PRÉFACE XXI
noble où son originale et exquise parole charmait tous les cœurs. C est à Dijon, en 1604, qu'il avait rencontré Madame de Chantai et que, par une prescience surnaturelle, il l'avait reconnue comme devant être Tinstrument des desseins que la Providence lui suggérait. Elle hésita quelque temps, mais se rendit à la volonté d'en haut. L'ordre de la Visitation des malades fut créé à Annecy en 4610, établi à Paris en 1618. Saint Vincent de Paul en fut le premier supérieur. A la mort de Madame de Chantai, l'ordre avait déjà quatre-vingt-sept maisons.
François de Sales mit Madame de Chantai en relations avec la Mère Marie Angélique Arnauld, sœur du Grand Arnauld, réformatrice des Bénédictines de Port-Royal-des-Champs. Elle en avait été faite abbesse à onze ans par une supercherie de ses parents. Les tribulations qu'elle traversa pour accomplir sa sainte entreprise, sa lutte contre l'indigne abbesse de Maubuisson, sœur de Gabrielle d'Estrées, sont célèbres par le récit qu'en a fait Racine. Elle triompha et sa réforme s'étendit à un grand nombre de couvents de femmes et d'hommes de l'ordre de Cîteaux. La Mère Angélique fut toujours édiQante par ses mœurs, mais plus tard ne resta pas étrangère au trouble jeté dans l'Eglise par le jansénisme.
Marie de Beauvilliers, abbesse de Montmartre, avait été en butte à de pires traitements pour vouloir purifier son troupeau contaminé. On tenta de l'empoisonner, on complota son assassinat, tant les habitudes de relâchement étaient indéracinables.
Les nouveaux instituts furent animés d'un souffle plus pur. Marguerite d'Arbouze, formée par Marie de Beauvilliers, rétablissait le couvent du Val-de-Grâce si cher à Anne d'Autriche et qui devint rapidement florissant. La reine achetait pour les austères Feuillantines la maison de la rue Saint-Jacques et leur donnait pour première supérieure une des femmes les plus belles et les plus recherchées de la cour, Marguerite de Clausse de Marchemont, âgée de vingt-deux ans, veuve pour la seconde fois et que le désespoir précipitait dans le cloître.
M. Vincent organisait de son côté les « Charités » avec Mme Legras, la congrégation de la Mission et autres œuvres admirables parmi lesquelles l'assistance des Enfants Trouvés. Les Filles de la Charité servantes des pauvres. Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, sont vénérées par le monde entier. La congrégation de la Mission fut un se* minaire de bons prêtres, de dignes évêques, et fit un grand bien par 6es prédications et ses catéchismes dans les campagnes. M. Vincent contribua aussi à la réforme des Filles orphelines, des Filles de