Luttes vaines
Les premières luttes intestines de la vieille Rome, du moins celles que nous connaissons avec certitude, par l'histoire, sont déjà des luttes concernant la distribution du sol. Vers Tan 500, lorsque les rois eurent été chassés, l'antagonisme entre patriciens et plébéiens nous apparaît déjà comme une lutte entre deux forces sociales différentes. D'après les lois de l'antiquité, le sol acquis par la force des armes appartenait à toute la communauté. Or, les patriciens, qui étaient en petit nombre, revendiquaient pour eux l'utilisation de ce sol, champs et pâturages. Ils se pargèrent entre eux les domaines de l'Etat moyennant un petit fermage, qu'on oublia bientôt de payer. Chaque guerre augmente le nombre des esclaves au service des patriciens. Le petit paysan libre n'est naturellement pas de force à lutter contre une si vaste exploitation. Pour remplir ses
devoirs de soldat, il faut qu'il quitte ses champs. Les esclaves étant libérés des devoirs militaires, il est naturel que leur travail est meilleur marché que celui de l'homme libre ; il n'est pas étonnant que les petits propriétaires fonciers s'endettent, grâce encore à Fintérêt élevé qu'ils ont à payer. L'Etat romain est encore très peu étendu, à peine est-il aussi grand que le canton d'Argovie. Aussi fut-il menacé d'une grande perte d'hommes, lorsqu'en 595 une partie de l'armée formée par les Plébéiens se retira sur la* montagne sacrée pour y former une nouvelle commune, ayant les mêmes droits au sol.
Il s'ensuit l'intervention bien connue du rusé Agrippa, qui raconte la très ancienne fable philosophique de l'estomac et des membres. Une réconciliation a lieu, adoucissant la servitude pour dettes et donnant au peuple, avant tout, le tribunat comme gage de sa sécurité. Les tribuns populaires, bientôt au nombre de dix, sont inviolables. Ils peuvent protéger chaque citoyen contre toute injustice des fonctionnaires. Leur opposition enraye tout arrêté du Sénat, tout acte d'administration et de juridiction. Dans cette organisation le poste était donné pour tout homme voulant désormais servir la cause du peuple.
Mais le délai momentané accordé aux débiteurs pour le payement de leurs dettes, ainsi que l'organisation du tribunat, étaient insuflisaiits pour assurer, d'une manière durable, la ])aix sociale; et