La Réforme agraire dans l'Attiqiie
Approchons-nous de; rAtti([ue, et écoutons les descriptions (pii nous sont faites sur les condi-
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tions sociales de l'année 650 (av. J.-C). On y dépeint ainsi les nobles : « Ils s'avancent sur de hauts souliers, enveloppés de vêtements de pourpre ; ils répandent autour d'eux les parfums d'onguents recherchés ; des bracelets d'or ornent leurs bras et leurs cheveux sont emprisonnés dans des réseaux d'or. »
On crairait voir un tableau de la cour française avant la grande révolution : les dames sur de hauts talons, drapées dans de brillants vêtements de pourpre, leurs cheveux serrés dans des boucles d'or. Et le contraste, autrefois comme aujourd'hui, est toujours le même : le peuple, toujours plus appauvri, toujours plus désespéré.
Dans un de ses chants, Solon se lamente ainsi : «Le pays était en servitude. L'arbitraire et le droit du plus fort en ont courbé plus d'un sous le joug honteux de l'esclavage. Plus d'un, d'humeur chagrine, s'est soustrait à la contrainte poui- dettes et erre de pays en pays, oubliant même les sons de sa langue maternelle, loin des siens ».
Les riches avaient non seulement la puissance que donne l'argent, mais encore c'est parmi eux que se recrutaient les prêtres interprétant la volonté des dieux. Parmi eux aussi se recrutaient les juges, jugeant d'après leur conception d'aristocrates. Alors, le peuple demanda des lois écrites, écartant ainsi l'arbitraire Les riches cédèrent et engagèrent Dracon, un des leurs, à élaborer une
loi écrite. La chose est restée proverbiale jusqu'à nos jours. La loi étaH écrite avec du sang. Quiconque, par exemple, arracherait un fruit sur Tarbre d'un autre serait puni de mort,
Athènes était au bord de Tabîme. Les forces de TEtat étaient épuisées à un tel point, que même la petite Salamine ne put être soumise. Des tyrans étrangers pensent alors à établir leur souveraineté à Athènes ; mais au moment le plus critique, vers l'an 590, le peuple et la noblesse se décident à remettre le remaniement des affaires entre les mains du plus populaire d'entre les aristocrates, Solon.
Solon conduisit la réforme agraire avec prudence, mais non sans énergie. 11 fallait tout d'abord racheter, des deniers publics, tous les citoj'ens qui avaient été conduits en esclavage, à cause de leurs dettes. Puis il fit abroger toutes les dettes hypothécaires. ^iQuelques historiens estiment qu'il n'a fait qu'alléger le payement de la dette du 27-30 p. 100 de la somme due, par une espèce de réforme monétaire ; mais d'autres, et des plus modernes, sont d'avis qu'il a aboli les dettes hypothécaires et que, d'autre part, cette réforme monétaire a servi à l'allégement des dettes personnelles. De son propre témoignage ressort clairement le payement intégral de la dette. Dans un de ses chants, il prend la terre à témoin comme quoi elle a été déliviée du fardeau abhorré des pierres hypothécaires.
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Les réformistes ao'raires modernes font les plus grands elï"(>rts pour arriver à ce même résultat, mais en faisant passer le crédit immobilier entre les mains de la collectivité. Cette suppression des dettes eut des conséquences fort sensibles et Solon lui même perdit, de ce fait, 5 talents (environ 38.000 francs). Pour la propriété privée du sol, on établit une limite que personne ne pouvait dépasser. Le droit des créanciers hypothécaires, considérant la personne du débiteur, ainsi que sa famille, comme gages, fut aboli. Aucun citoyen ne pouvait plus être vendu en servitude pour cause de dettes. Ce que Solon a fait pour les pauvres métayers ne nous est pas connu. Nous savons très peu de choses sur la Seisachthéia, comme on nomme la partie de sa législation traitant de la réforme agraire. Nous ne savons pas la grandeur admise pour la propriété du sol. Nous ne savons pas ce qu'il advint du terrain que les particuliers possédaient en dehors de cette mesure permise parla loi.
Enfin, Solon introduisit une chose qui rappelle notre « Single tax » plus encore Tordre féodal du moj'en âge, décidant, au sujet de Tinféodation du sol, de la mesure des devoirs que le particulier avait à remplir au bénéfice de la collectivité.
Solon divisa le peuple, d'après le revenu de la propriété foncière, en quatre classes. Ceux qui récoltaient 500 boisseaux d'orge par année ou
une mesure équivalente de vin et d'huile, appartenaient à la première classe, qui devait agréer les vaisseaux de guerre. La deuxième classe comprenait ceux qui récoltaient de 300 à 500 boisseaux. Cette classe devait tenir prêts, en permanence, des chevaux de combats et des équipements de chevaliers. C'était elle qui faisait le service de la cavalerie.
La troisième classe comprenait ceux qui récoltaient de 150 à 300 boisseaux. Ils formaient la classe des hoplites, guerriers à pied, lourdement armés, le noyau des armées hellènes.
Ceux qui récoltaient moins de 150 boisseaux formaient la quatrième classe. Ce sont ceux qui faisaient le service comme matelots et soldats légèrement équipés, en cas de guerre. Ce service de guerre était la seule obligation imposée par l'Etat à ses citoyens. Un impôt, d'après notre manière de voir, n'existait pas. L'Etat se contentait du rendement des domaines, des amendes judiciaires, des droits de douanes. Les postes de fonctionnaires étaient tous honorifiques, en sorte que l'Etat hellénique n'avait pas de traitement à payer. Ce n'est qu'en cas de guerre, ou dans des cas exceptionnels, (pi'on percevait un impôt. Alors, la première classe devait payer l'intérêt de toute la fortune, la deuxième l'intérêt des cin([ sixièmes de la fortune, la troisièuie l'intérêt des ciufj neuvièmes e* la ([uatrièun? classe était exemptée.
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La législation de Soloii même fait du sol la seule propriété complète. La propriété foncière seule établissait le rôle de chaque citoyen dans l'Etat. Mais quelle que soit l'amélioration que cette législation ait apportée, elle ne réalisait cependant pas toutes les espérances des pauvres, de ceux en général qui étaient restés dépossédés de terre pendant la période de décadence.
Pisistrate, habile et vaillant gentilhomme, se mit alors à la tête des mécontents. C'était un parent de Solon ; il lui avait aidé à accomplir son œuvre, mais Solon, trouvant qu'il dépassait le but dans les conseils qu'il lui donnait, les repoussa. Alors, avec Taide des pauvres paysans des montagnes, les Diacriens, Pisistrate réussit à établir sa souveraineté à Athènes.
Pisistrate n'était pas sévère et la noblesse parvint à le chasser deux fois. Mais le peuple de la ville et de la campagne lui rendit, chaque fois, le pouvoir. Il profita de chaque occasion pour faire faire un pas de plus à la réforme agraire de Solon, en partageant entre les adhérents pauvres les biens des adversaires tombés dans le combat ou envoyés en exil.
Il déclara les mines d'argent de la Laurie propi-iétés de l'Etat et gagna ainsi une source toujours plus grande de revenus pour la collectivité. 11 décida (jue chaque fois qu'un inipùt devait être prélevé, la vingtième partie du produit de chaque champ, de chaque propriété, serait versée comme
impôt foncier ; cette taxe pesait naturellement plus lourdement sur les gros propriétaires fonciers que sur les petits paysans. Pisistrate se maintint au pouvoir jusqu'à sa mort. De ses deux fils, l'iiU fut assassiné, l'autre chassé. La noblesse réintégra le pays et de ses rangs les plus nobles, celui des Alkméonides, sortit Cleisthènes qui développa la législation de Solon dans le sens démocratique en limitant le droit de vote des gros propriétaires fonciers, puis renforça la jeune démocratie. Lorsque les aristocrates appelèrent à leur aide des troupes étrangères, de Sparte et d'Eubée, pour s'opposer à ces réformes, le jeune parti démocratique leur tint tête. Il fut victorieux et le dernier pas de la réforme agraire fut franchi. La vaste et riche plaine d'Eubée fut divisée en 4,U00 lots de terrain qui furent partagés entre les manœuvres et les petits paysans. On leur avança de l'argent de la caisse de l'Etat (comme cela s'était déjà fait dans des cas semblables du temps de Pisistrate), afin de leur aider à établir leurs fermes. Le droit de citoyen de TAttique fut garanti à ces 4.000 nouveaux paysans, quoiqu'ils aient quitté le territoire proprement dit de l'Attique. Si l'on considère qu'Athènes, même à l'apogée de sa grandeur, n'a jamais possédé plus de 20.000 familles libres, on peut comprendre l'importance de ces d(;rnièros mesures de réforme créant d'un seul coup une propriété du sol suffisante pour 4.000 familles. La réforme agraire dans l'Attique prit
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fin avec ces dernières mesures. Il est évident qu'elle était et resta incomplète. Aucune loi agraire ne garantissait contre le rétablissement des pierres hypothécaires ainsi que contre Tenvoi en servitude des nouveaux paysans ayant conti'acté des dettes. Mais pour le moment la réforme agraire était chose acquise.
Ses effets devaient bientôt se faire sentir. A peine une génération était-elle écoulée, qu'eut lieu cet assaut de TOrient, menaçant de détruire la civilisation occidentale. Nous savons tous ce qu'Athènes accomplit dans ses combats contre les Perses. Le même Etat qui, au temps de ses dissensions et de ses mauvaises conditions sociales, avait été incapable de soumettre la petite Salamine, leva une armée d'Hoplites composée de paysans libres et de citadins contre laquelle se brisa Tarmée perse à Marathon et dont la flotte, près de Salamine, sauva la liberté hellène. Quant à ce qu'a donné cette époque dans le domaine de la philosophie, des arts plastiques, de la poésie, le terme « Siècle de Periclès » l'indique suffisamment.