‹ La reconstruction de l'EuropeChapitre 5 sur 18 · LA VISION D*UNE RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA VISION D*UNE RÉPUBLIQUE

ment dans ces îles, mais partoui dans le monde. » Et c*est la conviction des Dominions elles-mêmes. Au grand étonnement du monde, pas une n'a manqué à l'appel. Sir Clifford Sifton a dit dans un discours à Montréal :

<t Le Canada qui n'est lié ni par la constitution, ni par la loi, ni par Téquité ou par une obligation, a décidé de faire la guerre. Nous avons levé une armée. Nous avons envoyé à l'Angleterre la plus grande armée qui ait jamais traversé l'Atlantique, pour qu'elle prenne part aux batailles de l'Angleterre. Nous nous sommes mis en opposition avec de grandes puissances. En ce moment, nous entraînons et nous équipons une armée plus nombreuse que les forces réunies de Wellington et de Napoléon à la bataille de Waterloo. » L'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, rinde elle-même, ont volontairement répondu de la même manière. Mais elles ont fait cela non comme possessions impériales, mais en tant que nations virtuellement indépendantes, sûres d'elles-mêmes, confiantes dans leur avenir, et inspirées par la vision d'une union dans laquelle elles sont sûres d'être toujours des participants libres et indépendants. Des plus lointaines parties du monde ils se sont rassemblés « pour honorer leur lien volontaire, sans obéir à aucun calcul ; et les champs de leur dernier sacrifice où ils reposent dans une camaraderie trop étroite et une paix trop profonde pour être troublées, sont r image et le symbole de la cause pour laquelle ils sont tombés ».

Mais dans toute cette belle conscience de Tunité britannique il n'y a pas la plus légère nuance d'influence réellement impériale. Le Canadien et l'Australien ne désirent pas être considérés comme Anglais ; ils en seraient même quelquefois fâchés. Il y a entre eux des traditions communes ; mais ce ne sont pas simplement des traditions de race, de langage ou de religion. Ce sont surtout des traditions de liberté. Ce n'est pas l'état qui les retient ensemble ; c'est la conviction que tout ce qui rend l'état digne d'être sauvé c'est la protection qu'il offre à la liberté, la valeur qu'il donne à la vie individuelle.

Mais une pareille inspiration ne saurait jamais finir dans un nationalisme sombre et têtu. Elle ressent une parenté plus large et cherche à réaliser une association plus étendue. Elle donne une unité à la nation tout en aspirant vers les amitiés et les affinités internationales. Elle tend à établir la plus grande « Commonwealth » des nations. Elle aspire à une place dans un système. Et le même canadien qui disait que le Canada était prêt à prendre part aux batailles de l'Angleterre, disait au même moment : « Je vous dis que le Canada doit maintenant faire figure de nation.... Les nations vous diront que, si vous pouvez lever des armées pour faire la guerre, vous pouvez administrer vos propres afïaires et nous n'aurons pas à en référer à la tête de l'Empire ; nous désirons que vous répondiez directement à nos questions. »

Par la force de son propre et libre développement

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la démocratie doit devenir internationale. D'aucune autre manière elle ne peut réaliser sa propre sécurité ou atteindre son idéal, a II est nécessaire », dit un écrivain canadien, « de déclarer en toute hâte... que les raisons d'agrandissement national et d'inimitié nationale doivent être subordonnées au désir des avantages plus grands, conséquences de la paix et de la bonne volonté internationale. » Aussi jamais les colonies autonomes n'entreront dans une guerre au nom de l'Empire dans lequel elles n'ont pas une voix.

Le Haut- Commissaire de la Commonwealth australienne, M. Andrew Fischer, dit à son arrivée à Londres :

« Si j'étais resté en Ecosse, j'aurais pu harceler mon député sur des questions de politique impériale et voter pour ou contre lui sur ce terrain. J'allais en Australie et je devins premier ministre. Mais je n'eus jamais un mot à dire sur la politique impériale — pas le moindre mot. Aujourd'hui, cela ne peut continuer ainsi. Il doit y avoir un changement. »

En avril 1916, à la conférence des puissances de l'Entente tenue à Paris, le sentiment d'une république s'élargit, et cette réunion, a-t-on dit, prit la forme d'un « parlement législatif de France, Russie, Angleterre, Italie, Belgique, Serbie, Japon et Dominions anglaises autonomes ». La question discutée fut la solidarité financière pendant la guerre actuelle et même après. Une partie de l'exclusivisme qui se manifesta au cours de la conférence peut se dissiper, et sera en tout cas certainement diminué après la

guerre, mais il se pourra bien que, « si les accords faits à la suite de cet événement supportent l'épreuve du temps, ils nous débarrasseront de cet esprit d'opposition qui fait que des nations différentes ne peuvent agir en harmonie pour leur avantage mutuel dans des questions internationales ».

Trois de ces nations, TAngleterre, la France et la Russie doivent être dorénavant unies et liées comme on ne l'aurait jamais cru possible avant la guerre, par un nouveau sens de la valeur et de la signification de la démocratie. Elles conserveront des relations qui leur permettront après la guerre de cesser les armements excepté pour leur propre défense commune. Avec l'appui sincère d'autres nations pour des fins communes il n'y aura plus de place dans le monde pour un impérialisme économique dans sa forme existante. Il serait en vérité déplorable qu'une nouvelle réplique de l'impérialisme économique se manifestât plus tard, par une politique puissamment organisée de prohibition commerciale qui n'aurait d'autre résultat que de prolonger la lutte internationale sur le terrain économique. Mais un pareil projet ne paraît pas servir les intérêts les plus élevés de ces puissances. Lorsque cette question se posera au moment de la discussion des traités de paix, il est probable qu'elle sera heureusement écartée.

Si nous considérons son passé, il est impossible de décharger J'empire britannique du reproche d'impérialisme économique. Aucune nation n'a été plus

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constamment poussée que la Grande-Bretagne par l'esprit de commercialisme soutenu par la force militaire. La faute est franchement admise par ses propres historiens. Le professeur Ramsay Muir écrit :

« Ce motif fut présent dans beaucoup de nos guerres et il fut prédominant chez nous beaucoup plus peutêtre que chez d'autres peuples, depuis l'époque où nous combattîmes pour jeter à bas le monopole espagnol des tropiques de l'Ouest jusqu'au moment où nous déclarâmes deux guerres à la Chine simplement pour nous ouvrir les portes de ce vaste marché. »

Mais la Grande-Bretagne a appris la leçon de l'expérience. Il n'est pas juste de blâmer une nation progressive et libérale pour les actes du passé, alors que d'autres règles de conduite étaient généralement admises, et lorsque les rivalités nationales étaient rendues nécessaires par les conditions de l'époque. La question urgente est celle-ci : Ces conditions conti- \ nueront-elles toujours ? Aujourd'hui, la Grande-Bre- ; tagne répond : non. i

Le Gouvernement impérial allemand allègue qne dès avant 1914 il y avait une conspiration à la tète de laquelle se trouvait la Grande-Bretagne pour supprimer « la liberté de l'évolution nationale » de l'empire allemand et pour refuser de reconnaître « la liberté des mers ».

Que signifient donc cette « liberté de l'évolution nationale » et cette « liberté des mers » ?

Visant à deveoir une puissance mondiale, l'Aile-

magne a désiré d'avoir la liberté complète d'acquérir de nouveaux territoires dans toutes les parties du monde sans être soumise à l'opposition des autres puissances. Des portions de chaque continent sont indiquées sur la carte comme futures possessions allemandes. « L'Empire allemand », dit Franz von Liszt, « n'a pas encore acquis le titre de puissance mondiale, car il est loin d'être comparable à l'Angleterre et à la Russie, soit par le nombre des habitants ou par l'indépendance de sa vie économique. Encore moins l'Autriche-Hongrie peut-elle prétendre à ce titre. » « L'obtenir cependant est», pejise-t-il, « une légitime aspiration des empires centraux. Il se produira naturellement », admet-il, « une opposition de la part des autres pays ; mais le but est digne de l'eiffort. » « La suprématie du monde », dit-il, « appartient à la puissance qui par sa configuration géographique, l'étendue de son territoire et le chiffre de sa population, possède une complète indépendance économique. » Les Allemands réclament tout cela comme leur légitime héritage. Leur force, croient-ils, leur crée un droit. Ils se proclament eux-mêmes combattants pour la suprématie mondiale.

Et « la liberté des mers », que signifie-t-elle ? Elle signifie que le gouvernement impérial allemand la comprend comme le privilège non contrarié d'obtenir un empire colonial par les moyens de la puissance maritime.

Pour réaliser une pareille ambition aucun rival susceptible d'y mettre un obstacle ne doit être toléré.

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Parlant de la puissance maritime de l'Angleterre^ un écrivain allemand dit :

« La guerre entre elle et nous... tourne sur la maîtrise de la mer et les avantages sans prix qui en sont la conséquence. La coexistence de deux états, dont rêvent quelques utopistes, est réglée aussi définitivement que la coexistence de Rome et de Carthage. L'antagonisme entre l'Angleterre et l'Allemagne persistera donc jusqu'à ce que Tune des deux morde la poussière. »

C'est cette incessante provocation à la guerre et cette absence de disposition marquée à accepter les possibilités de paix qui ont rendu si difficile aux autres peuples la compréhension de l'esprit de l'Allemagne» qui ont empêché ceux qui désiraient être ses amis d'expliquer et de défendre l'attitude allemande envers les autres nations. L'empereur allemand lui-même n'a pas hésité à lancer le défi à toutes les puissances maritimes : « Je ne connaîtrai pas de repos », a-t-il dit, « avant d'avoir élevé ma marine à un niveau semblable à celui de mon armée. » Quant à la raison de cette détermination, il déclare franchement : « Les ambitions coloniales allemandes ne pourront se réaliser que le jour où l'Allemagne sera la maîtresse de l'Océan. »

Qu'avait donc fait l'Angleterre avant août 1914, pour mériter cette accusation d'irréconciliable hostilité ? Aucun signe d'un pareil antagonisme ne se manifestait en 1890 lorsque pour le protectorat de Zanzibar l'Angleterre rendit lile d'Héligoland à l'Allemagne;

OU en 1895 lorsque cette citadelle devint Feutrée fortifiée du canal de Kiel à son point terminus nord. Même lorsque la première loi d'accroissement naval fut mise en vigueur en 1900, le trouble ne fut pas grand en Angleterre. La première indication que les appréhensions anglaises étaient éveillées fut la cons- •-ruction par TAngleterre du premier dreadnought en 1905. Mais, même en 1907, TAllemagne se livrait à des professions de foi publiques sur la loyauté et générosité de sa rivale anglaise. « Partout dans le monde », dit un représentant du ministère des Affaires Étrangères impérial allemand, au mois d'août de cette année, à une délégation de journalistes anglais, « partout où la Grande-Bretagne a placé une contrée sous son influence, elle n'a jamais supprimé les relations commerciales avec les autres pays, comme bien des nations l'ont fait ailleurs à leur détriment. Vous avez toujours consacré vos énergies et vos peines à la mise en valeur des moyens de production du pays, le menant dans la voie de la civilisation et du progrès. Vous n'avez jamais exclu les autres pays des territoires placés sous le protectorat britannique ; vous leur avez au contraire permis de travailler près de vous. Votre politique est en train de célébrer maintenant un de ses plus grands triomphes en Egypte. »

L'été suivant se réunit la seconde conférence de La Haye. La Grande-Bretagne proposa la limitation des armements sur mer, ipais par déférence pour les désirs des délégués allemands la proposition fut for-

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mellement enterrée avec des honneurs funèbres rendus dans un esprit de considération amicale par le président russe de la conférence.

L'intérêt ardent provoqué dans les milieux militaires allemands par la construction des dirigeables Zeppelin en 1908 troubla sans aucun doute l'opinion anglaise, car c'était une invention qui, croyait-on en Allemagne, pourrait flotter triomphalement au-dessus de la flotte anglaise et réduire à merci les villes de la côte et Londres lui-même. Mais l'Angleterre, alors sous un gouvernement libéral, n'était pas disposée à la guerre. Elle renouvela la proposition d'un arrêt temporaire des constructions maritimes, appuyée par l'insistance des Etats-Unis. En 1914, un traité avait réglé à l'amiable l'affaire du chemin de fer de Bagdad. Même le 29 juillet 1914, trois jours avant la déclaration de guerre allemande, l'Angleterre était si loin d'être considérée en Allemagne comme la cheville ouvrière d'une conspiration que le gouvernement impérial allemand espérait obtenir la neutralité complète de la Grande-Bretagne dans la guerre qu'elle allait déclarer à la Russie et à la France, à la condition que l'Allemagne se contenterait de ne prendre à la France que ses colonies en respectant l'intégrité de son territoire sur le continent. Si grande était alors la confiance allemande dans le désir de paix de l'Angleterre qu'on pensait qu'elle consentirait passivement à la prise des colonies françaises par l'Allemagne sans même exiger un pourboire en compensation de son indulgence !

11 peut être utile de rappeler quelle était la situation lorsque l'empereur d'Allemagne déclara la guerre à la Russie le i®"" août 1914. Ecartant pour le moment de notre esprit toutes les questions concernant les causes profondes de la guerre, et sans essayer de porter un jugement sur aucune des éventualités qu'elle impliquait, fixons notre attention sur la situation militaire telle qu'elle se présentait ce jour fatal' où tout le mécanisme de l'Europe se brisa soudain.

Nous passons sur l'ultimatum à la Serbie, l'invasion autrichienne du territoire serbe et la résolution de la Russie de protéger le petit état slave ou tout au moins de ménager une occasion pour s'expliquer sur son cas considéré comme une question d'intérêt européen, ce qui aurait peut-être permis d'éviter un conflit armé. Le l*"" août, l'empereur d'Allemagne avait en main les documents suivants :

1*^ Un télégramme du tsar daté du 30 juillet disant : « Les mesures militaires qui sont maintenant en train de se réaliser ont été décidées il y a cinq jours pour des raisons défensives et à cause des préparatifs autrichiens. J'espère de tout mon cœur qu'elles n'apporteront aucun obstacle à votre rôle de médiateur que j'apprécie hautement. »

2° Une instruction télégraphique de sir Edward Grey, datée du 30 juillet, priant sir Edward Goschen, l'ambassadeur anglais à Berlin de dire au chancelier impérial allemand « très sérieusement » que « le seul moyen de maintenir les bons rapports entre l'Angle-

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terre et l'Allemagne, est qu'elles continuent à travailler de concert pour conserver la paix de l'Europe. Si nous réussissons à réaliser cet objet, les relations mutuelles de l'Allemagne et de l'Angleterre seront, je pense, ipso facto améliorées et fortifiées... Et je dirai ceci : si la paix de l'Europe peut être préservée, et la crise actuelle surmontée, je ferai tous mes efforts pour favoriser un arrangement dans lequel l'Allemagne serait partie contractante et qui lui donnerait l'assurance qu'aucune politique agressive ou hostile ne sera poursuivie contre elle ou contre ses alliés, par la France, la Russie et nous-même. »

3° Un télégramme, daté du 31 juillet, de M. Sazonoff, ministre russe des Affaires Etrangères disant: « Si l'Autriche est d'accord pour arrêter l'avance de ses troupes en territoire serbe ; si, reconnaissant que la dispute entre l'Autriche et la Serbie est devenue une question d'intérêt européen, elle est disposée à permettre aux grandes puissances d'examiner la question et de décider quelle satisfaction la Serbie pourrait offrir au gouvernement austro-hongrois sans porter atteinte à ses droits d'état souverain ou à son indépendance, la Russie continuera à garder son attitude d'expectative. »

4" Un télégramme du 31 juillet de sir Edward Grey, disant : « Si l'Allemagne pouvait faire une proposition raisonnable prouvant clairement que l'Allemagne et l'Autriche travaillent à préserver la paix européenne et que la Russie et la France soient assez déraisonnables pour la rejeter, je l'appuierai

à Saint-Pétersbourg et à Paris el je vais jusqu'à dire que, si la Russie et la France ne l'acceptaient pas, le gouvernement de Sa Majesté serait obligé de se désin* téresser des conséquences. »

5° Un télégramme du comte Berchtold, ministre des Affaires Étrangères d'Autriche-Hongrie à toutes les ambassades et légations austro-hongroises, daté du 31 juillet, disant : « Des négociations au sujet de la situation sont en cours entre les cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg et nous espérons encore qu'elles pourront mener à un arrangement général. »

Sur ces entrefaites, le l"*" août, l'empereur d'Allemagne n'ayant pas reçu de réponse à sa demande à la Russie que la démobilisation cessât dans les douze heures, déclara la guerre à la Russie, entraînant ainsi automatiquement la France alliée de la Russie, bien qu'il sût que la France ne désirait pas la guerre. La seule raison donnée pour cet acte fut que la Russie n'avait pas à ce moment cessé la mobilisation de son armée pour défendre la Serbie contre l'attaque autrichienne, aucun conflit direct n'existant entre la Russie et l'Allemagne. Combien était injuste l'ultimatum envoyé la veille à la Russie, cela est démontré par le télégramme de l'empereur d'Allemagne au roi George le !*■* août, le jour où il déclara la guerre à la Russie. Le télégramme fut envoyé sous l'impression, qui se trouva d'ailleurs fausse, que la Grande- Bretagne était prête à garantir la neutralité de la France. Mais l'empereur allemand déclara qu'il était « trop tard » pour arrêter a mobilisation com-

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mencée ce jour là ! Le télégramme dit : « Je viens de recevoir la communication de votre gouvernement offrant la neutralité française sous la garantie de la Grande-Bretagne. A cette offre était jointe la question, si dans ces conditions l'Allemagne s'abstiendrait d'attaquer la France. Pour des raisons techniques la mobilisation que j'ai déjà ordonnée cet après-midi sur les deux fronts — est et ouest — doit continuer selon le programme prévu. Un contreordre ne peut pas être donné, votre télégramme étant malheureusement arrivé trop tard. Mais si la France m'offre sa neutralité qui doit être garantie par l'armée f / et la flotte anglaises, j'abandonnerai naturellement l'idée d'une attaque contre la France et j'emploierai mes troupes ailleurs. J'espère que la France ne sera pas nerveuse. Mes troupes à la frontière française sont en ce moment retenues par télégraphe et par téléphone. — William. »

Aucune de ces nations, déclare-t-on, ne désirait une guerre générale qui cependant éclata comme une nécessité militaire ! « J'espère que la France ne sera pas nerveuse. »

« Les troupes à la frontière française sont en ce moment retenues par télégraphe et téléphone. » Et, d'après Berlin, la mobilisation n'avait pas été ordonnée avant 5 heures de l'après-midi le même jour !

Quelle lumière crue est jetée, par ce dernier télégramme sur le mécanisme de destruction si laborieusement préparé ! Un seul homme en Europe pouvait arrêter la guerre et il est pris dans l'engre-

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nage fatal de sa propre machinerie. Pour des raisons techniques, un télégramme arrivé trop tard, les troupes allemandes retenues à la frontière française par télégraphe et par téléphone — j'espère que la France ne sera pas nerveuse ! Mais pourquoi cette sollicitude pour les nerfs de la France ? L'Allemagne était-elle nerveuse, elle aussi?

Je n'accuse personne. Ce que je veux mettre en lumière, c'est que le mécanisme destiné à conserver la paix n'avait pas été suffisamment organisé, pendant que le mécanisme de guerre se montrait tellement efficace qu'il était devenu virtuellement incontrôlable. Personne, nous assure-t-on, ne désirait la guerre. Tous voulaient la paix. La Serbie demandait justice. L'Autriche aussi, dit-on.

Mais l'Europe n'avait rien prévu pour que justice fût rendue à un petit état.

Le moment est venu pour l'Europe d'affirmer de nouveau son unité morale et d'en finir avec le tribalisme. Tout le mécanisme de coopération internationale existe déjà et n'a besoin que d'être adapté aux fins de la paix. Les chemins de fer et les paquebots qui ont facilité la mobilisation des troupes et des munitions de guerre, les lignes télégraphiques qui ont transmis les ordres mettant de grandes armées en mouvement, les vastes usines qui ont forgé les instruments de destruction, sont toujours là, attendant de transporter des marchandises, de communiquer des messages et de produire les commodités de la paix. La seule chose qui fasse défaut, c'est l'organisation

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effective de la justice internationale. Qu'on se mette une fois d'accord que chaque peuple sera assuré de sa liberté et de son indépendance et que les natioDS peuvent être aussi certaines de la justice que les individus le sont dans un état bien organisé et la transformation sera bientôt accomplie.

Dépendant, comme elle le fait, de la bonne foi, cette régénération est essentiellement une évolution intérieure dans les esprits et les cœurs des états. Elle ne peut être imposée au dehors, ni imposée par une nation à une autre. Elle ne peut être effectuée par la lutte. Elle ne se présentera jamais comme un acte spontané des gouvernements. Cela doit venir de la détermination accablante des peuples de nombreuses nations, qu'il en soit ainsi.

Le véritable moment d'épreuve de la démocratie sera le moment de la victoire ; car il y aura une victoire mais une victoire qui ne sera pas une conquête. S'il est fait droit dans cette guerre aux revendications de la démocratie, on verra la défense du peuple conquis contre son vainqueur et la protestation contre l'épreuve de la bataille élevées au rang de facteurs décisifs du sort des nations. Intervertir les rôles signifierait abandonner la cause. S'il doit y avoir une république des nations, les puissances centrales n'en doivent pas être exclues, sauf si elles l'exigent. L'article premier d'un traité de paix devrait être renonciation des principes pour lesquels nous nous battons maintenant dans cette guerre «t l'établissement d'une commonwealth basée sur eux. Le respect des traités.

les droits dçs petits états, l'empire de la loi, l'abandon des conquêtes, le droit des peuples de choisir chacun leur affiliation, l'extinction ultime du militarisme comme système, la soumission des différends internationaux à un tribunal compétent, la responsabilité des états envers la société des états, tels sont les termes essentiels d'un traité de paix durable. Si cela peut être réalisé, il y aura vraiment une Europe nouvelle.

Une nation doit-elle attendre d'être vaincue avant d'accepter une pareille paix ? N'est-ce pas la seule paix dans laquelle chaque nation puisse placer toute sa confiance ? Contre toute autre paix le vaincu serait en état de perpétuelle révolte. Mais dans une telle paix tous les hommes en même temps qu'ils éprouveraient le réconfort de leur propre sens de la justice assureraient la réalisation de leurs plus hauts idéals. Ce serait pour tous les peuples de l'Europe comme une proclamation d'émancipation. Avec cette paix viendraient et la joie de la liberté et le sentiment de la sécurité et la marée de l'humaine solidarité. En l'honneur d'une telle paix, la grande armée des morts pourrait se réjouir sous la terre et au fond des mers s'ils pouvaient connaître qu'ils l'ont payée de leurs vies.

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