‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 107 sur 480 · II. Assemblée générale de · texte numérisé non relu

II. Assemblée générale de

Notre but, ici, ne sera point de retracer les principaux actes de ces grandes assises du clergé de France, mais uniquement de mettre en relief, le rôle qu'y joua Tévêque de Limoges, dans les affaires qui peuvent nous intéresser.

La première dont notre prélat eut à s'occuper, au nom de l'Assemblée, en qualité de commissaire, mérite notre attention. Il prit hautement la défense, contre les réguliers, d'un livre célèbre à cette époque, qu'ils voulaient faire censurer en cour de Rome. Il était intitulé : Le Directeur sphntuel désintéressé et avait pour auteur un des membres les plus distingués de Tépiscopat français, qui assistait à l'Assemblée : Jean-Pierre Camus, ancien évêque de Belley, et ami bien connu de saint François de Sales ^.

Dans cet ouvrage, écrit avec beaucoup de chaleur et de facilité, le prélat réformateur attaquait, sans aucun ménagement, les ridicules et les vices des religieux dégénérés. Il livrait au mépris et à la risée du public, les abus de la fausse dévotion, plus nombreux à cette époque que de nos jours. Le Directeur spirituel désintéressé était composé selon l'esprit du bienheureux François de Sales. « Je crois, ditl'auteur,ne m'étre point écarté des sentiments de ce saint prélat b!

Après avoir fait le tableau des vertus et des qualités d'un boiî directeur, P. Camus fait ressortir les défauts des mauvais. Il stigmatise particulièrement « la pratique de ceux qui détournent les ouailles des bergeries des pasteurs, les éloignent de ceux-ci, et par un art de persuasion, font passer dans leur champ la moisson d'autruî. Je veux, dit-il, que le directeur particulier ne lie point à soi les âmes qu'il conduit. Qui ne voit le détour de Tamour-propre, lorsqu'il les entretient dans une excessive estime de l'état cénobitique en général? Quand il viendra à son Ordre particulier, que ne

avoir des lettres de filiation, de participer à tant de jeûnes de disciplines, de prières, de prédications et semblables œuvres que l'on y exerce. 0 quel bonheur d'avoir liaison avec tout cela! Delà pour attirer à cette cordelle, tant de cordons grands et petits^ etc.. qui soustraient le gouvernement des âmes à ceux qui, par leurs offices, en sont chargés. >

Un peu plus loin. Camus condamne les actes de juridiction spirituelle, qui sous le manteau de filiations, font leurs rondes des tiercelets et leurs visites en des familles laïques, et qui, par des observances ineptes apportent beaucoup de murmures et de désordres dans les ménages...»

1. J.-P. Camus, né à Paris en 1582, sacré évêque de Belley en 1609, s'était démis de son siège en 1629, et retiré dans son abbaye d'Aunay, en Normandie II mourut à Paris en avril 1652, et fut enterré à l'hôpital des Incurables, n à composé un grand nombre d'ouvrages, qui annoncent du zèle et du talent. Le meilleur est V Esprit du Bienheureux François de Sales. U était fort spirituel, et mordant parfois dans ses boutades» Picot, Essai histor., t. I, p, 396.

P. Camus attaquait aussi bien les abus du clergé séculier, dans la direction des âmes. En les signalant, il voulait en préparer la réforme et contraindre aux remèdes salutaires les malades, qui aimaient leurs maux et ne voulaient pas guérir.

Les prélats de l'Assemblée de 1635 étaient des pasteurs animés du zélé de saint Charles ; ils furent heureux de soutenir les efforts de P. Camus et de Taider dans la réforme des abus. Il ne fallut pas moins que la haute protection de l'Assemblée générale, pour mettre l'intrépide réformateur à l'abri des censures. Elle pria l'évêque du Mans, qui était à Rome, de représenter au cardinal Barberin, que la censure du Directeur désintéressé, déclarant ce livre hérétique offenserait extrêmement le clergé de France. Le cardinal rapporta sa plainte au pape, qui conseilla l'accommodement suivant : l'évêque démissionnaire de Belley, ni les religieux n'écrieraient plus sur de semblables matières.

Comme, depuis le départ de l'évêque du Mans, la Compagnie du clergé avait appris qu'on s'était remis, à Rome, à l'exameu du livre, et qu'on allait le censurer, l'évêque de Limoges fut chargé par elle de voir sur ce fait, le cardinal Bichi, nonce du pape, à Paris, pour lui représenter ce que Sa Sainteté avait ordonné au sujet du livre, et l'intérêt que le clergé de France prenait à la défense d'un évêque français, et le préjudice qu'il recevrait de la condamnation de son ouvrage, enfin pour le supplier d'en écrire à Sa Sainteté qu'il lui plaise d'arrêter cette poursuite.

Le 20 novembre 1635, François de la Fayette rapporta en séance, qu'il avait vu Mgr le Nonce sur l'avis de la poursuite contre le livre de P. Camus, que le cardinal l'avait reçu avec une très grande courtoisie et témoignage d'estime de la Compagnie, qu'il avait trouvé très justes les raisons d'arrêter cette procédure et promis d'en écrire au pape dès aujourd'hui. Nous ignorons la suite de l'affaire, qui fut sans doute conforme aux désirs de l'assemblée.

Le 17 août 1635, François de la Fayette recevait encore de l'Assemblée, le mandat spécial de pourvoir à un mépris de la dignité épiscopale, que les évêquesde Béarn souffraient, quand ils étaient obligés de parler, au nom des Etats de cette province, au gouverneur du pays, le comte de Grammont, étant contraints de porter la parole, debout et tête nue, pendant que le gouverneur était couvert. Grâce à l'entremise du sieur de la Ville-aux-Clercs, François- Michel de Verthamon, conseiller au Parlement de Paris, et grâce aux démarches personnelles de l'évêque de Limoges auprès du roi, cette affaire reçut une conclusion favorable. Le li novembre 1635, l'évêque de Saintes rapporta en séance, c( que son confrère de Limoges avait parlé avec tant de force et de netteté, que le roi avait pris grand plaisir à son discours, et était persuadé de changer cet usage du Béarn ^. »

i. L'assemblée générale, qui avait commencé ses travaux le 25 mai 1635, les clôtura le 27 avril 1636. L'évêque de Saint-Flour, Charles de Noailles, prononça à Chantilly^ la harangue de congé. Collection des procès-verbaux des Assemblées générales du clergé de France. Paris, 1768, t. II, p. 643 et suiv.

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