III. Assemblée générale de
Vingt ans après, François de la Fayette reçut une nouvelle procuration de la province ecclésiastique de Bourges pour la représenter, avec son métropolitain et ami, Anne de Lévy de Ventadour, à l'une des plus célèbres assemblées du clergé. Elle dura dix-neuf mois, depuis le 25 octobre 1655, jusqu'au 23 mai 1657. Elle se composait d'hommes éminents dans les deux ordres. Citons: Pierre de Marca, archevêque de Toulouse, Henry de Béthune, archevêque de Bordeaux, Antoine Godeau, évêque de Grasse ; l'abbé de Rancé, alors archidiacre de Tours, et abbé commendataire de la Trappe. L'Assemblée eut pour présidents trois archevêques et trois évêques, du nombre desquels fut notre prélat, François de la Fayette.
Nous le voyons d'abord intervenir dans un différend de procuration de la province de Vienne, et faire écarter, le 4 novembre, l'opposition de l'évêque de Grenoble, à l'admission de Daniel de Gosnac ^, sous prétexte qu'il n'avait pris possession de son évêché de Valence que par procureur, et n'avait été sacré que depuis l'ouverture de l'Assemblée.
Le 29 novembre suivant, François de la Fayette rendait compte à l'assemblée de la mission, qu'elle lui avait confiée de voir la reine, et de lui adresser une généreuse remontrance sur le dernier bref du pape, au sujet de l'administration du diocèse de Paris. Alexandre VII avait, dans un esprit de conciliation, nommé par bref, comme administrateur provisoire, le candidat du ministre, Dominique Séguier, évêque de Meaux. L'Assemblée avait considéré cet acte, comme une usurpation de juridiction, contraire aux droits, libertés et usages de l'Eglise gallicane. Délégué par les prélats auprès de la reine, l'évêque de Limoges lui avait représenté « que si le bref était conçu dans les termes que l'on disait, il ne se pouvait rien faire qui allât à une plus grande diminution de l'autorité épiscopale ; qu'aussi les évêques espéraient et attendaient, de la piété du roi et de la reine, qu'ils écouteraient les remontrances du clergé de France sur ce sujet ». François de la Fayette fut remercié de la peine qu'il avait prise, de rapporter à la reine, « avec tant de fermeté et de zèle », la résolution de tous les prélats de la Compagnie, de ne point accepter le bref et de faire surseoir à son exécution. Devant un tel conflit, Mazarin n'hésita pas à sacrifier le pape, et à se dire plus gallican que les évêques les plus opposants. Menacé de nouvelles poursuites, de Pvetz se sauva de Rome, et le pape désigna, comme vicaire-général administrateur du diocèse de Paris, un candidat agréable au roi et à l'Assemblée \
i. Le rédacteur du procès- verbal rapporte en noie, qu'il fut dit de ce prélat, issu de Brive, que, sollicitant un jour, avec beaucoup d'importunilé, le cardinal Mazarin de lui donner un évêché, le ministre n'en ayant p*>int de vacant, fit appeler le capitaine de ses gardes, et lui demanda s'il n'avait point un pistotolet pour tuer un évêque, afin qu'il pût donner son évêché à l'abbé de Gosnac. Procès-verh., t. IV, p. 10.
2. L'abondance des matières nous oblige à laisser de côté beaucouç d'autres commissions moins intéressantes, dont l'évêque de Limoges fut chargé par l'assemblée.
L'affaire capitale qui domina alors les préoccupations de TAssemblée et de Topinion publique, fut la condamnation de Thérésie du jansénisme. L'évêque de Limoges eut l'honneur d'être choisi comme l'un des principaux commissaires, chargés de régler l'affaire des prélats, qui n'avaient point encore donné leur adhésion à la décision du pape, ou en avaient dénaturé le sens dans leurs mandements. Il s'agissait ici de la résistance de Louis de Gondrin, archevêque de Sens, Gilbert de Choiseul, évêque de Comminges et Nicolas de Buzenval, évêque de Beauvais. Pierre de Marca et François de la Fayette traitèrent avec un grand esprit de modération les prélats opposants et eurent avec eux plusieurs entretiens à l'hôtel de Conty (septembre 1656). Ils réussirent à ramener à la soumission doctrinale l'archevêque de Sens et l'évêque de Comminges, en leur persuadant, comme dit plus tard Bossuet, que les cinq propositions de Nicolas Cornet étaient bien « tout le livre, Tàme du livre » de Jansénius.
La même commission de prélats tint plusieurs séances au Louvre, pour régler la question du formulaire, au milieu du bruit éclatant des Provinciales (1656). Dans cet intervalle, Alexandre VII publia à Rome, le 7 novembre 1656, une nouvelle bulle, pour confirmer celle de son prédécesseur Innocent X, sur l'examen des cinq propositions, et pour attester qu'elles étaient tirées du livre de Jansénius, et qu'elles avaient été condamnées dans le sens auquel cet auteur les avait expliquées. Le 12 mars 1657, le nonce remit au roi et au président de l'Assemblée la bulle du pape.
Quelques jours plus tard, après un rapport de l'archevêque de Toulouse et de l'évêque de Limoges, la chose étant mise en délibération, il fut résQlu, par le consentement général des provinces : que l'Assemblée acceptait et recevait avec respect et soumission la nouvelle constitution et ordonnait qu'elle serait publiée et exécutée dans tous les diocèses par ordre des évêques et qu'à cet effet une copie de la bulle d'Alexandre VII serait envoyée aux absents avec une lettre circulaire. Il fut de plus ordonné, que le formulaire composé par Pierre de Marca serait modifié, de manière à renfermer les deux bulles. On arrêta encore que les prélats feraient souscrire, dans un mois, à partir de la publication qui en serait faite, le fonnulaire d'adhésion aux deux bulles, par toutes les personnes ecclésiastiques, qui étaient sous leur charge ^.
Ainsi, à part trois ou quatre opposants, l'unanimité des évêques, qui dans les questions disciplinaires affectaient une si grande indépendance, se trouvèrent en accord parfait avec le pape, dès le début de cette triste affaire, qui devait, dans le siècle suivant, troubler si profondément l'Église de France. Le mérite de cette brillante défense de la foi religieuse revenait, incontestablement et sans diminuer le prix de l'initiative de Vincent de Paul, qui tourna de suite vers Rome la majorité de l'épiscopat, à l'importance de ses réunions périodiques, si favorables à leur entente.
1. Procès-verbaux des Assemblées générales, t. IV, p. 150 à 200.