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LE PROBLEME O

L'heure n'est pas très matinale, si vous voulez ; mais à minuit, la pauvrette était encore sur pied. Huit heures, la voilà dans la rue, nu tête, se rendant à l'atelier de couture, où elle passera dix ou douze heures. Le soir, rentrée chez elle, elle reprend son dé. Comme elle travaille consciencieusement, les voisins lui confient de menus travaux. Ce sont ses grands profits. Ils s'élèvent jusqu'à 14 francs, après six ou sept nuits d'acharné labeur. Rarement elle se permet quelques heures de loisir. A ses camarades qui viennent la chercher le dimanche, sa mère, qui fait des ménages, répond invariablement : « Elle n'a pas le temps, il faut qu'elle travaille, »

Passons sur l'angoissante question du chômage et sur celle de la misère frappant tous ceux qui sont devenus incapables de travailler. Passons aussi sur l'alcoolisme dans lequel trop souvent l'ouvrier cherche l'oubli de ses maux.

Que de fois ne lit- on dans son journal du matin, sans même y faire attention, tellement on y est habitué, qu'une famille entière s'est suicidée parce que ses ressources étaient totalement taries.

En présence de ces faits et de ces chiffres, les panégériques de notre civilisation ne ressemblent-ils pas à des persiflages'?

Et même ceux — relativement rares — qui gagnent plus que le coût de leur vie, sont dans l'étau de la misère générale. La pauvreté qui les

entoure est un stimulant perpétuel de gagner de l'argent, encore de l'argent et toujours de l'argent, pour eux et leur famille. Malheur à ceux qui perdent leur place : la fierté de l'homme, l'honneur de la femme, le bonheur des enfants — tout sera perdu.

La pauvreté des masses, de même que la crainte de la misère, ne laissent guère place aux tâches élevées de la civilisation. Les poètes et les peintres, les sculpteurs et les musiciens se plaignent. Qui donc dans notre époque de lutte acharnée et perpétuelle pour l'existence, a encore le temps pour s'intéresser à l'art pur. Les quelques fortunés qui assistent aux premières, et qui quelquefois achètent ou commancient des œuvres d'art, ne peuvent remplacer un peuple à sentiment artistique développé. Et encore, trop souvent ceux qui ont lutté pour leur position sociale ou ceux •qui, sans travailler, ont hérité ou gagné la richesse, ne demandent à Fart qu'un excitant ou qu'un passe-temps au lieu d'une sensation profonde et noble. Le grand, le beau et le vrai, dépendent en dernière analyse de l'assainissement social.

On connaît le mythe grec du sphynx : Il était placé sur la route vers la brillante Thèbes. Celui qui voulait passer devait résoudre l'énigme donnée par le sphynx. Quiconque n'en trouvait pas la solution était précipité dans l'abime. Ainsi le problème social est posé à chaque nation. La

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