Ibid,, t. III, p
été exécuté. Le lendemain, 5 avril, il y eut des réjouissances publiques, feu de joie, etc.
Les manifestations poliLico-religieuses furent encore plus significatives, à Toccasion du traité des Pyrénées.
Le 4 mars 1660, eut lieu dans la salle d'audience du Présidial, la publication solennelle de la paix, en présence des députés de tous les corps, y compris ceux des chapitres et des couvents. Ce fut le matin, où il y avait affïuence de monde ; et, à Theure de relevée (dans Taprèsmidi), la publication se fit par la ville : le capitaine de la maison commune lisait à tous les carrefours l'annonce, et tout le monde criait : € Vive le Roy! » Survint ensuite un incident caractéristique.
L'évêque s'opposa à ce que les consuls entrassent dans la cité, avec leurs marques consulaires. Les magistrats (dociles) renoncèrent à passer outre. Les boutiques demeurèrent fermées trois jours, en signe de réjouissance. Le dimanche, 7 mars, se fist le feu de joye au creux des Aresnes. Le Te Deum fut chanté à Saint-Estienne, où assistèrent Messieurs du Présidial et Messieurs les Consuls, et les compagnies de la ville, en fort bon ordre, et bien armés. Le nombre de ceux qui étaient sous les armes était de dix-huit cents hommes, chacun capitaine à la tète de sa compagnie. Le colonel était le sieur de la Grange et major, M. de Benoist. Le dimanche ensuivant, 14» du mesme mois, se fist autres feux de joye, sçavoir : un en la cité, devant l'église des religieuses de Sainte-Claire, tous les citadins estant en armes. Le feu fut mis par le Seigneur Evesque, accompagné de Messieurs les Consuls de la cité, auxquels il fist prendre, pour la première fois, les marques consulaires. L'autre feu de joye se fist le môme jour devant TEvesché, où l'on avait, pour la circonstance, dressé un théâtre ^.
Cette bonne entente, qui régna entre les consuls de la ville et révèque de Limoges, n'empêcha point ce dernier de se montrer ferme, et intraitable au besoin, quand ils s'avisaient, comme nous venons de le voir, d'empiéter sur ses droits seigneuriaux dans la cité, ou que l'un d'entre eux encore, se prévalait de sa position, pour manquer d'égards à qui que ce soit de ses prêtres. L'incident suivant, que raconte la chronique de Mesnagier, caractérise bien l'état social de cette époque. BenoistdeBlémont, consul de Limoges en 1660-1661, fut le héros de cette histoire, assez singulière.
Le 5 juin 1661, jour de la Pentecôte, au retour de la procession, faite par le nouveau curé de Saint-Pierre, François Juge, un des bourgeois qui accompagnaient le Saint-Sacrement, Bonoist de Blémont, voulut prendre, dans le chœur de Féglise, le siège d'un prêtre communaliste, nommé Chabodie, et, conmie ce dernier refusait de le lui céder, Benoist se saisit d'une des branches de chêne, placées dans le chœur pour l'orner, et menaça Chabodie de l'en frapper. Aussitôt, tous les prêtres de la communauté de Saint-Pierre se retirèrent, et le curé, demeuré seul, dut se contenter de dire une messe basse à l'autel de Saint-Roch. Benoist s'était installé sur le siège qu'avait laissé le prêtre, et y resta jusqu'à une heure. Excommunié par l'évèque, l'auteur de cet esclandre se décida enfin à s'humilier. Le dimanche suivant, 12 juin, l'évoque se transporta à Saint-Pierre. Blémont, étant entré dans l'église, prit le côté
1, Registres consulaires, t. III, p. 395, etc.
de Tautel de Saint-Jean, et Monsieur TEvêque celui à droite du grand autel. Etant au devant du Saint-Sacrement, à genoux, le prélat demeura là respace d'un quart d'heure, en prière. Et étant levé de sa prière, se présenta à lui Benoist de Blémont, lequel fit harangue à Monsieur de Limoges, et lui demandant pardon de roffense qu'il avait commise. Puis il offrit aussi ses excuses au curé. Après fut appelé le prêtre Chabodie, qui était, ce jour-là, en la même chaire de ci-devant, et s'en alla au grand autel, où étaient l'Evêque et Curé, Officiai et Blémont, lequel Blémont salua ce prêtre et l'embrassa, et lui demanda pardon, et furent tous en bon accord ; et Monsieur l'Evêque fit une harangue au dit Benoist, en le plaignant de ce qu'il avait fait un si méchant acte, et dès lors. Monsieur de Limoges salua le Saint-Sacrement, et se retira ^.
Notre prélat avait cherché évidemment, par cette démonstration, à relever, dans l'esprit de la société limousine, le caractère sacerdotal naguère si méprisé. On comprend qu'une telle réparation d'honneur fut de nature à lui concilier les sympathies de ses subordonnés.