Conceptions religieuses modernes
Le peuple israélite occupe une place exceptionnelle parmi tous les peuples de la terre. Si Hellas détermina l'art et Rome le droit, c'est aux idées de ce peuple qu'on doit l'idée si importante de l'humanité moderne, la religion.
Je ce sais pas jusqu'à quel point la religion israélite remplit encore aujourd'hui la législation de Moïse. Mais il est démontré par différents passages du Talmud, que les écrits juifs d'une époque plus récente, considéraient la négligence des lois agraires comme un des plus grands péchés. Ainsi par exemple, ce passage du Mischna (Aboth,5-9) : « Le bannissement, punition divine^ frappe les hommes pour les péchés d'idolâtrie, d'inceste, de meurtre et pour la négligence des lois commandant de laisser le pays en jachères ». Les suites d'une pareille conception sont faciles à prévoir.
Et le christianisme ? Christ lui-même dit : « Je ne suis pas venu pour abroger les lois et les prophètes, mais pour les accomplir ». 11 y a des théologiens éminents qui ont la conviction que l'accomplissement des principes delà réforme agraire est un devoir du chrétien. Le fameux pasteur Kollmann-x\tzendorf, dans son écrit : Le Christianisme et V Economie de r Avenir, dit en se basant sur les paroles de l'Ecriture : « Ne vous oc-
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cupez point et ne dites point : Que mangeronsnous, que boirons-nous, avec quoi nous vêtironsnous ? Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice^ le reste viendra. » Cherchez la justice du royaume de Dieu et non sa compassion, son amour — sa justice, principe fondamental de toute saine institution économique dans laquelle nul n'a besoin de laisser périr son corps et son âme dans la misère et les tourments, pour avoir de quoi manger et se vêtir. Hollmann reproduit dans son sermon quelques lignes d'Adolphe Wagner, le célèbre économiste allemand : « Il ya des gens qui gagnent chaque année un demi-million par des spéculations foncières. Ce sont les locataires, les commerçants et les artisans qui en font les frais; c'est une exploitation. Tons les partis devraient s'unir là-contre et, ajoute Hollmann, « en tout cas, tous ceux qui veulent l'accomplissement de la justice du règne de Dieu sur la terre )>.
Dans l'église catholique, nous trouvons aussi des voix semblables en nombre toujours plus croissant. Les discours et les écrits de MacGlynn, le vaillant prêtre de New^-York, sont inséparables de l'œuvre capitale de Henry George.
Le docteur Thomas Nulty, évêque de Meath, en Irlande, a adressé une lettre aux ecclésiastiques et aux laïques de son diocèse, dans laquelle il examine brièvement, mais clairement et avec vigueur, les vérités morales fondamentales de la ré-
forme agraire, considérée au point do vue religieux. On lit dans cette lettre :
« Cette grande vérité sociale économique (la réforme agraire) me parait être d'une importance incalculable et il est heureux qu'elle repose sur les principes les plus stricts de la justice et ne soit obscurcie ni par Tombre d'une incertitude ou d'un doute. Jl émane un charme spécial, une beauté particulière de la manière dont elle découvre la sagesse et la bonté de la Providence, la sollicitude admirable qu'y montre le Créateur pour la satisfaction des désirs et des besoins de notre existence sociale. Une grande propriété commune, une grande fortune nationale, est placée sous le contrôle et à la disposition de la collectivité. Elle peut puiser abondamment à cette source pour parer aux dépenses que nécessitent le gouvernement, la justice, l'éducation de la jeunesse et elle permet d'entretenir les pauvres. Une particularité singulière de cette propriété, c'est que sa valeur n'est pas stable. Elle hausse et croît en raison de l'accroissement de la population.
« Les mêmes causes multipliant les exigences faites à la valeur foncière pour remplir un but utile à tous, accroissent sa fortune dans les mêmes proportions, pour i)ouvoir satisf.iire à ces mêmes exigences. «
Il reste donc acquis que toute occupation sérieuse avec la législation de Moïse, dans laquelle les trois religions universelles : le Christianisme,
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le Judaïsme et l'Islamisme voient Tintei-prète du Tout-Puissant, conduit à la conviction que l'accaparement du sol n'est pas considéré avec moins de sévérité que le iTieurtre, le pillage et le blasphème. On y retrouve les mêmes promesses et les mêmes punitions.
En luttant pour obtenir des réformes, pour rendre possible (( que notre peuple demeure avec sécurité dans le pays que le Seigneur lui a donné)), nous avons le droit de nous considérer comme les représentants des plus hautes lois morales.