‹ La Reconnaissance du Gouvernement des SovietsChapitre 2 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'établissement de relations normales est-elle possible entre un Etat communiste et des Etats pour qui il n’est pas d'ordre social viable en dehors de celui qui repose sur les principes capitalistes ? Et, si rien, en fait, ne s'oppose à l'établissement de tels rapports, est-il de l'intérêt des Etats attachés au maintien de l’ordre traditionnel de chercher à collaborer pacifiqguement avec un ÆEitat mettant en pratique les théories collectivistes 2 Tel est Le problème que pose l'avènement des Soviets en Russie. Il en est peu qui ont suscité des polémiques aussi ardentes, des controverses aussi passionnées. La question des rapports entre Le Gouvernement bolchéviste et les autres . Puisances est toujours pendante. Hommes d'Etat, chefs de partis, juristes, historiens l’ont discutée à l’envi, tandis que les Gouvernements essayaient de la résoudre par des solutions, tantôt collectives, tantôt particulières, chacun selon son tempérament, sa doctrine, ses croyances, ses conceptions morales et sociales.

Décrire ces tentatives et ces cfforts, exsliues leur succès ou leur échec, déterminer, dans la succession des faits, ce qui revient aux hommes, aux idées, aux événements, définir, tant au point de vue politique que juridique, les situations respectives et en montrer les conséquences, tels sont les problèmes

que l’auteur de cette étude a entrepris de soulever, sans avoir la vanité de les résoudre. De l’ensemble des faits, quelque

confus et incohérents qu'ils apparaissent, se dégage un sentiment très net, celui que l’évolution qui a conduit le Gouvernement des Soviets au seuil du concert des peuples est marqué par un progrès continu : sans doute, cette évolution a été, tantôt lente, tantôt rapide, tantôt saccadée, mais, si elle a connu des temps d'arrêt, du moins, n’a-t-elle jamais connu de régressions.

En vérité, le temps a été le facteur essentiel de cette évo- . lution. Et ce n’est pas le côté le moins étrange de cette histoire que de voir les Puissances, aussi bien que les Soviets, persuadés que ce facteur favorisait exclusivement leurs propres desseins. Si les premières comptaient sur lui pour venir à bout d’un pouvoir tyrannique, dont l’économie purement destructrice finirait par rendre impossible sa durée, les seconds espéraient, de leur côté, que le temps aurait raison de l’obstination de leurs adversaires et qu’il finirait par lasser une volonté trop dispersée pour être énergique et constante. Les faits ont apporté la preuve que le calcul du Gouvernement bolchéviste était, le seul, fondé, mais, quelque importance qu’il faille attribuer à ce facteur, ce serait donner une impression inexacte des choses que de ne pas marquer ce que cette évolution doit personnellement aux fondateurs et aux chefs du régime soviétique : tendus vers leur unique fin, maintenant, malgré les échecs répétés, leur volonté intacte et ferme, ils firent montre, dans leurs efforts, d’un rare esprit de suite, dont la persislance est, pour beaucoup aussi, dans les succès qu’ils ont remportés.

Paris, 15 mars 1924.

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