avant cela, il vaudra mieux que je cite à la Chambre les propres ex-

pressions dont il s’est servi il y a peu de jours:

En 1891, le parti libéral-conservateur fit sa dernière tentative pour Obtenir la réciprocité. A partir de ce moment, le parti conservateur déclara qu’il ne rechercherait plus la réciprocité avec les Etats-Unis d'Amérique, que son devoir était de baser la prospérité du pays sur son indépendance commerciale et de tourner ses regards du côté du marché anglais toujours ouvert, toujours stable, pour y écouler nos produits.

Le parti libéral n’était pas encore complètement revenu de l’ancienne erreur et il continua à caresser l’idée de la réciprocité avec les Etats-Unis jusqu’en 1897. Les ministres se rendirent à Washington ; ils firent toutes sortes de démarches et échouèrent. A leur retour, dans cette Chambre et ailleurs, ils déclarèrent que le parti libéral en avait assez et que jamais il ne reprerdrait de négociations avec les Etats-Unis au sujet de la réciprocité.

Et maintenant, monsieur le président, voyons ce que nous dit f’histoire de l'honorable député (M. Foster) sur cette question. Il sait, comme tout le monde, et sans doute il se rappelle très bien qu’en 1801 le Parlement fut dissous par le Gouvernement d'alors, Gouvernement dont mon honorable ami était membre, et que cette dissolution fut décidée dans le but de soumettre au peuple Canadien la doctrine de la réciprocité—non pas une réciprocité absolue comme le voulait le parti libéral, mais une réciprocité restreinte, un renouvellement du traité de 1854. Les conservateurs gagnèrent l’élection avec cette politique, et sitôt la victoire obtenue, mon honorable ami (M. Foster) et son gouvernement filèrent en droite ligne à Washington pour s’aboucher avec M. James G. Blain, qui était alors secrétaire d'Etat des Etats-Unis. Maïs cette excursion de mon honorable ami ne fut pas heureuse. Jules César avait dit: Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu; mais mon honorable ami (M. Foster) aurait ou dire après son voyage à Washington: Je suis venu, j'ai été vu et

je suis revenu. Ii a été introduit puis éconduit. L'année d’après cependant—nullement abattu, nullement découragé par l'accueil glacial de l’année précédente—l'’année d'après, dis-je, en 1892, l'honorable député fit à Washington un autre voyage, et, quoique reçu cette foislà avec plus de cordialité, il ne fut pas plus heureux. C'est alors, je suppose, comme mon honorable ami voudrait nous le faire croire, c’est après ce dernier voyage à Washington que le parti, que le Gouvernement conservateur aurait à jamais abandonné toute idée de réciprocité. C'est ce que je conteste,, et je vais faire voir à mon honorable ami (M. Foster) combien sa mémoire est infidèle. En 1894, Sir John Thompson, alors premier ministre, faisait dans cette enœæinte et du siège même que j'occupe en ce moment, la décaration suivante :

Je dois dire, monsieur le président, que des communications ont été indirectement faites au gouvernement des Etats-Unis ayant pour objet de lui faire savoir que le Canada serait heureux d'apprendre que le gouvernement des Etats-Unis désire qu’on veuille bien adopter des mesures propres à étendre les relations commerciales entre les deux pays et, de son côté, le Canada serait prêt à des concessions compatibles aussi avec le revenu nécessaire à l'administration du pays. Plus tard un agent de l’administration s’est rendu à Washington en vue de s'assurer si ce pouvait être le désir du gouvernement des Etats-Unis ou du comité qui, à la chambre des représentants, avait charge de cette matière d'entrer en communication avec le gouvernement canadien au sujet de concessions douanières de part et d'autre.

Souvenez-vous que c'était en 1894. Et mon honorable ami (M. Foster) a, lui aussi, adressé la parole au cours de ce débat. Soit dit en passant, ce qui avait donné occasion au débat, c’est que M. Charlton, homme marquant et membre du parti libéral, reprochait au parti et au gouvernement conservateurs de n'avoir pas été sincères dans les efforts qu’ils avaient faits pour obtenir la réciprocité. Une heure durant, l’honorable député (M. Foster) s’employa à convaincre la Chambre que M. Charlton avait été injuste à son égard, qu’il avait sincèrement désiré la réciprocité avec nos voisins et, sans pouvoir lire tout le discours, je puis, à juste titre, je crois, rappeler quelques phrases de sa péroraison:

Lorsque le peuple américain en viendra à considérer les articles du tarif que nous aurions fait adopter par cette Chambre, il s’apercevra que nous lui donnions de plus grands avantages sur notre marché qu'il ne nous en donnait sur le sien. Par conséquent, la réciprocité législative, en tant que le commerce est concerné. se manifeste dans les propositions. que le Gouvernement soumet aujourd’hui à la Chambre beaucoup plus que dans le projet de loi que l'on vient de présenter aux Etats-Unis et qui fait en ce moment l’objet des délibératiors du eongrès.

Vous voyez par ‘à. monsieur le président, combien infidèle est la mémoire de mon honorable ami (M. Foster). Il nous avait l'autre jour assuré que le parti conservateur avait en 1891 dit adieu à la réciprocité. Or, nous le trouvons en 1894 proposant à cette Chambre un projet de résolution où, pour me servir de ses propres mots, la réciprocité brille d'un vif éclat aux yeux du public amériain. Ensuite, et toujours en 1894, mon honorable ami (M. Foster) présente à la Chambre un projet de remaniement du tarif. J'ai ici cette loi intitulée: “La loi des douanes de 1894”.

Il est parfaitement vrai et je dois, en justice pour l'honorable député, reconnaître qu'il élimina de la dernière loi fiscale qu’il soumit à cette Chambre l’ancienne offre permanente de réciprocité datant de 1879; mais s’il mit au rancart l’ancien article de la loi de 1879 dont je viens de donner lecture à cette Chambre, il le reproduisit immédiatement sous une autre forme. L'article 7 de la loi de 1894 adoptée par le Gouvernement dont l'honorable député faisait partie contient cette disposition :

Les taxes douanières imposées par la présente loi sur le poisson et autres produits des pêcheries peuvent être dégrevées en ce qui concerne soit les Etats-Unis soit Terre-Neuve soit les deux pays, sur proclamation du Gouverneur en conseil, qui peut être publiée dès qu’il est convaincu que les gouvernements des Etats-Unis et de Terre-Neuve ou de l’un ou l'autre pays, ont apporté à leurs tarifs certaines modifications des taxes imposées sur les articles importés du Canada, en réduction ou en abrogation des droits en vigueur dans les deux pays respectivement,

Ainsi, il figure au tarif de 1804 une offre de réciprocité faite aux Etats-Unis pour le poisson et ses produits. Voici d'autres offres figurant dans la mème loi: l’article 8 porte que les oeufs bénéficieront de la franchise douanière ici, quand ils seront dégrevés de toute taxe aux Etats-Unis; l'article 10 décrète que les bardeaux et le bois de pulpe seront admis en franchise au Canada, quand ils entreront en

* franchise aux Etats-Unis; j'article II porte que les pommes vertes ou mûres, les fèves, le sarrazin, les pois, les pommes de terre, le seigle, la farine de seigle, le foin et autres végétaux bénéficieront de la franchise douanière au Canada, lorsqu'ils jouiront de l'exemption de droits aux Etats-Unis: l'article 12 porte que l'orge et le maïs jouiront de la franchise au Canada quand ils seront dégrevés aux Etats- Unis. Voilà comment l'honorable député repoussa la réciprocité en 1804. Tel est le statut de 1804: et en 1806, lorsque le gouvernement dont il faisait partie tomba du pouvoir, telle était la politique qu’il préconisait, de concert avec ses amis.

L'honorable député a bien voulu faire l'examen de notre carrière et il a affirmé qu'en 1897, à notre avènement au pouvoir, nous n'a-

La — nons pas encore abjuré l'ancienne hérésie de la réciprocité. Il n'y avait pas encore renoncé lui-même Mais quand il affirme qu'en 18g7 nous avions abandonné le système de la réciprocité, je m'inscris en faux contre cette assertion. En 1897, nous n'avons nullement mis au rançart notre système de réciprocité.

Nous nous adressâmes aux Etats-Unis, mais après avoir essuyé fes rebuffades, après avoir.constaté que nos avances n'avaient pas reçu l'accueil qu’elles méritaient à notre avis, nous crûmes que ce serait déroger à notre dignité nationale que de tenter de nouveaux efforts pour obtenir la réciprocité, et me faisant alors l'interprète du Gouvernement, voici ce que je déclarai: Nous n'avons nullement changé d'avis sur cette question ; nous sommes toujours convaincus qu'il y va de l'intérêt du pays d'obtenir la réciprocité; mais désormais nous ne ferons plus d'avances à nos voisins en vue d'obtenir cet avantage, et si jamais il nous est accordé il sera dü à l'initiative de nos voisins et non pas à la nôtre. Voilà l'explication de notre changement d’attitude ; il n’y & pas eu sacrifice de principe ou de système, mais tout simplement nous avons adopté une attitude que nous jugions plus conforme à la dignité du Canada.

Pourquoi rappeler ces faits? Est-ce tout simplement pour rappeler à l'honorable député que sa mémoire est infidèle? Non, mais c'est afin de lui prouver qu'en affirmant que nous n'avons pas reçu de mandat ; ‘1r engager des négociations avec nos voisins, il prend üne attitude qui ne repose sur aucune base. Il a aussi voulu prouver en citant un passage du discours que je prononçais à la dernière conférence impériale en 1907, que nous avions mis au rancart notre attitude au sujet de la réciprocité. Voici ce passage:

À un certæ#in moment nous voulions obtenir la réciprocité commerciale avec les Etats-Unis; mais nos efforts aboutirent à un résultat négatif et nos offres furent repoussées: aussi avons-nous fait notre deuil de ce commerce et maintenant tous nos espoirs reposent dans le commerce britannique.

De ces paroles, l'honorable député conclut que nous avons abandonné notre politique ; mais il ne m'a pas rendu justice en ne citant qu'un fragment de phrase. Il sait mieux que personne combien il est déloyal de citer un fragment de tout un passage et de se borner à cette citation. Je vais lire tout le passage en question et alors la Chambre pourra tirer elle-même ses conclusions. Voici les paroles que j'ai prononcées à la conférence:

Entre le tarif préférentiel et le tarif général nous avons maintenant un tarif intermédiaire. L'objectif visé par ce tarif intermédiaire est de pons permettre d'engager des négociations avec les atures pays en vue d’établir avec eux des conventions commerciales. On a supposé que ce tarif était dirigé contre nos voisins de la république américaine. Avec nos voisins, les Américains, nous ne serions que trop heureux de commerce sur un meilleur. pied qu'aujourd'hui. Nous sommes voisins, nous demeurons porte à porte, et à nombre d’égards nous pouvons être leur meïlleur marché, tout comme à nombre d’autres égards ils puvent constituer notre meilleur marché. Nous serions heureux de commercer avec eux, mais ça n’a jamais été notre intention, et nous n’avons pas pensé à cette époque que ce tarif dût s’appliquer aux Etats-Unis. A une certaine époque nous voulions la réciprocité avec nos voisins; mais nos efforts aboutirent à un résultat négatif et nos offres furent repoussées ; aussi bien avons-nous fait notre deuil de ce commerce et maintenant tous nos espoirs reposent sur le commerce britannique.

Les paroles que je prononçai devant cette conférence comportent donc un sens différent de celui que leur attribue l’honorabl: 4éputé. Au demeurant, l'attitude qu’il a prise dans cette circons.ance ne m'a nullement étonné. Voilà longtemps que nous siégeons ici. en face j'un de l’autre ; il me connaît et je le connais.

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