‹ La réforme agraire, contributions théoriques et historiquesChapitre 6 sur 56 · etc · texte numérisé non relu

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Les moyens de subsistance, au contraire, n'augmentent qu'en proportion arithmétique : 1 : 2 : 3 : 4 : 5 : 6 : etc.

Comme preuve, jNIalthus citait le développement des colonies dans TAmérique du Nord, dont il ne possédait que des chiffres très incomplets. Quel procédé peu sérieux que de proclamer de telles formules mathématiques, parce que les

deux ou trois premiers chiffres de quelques séries de faits coïncidaient à peu près !

La queue d'un chien pousse plus vite dans le commencement que plus tard. Si nous admettons que les proportions de croissance delà queue continuent pendant la vie du chien, nous arriverions au résultat «scientifique» qu'un chien pesant 50 livres devrait avoir une queue d'environ un kilomètre et demi.

La science devrait se croire obligée de trouver des moyens pour obvier à cette « surcaudation » par des bandages et des opérations.

Un enfant pesant 10 livres lors de sa naissance, en pèse 20 huit mois plus tard ; dans des délais de huit mois, le poids d'un enfant augmente donc en proportion géométrique. Agé de trente ans, l'enfant ne pèsera pas moins de 175.000.000.000 quintaux.

Le peu de sérieux de ces prophéties est bien démontré par le fait suivant : Vers 1680, vivait Grégoire King, un économiste anglais aussi célèbre qu'éminent. Malheureusement, le problème de la surpopulation lui causait aussi de graves soucis, vu que la population de l'Angleterre comptait alors cinq millions et demi d'àmes. Alors il calculait qu'en l'an 3500, la population, si elle croissait sans empêchements, aurait atteint le chiffre colossal de vingt-deux millions — maximum qui pourrait encore subvenir à ses besoins. Nous sommes encore assez éloignés de l'an 3500,

la Grande-Bretagne nourrit déjà quarante millions d'habitants et la fin promise n'est pas encore arrivée.

Les fameuses séries de Malthus, dont il maintenait le sérieux, ne possèdent pas la moindre valeur. Aussi, les adhérents les plus illustres de sa doctrine, ainsi John Stuart Mill, n'ont pu s'empêcher d'en parler comme d'un « essai malheureux. ))

Mais la majorité des économistes de nos jours défend encore l'essence même de la théorie de la surpopulation. Ainsi Cossa dit que la doctrine de Malthus « résiste encore victorieusement aux objections >y.

La nature, ou Dieu a, pour ainsi dire, mis un certain nombre de couverts au banquet de la vie. Mais ce nombre est insuffisant. Journellement, arrivent plus de personnes qui demandent des places — sans en trouver. « Va-t-en et meurs ! dit la nature ou Dieu, tu es de trop » et la misère, et le crime, et le vice, et la guerre, et la maladie, se chargent de l'exécution de cet ordre terrible.

Il faut convenir que la théorie de Malthus compte beaucoup d'adhérents. Elle forme la base des pensées économiques de la grande majorité des hommes, même de ceux qui n'ont jamais entendu le nom de son auteur.

L'ouvrier demande du travail ; partout c'est la même réponse : « Les places sont toutes occu-

pées ; cherche plus loin ! » Et l'ouvrier soupire : il y a trop d'hommes sur la terre. Les artisans, les commerçants, les employés, vo3^ant leurs concurrents qui menacent de les remplacer, eux aussi disent : il y a trop d'hommes sur la terre !

Les riches et les puissants à leur tour, sont heureux de cette doctrine — elle enlève toute culpahilité à ceux qu'on accuse fréquemment d'être la cause du mal social. A quoi bon des remords et des accusations de soi-même ? Malthus n'a-t-il pas prouvé « scientifiquement » que le plan de la création prévoit la misère et le vice comme des facteurs inévitables, voir nécessaires. Alors, toute réforme qui excède l'aumône n'est qu'une folie. Les hommes augmenteraient de nouveau plus vite que les moyens de subsistance et rien ne serait changé. C'est l'ordre de la nature; l'équilibre ne peut être maintenu que si des centaines et des milliers d'hommes, les surnuméraires, disparaissent par la faim et par l'inconduite — nous devons être contents de maintenir notre place au festin et veiller à ne pas être entraînés dans le nombre de ces hommes trop nombreux.

La dernière génération a même assisté à une recrudescence du malthusianisme, grâce à une fausse interprétation de la doctrine de Darwin. Ce savant lui-même n'y est pas entièrement étranger, mais ce sontTjuelques-uns de ses disciples qui ont appliqué fie malthusiano-darwinisme envisageant le règne végétal et animal, à la vie

et aux luttes économiques de rhumanité, sans se rendre compte que pour les hommes, bien plus encore que pour les animaux, l'appui mutuel, en outre des institutions existantes, nepermettent guère de parler encore de la survivance de l'individu le mieux adapté, du plus fort et du meilleur.

Examinons brièvement la doctrine de Malthus à la lumière de l'expérience. La terre, vieille de milliers d'années, n'est habitée, en moyenne, que d'une population très clairsemée. En entendant parler de l'augmentation rapide des peuples modernes, nous oublions trop facilement que l'histoire nous fournit maint exemple de population diminuantes. L'Italie, la Grèce, l'Asie mineure, la Palestine, la Babylonie, la Perse, l'Egypte, l'Afrique septentrionale, toutes ont nourri dans l'antiquité bien plus d'hommes qu'aujourd'hui. Les forêts vierges de l'Amérique, les steppes inhabitées des plateaux de l'Asie centrale, contiennent des ruines, témoins des populations denses et civilisées qui y demeuraient. La population du Pérou, lors de l'invasion espagnole, était à peu près aussi nombreuse que celle de toute l'Amérique du Sud de nos jours.

Des familles entières ont disparu sans violence, sans misère, sans trop grands vices : mainte famille aristocratique en fait foi.

L'Irlande, vers 1720, comptait environ deux millions d'habitants. La situation économique des Irlandais était terrible : tout le monde en accusait

la surpopulation. Le satirique Swift proposa de couper le mal par la racine, et d'éliminer la cause de cette misère, en important en Angleterre, comme morceaux de choix, des nourrissons rôtis, et de supprimer ainsi annuellement quelques centaines de milles d'enfants irlandais.

Entre 1840 et 1845, l'Irlande comptait le quadruple de la population de 1720 : huit millions. La misère était encore très grande, mais ce n'était pas faute de moyens de subsistance. En 1846, l'Irlande exportait 1.300.000 quintaux de farine de froment, 190.000 bœufs, 260.000 moutons, 480.000 porcs. Tous ces vivres, si nécessaires au pays affamé, étaient la rente payée aux propriétaires étrangers du sol Irlandais.

Ce qui amène Malthus à considérer sa théorie comme « une forteresse imprenable », c'est sa conception de la loi « de la production agraire, » autrement dit, de la loi « des revenus décroissants ». Malthus prétend que partout on travaille d'abord la terre la plus féconde. La culture du sol moins fertile, à laquelle les hommes sont astreints ensuite, demande plus de temps et de peine, ainsi que (( en proportion de l'augmentation de la culture du sol, l'augmentation de la production moyenne va en diminuant. » Le rendement que peut produire une quantité donnée du sol, n'est pas non seulement limitée, mais encore toute augmentation de rendement doit être acquise par l'emploi relativement toujours plus considérable

de travail et de capital, et cela bien avant que la limite extrême de productivité ne soit atteinte.

Nous n'insisterons pas que des auteurs éminents ont soutenu la marche inverse de l'évolution économique. C'est avant tout le sol le plus léger qui a été labouré ; ce n'était qu'à partir d'un certain degré de développement qu'on pouvait défricher les forêts et drainer les marais, afin d'acquérir un sol plus fertile. Nous demandons en outre pourquoi la terre diminuerait de fertilité ? Rien ne se perd dans le monde. Tout retourne finalement à la terre, et l'homme sait toujours mieux s'asservir les forces de la nature et les employer comme chaque cas l'exige. C'est l'épanouissement de la technologie qui réduit toujours plus, à zéro, et même dans les quantités négatives les « revenus décroissants « de Malthus. En effet, depuis 1840 à 1888, la superficie du sol arable dans les pays civilisés (Europe, Etats-Unis, les colonies) a augmenté de 492 millions d'acres (1 acre = 40,5 ares), à 807 millions d'acres, soit de 65 p. 100, la récolte de grains, dans la même époque s'est augmentée de 4 millions de bushels (1 bushel = 33,3 litres) à 9 millions de bushels, soit de 120 p. 100, la population n'a augmenté que de 70 p. 100 !

En France, de 1790 à 1890, le territoire agricole s'est agrandi de 8 millions d'hectares qui se distribuent ainsi (1) :

Appropriation

Nombre d'hectares

Différence pour 1890

du sol

en plus

en moins

Labours

2L 000. Oui)

Prés

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