‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 130 sur 480 · Archives départ., série G, n · texte numérisé non relu

Archives départ., série G, n

Cette crainte était des plus fondées, car, il est établi que si Tévèque de Limoges avait favorisé la candidature de son neveu, pour la députation, il lui avait fait exprimer un souhait, qui n'avait rien de bien engageant, et lui laissait peu d'espoir pour la future succession de son oncle. <( Monseigneur souhaite, écrit de Laistre au secrétaire, que Tabbé son neveu aille droit à Bourges, sans passer par Lymoges, ni en allant ni en venant. Il a reçu cet ordre [sic) avec beaucoup de résignation. » Autre phrase encore plus signifi- . cative d'une lettre précédente, du 3 avril 1664, écrite de Paris par le même correspondant : <( Je sais bien que Monseigneur n'ayme pas qu'on lui parle de M. l'abbé, ni de M. le chevalier, son frère *. »

Comme il est regrettable, qu'au lieu de simples lettres d'affaires, tirées d'un greffe, qui ne fournissent quelques renseignements que sur un seul personnage, nous n'ayons pas eu à notre disposition, dans l'intérêt de l'histoire, une faible partie de la correspondance de Mme de la Fayette, sur la famille de son mari ? François, comte de la Fayette, filleul de l'évêque de Limoges, servait en Hollande, en 1637, quand les confidences, dont le roi honorait Mlle de la Fayette, sa sœur, fille d'honneur de la reine, devinrent compromettantes pour ie jeune officier, à l'égard du puissant ministre. Ne voulant pas briser sa carrière, il observa une prudente neutralité vis-à-vis de Richelieu, et en fut assez bien traité 2.

Il y a lieu de supposer que l'évêque de Limoges, qui fit, à partir de cette époque, un séjour continu de plus de deux ans à Paris, bénit, le 15 février 1655, dans l'église de Saint-Sulpice, le mariage de François, son neveu, avec Marie-Madeleine Pioche de la Vergue. Après quelques séjours en Auvergne, à Espinasse et à Naddes, Mme de la Fayette revint se fixer à Paris, vivant dans son hôtel de la rue de Vaugirard, au milieu des gens de lettres, tenant un salon des plus estimés de la capitale, et fréquentant beaucoup la cour du Luxembourg et de Versailles 3. Nous sommes en droit de prétendre que l'évêque de Limoges eut des relations suivies de correspondance, avec sa nièce et son neveu. Malheureusement, nous n'avons trouvé, nulle part, la moindre trace des lettres du prélat, et de l'illustre amie de Mme de Sévigné. Nous ignorons même si l'auteur de la « princesse de Clèves », fit le voyage de Limoges, du moins en

i. Le chevalier dont il est ici question est Jacques de la Fayette, commandeur de Malte, en faveur duquel l'évêque de Limoges obtint du ministre Colbeii le commandement d'une galère, pour l'expédition de Candie, en 1665. Il semble avoir été, comme Claude son frère, assez besogneux. On comprend la réserve et la générosité de notre prélat à l'égard de ses deux neveux, sur lesquels la correspondance du sieur de I^islre ne dit plus rien d'intéressant. Archives départ. y G, n. 223 et n. 228.

2. Sorin, Louise de la Fayette, p. iiO. D'après le 1*. Anselme et Eug Asse, (éditeur des Mémoires de Mme de la Fayette), François aurait été enseigne dans la compagnie du maréchal d'Albret, puis lieutenant au régiment des gardes frauçaises. On ignore s'il quitta l'armée de bonne heure, ou s'il y eut d'aulrt"^ grades plus élevés.

3. Elle perdit, le 26 juin 1683, son man le comte François de la Fayette, qui restait la plus grande partie de Taimée confiné en province, sur ses terres. Voir la Grande Encyclopédie Lamiraulty V» Mme de la {•'ayette.

décembre 1663, en compagnie de l'immortel fabuliste, qui était logé à Paris, dans son hôtel, et vivait, avec le poète Segrais, dans sa familiarité. Mme de la Fayette consacra les dernières années de sa vie, aux pratiques de la piété la plus austère ^.

De ses deux fils, l'aîné, Louis, né en 1658, en Poitou, se fit d'église. A en juger par les brèves notes de son curriculum vitse, il fut probablement un abbé de cour, qui continua les traditions de Claude de la Fayette son oncle. Il prit d'ailleurs, comme lui, le bonnet de docteur en Sorbonne ; il obtint ce grade, le 2 avril 1685 2. Tout jeune clerc encore, il avait été nommé prieur commendataire de Goudet (diocèse du Puy). Peu de temps après, en 1670, le roi le gratifia, à cause des mérites de sa mère, de l'abbaye importante de Valmont, monastère de l'ordre de Saint-Benoît (diocèse de Rouen). Il hérita, après la mort de Tévêque de Limoges, son grand-oncle (1676), à l'âge de dix-huit ans, de son abbaye de Dalon (diocèse de Limoges), et trois ans plus tard, il reçut encore celle de Notre- Dame de la Grenetière (diocèse de Poitiers).

Tout en cumulant ces bénéfices, contrairement aux règles canoniques, il eut du moins le mérite, en 1712, d'introduire la réforme de Saint-Maur dans l'abbaye de Valmont. Il remplissait, en 1721 , les fonctions de conseiller-clerc au Parlement de Bordeaux.

Au cours de sa vie, l'abbé de la Fayette ayant eu la facilité de prêter indifi'éremment,à toutes sortes de personnes, les manuscrits précieux de sa mère, et la négligence de ne pas les redemander, la plupart se trouvent aujourd'hui perdus. Il mourut à PariSj le 2 mai 1729, et fut enterré en l'église Saint-Gervais 3.

1. Elle se rangea, comme Mme de Sévigné, du parti des solitaires de Port- Royal. EUe mourut à la fin de mai 1692. Voir sa notice dans la préface de ses Mémoires^ édités par Eugène Asse, Paris, 1890.

2. n eut le cent deuxième rang en Sorbonne, dans la promotion de licence en théologie, qui compta parmi les principaux lauréats François de Mailly, qui devint plus tard archevêque, Charles de Langeron, l'ami intime de Fénelon, et Joseph de la ïrémoille, dont le frère ou le neveu épousa la dernière descendante de la branche aînée des La Fayette. Bibl. Nat., Mss. Fonds latin, n. 5657. p. 96.

3. Mss. n. H5, p. 321. Eug. Asse, Aiihtwires de Mme de la Fayette, Préface, et Gallm c/iristiann. Avec l'abbé Louis de la Fayette s'éteignit le dernier représentant de la branche aînée de cette famille. Avant lui était mort à Landau, en août 1694, René Armand, le frère cadet de l'abbé, dit le marquis de la Fayette» brigadier d'infanterie. Il laissait une fille unique, Marie-Madeleine, mariée en avril 1706, à Charles, duc de la Trémoille, et morte sans enfants, le 6 juillet 1717. Voir le P. Anselme. D'autre part, Marie-Madeleine, qui avait apporté en dot aux La Trémoille l'hôtel de la rue de Vaugirard avec d'autres biens, laissa la terre des La Fayette avec les noms et les titres de son père, au représentant de la branche cadette, seigneur de Champetières, qui descendait au douzième degré de Pons Motier, l'aïeul commun. Edmond de la Fayette, sénateur de la Haute- Loire en 1876, mort le 11 décembre 1890, a été le dernier descendant mâle de sa famille. 11 ét»it le petit-fils du célèbre marquis de la Fayette, ami de Washington. Du mariage d'une des sœurs d'Edmond avec Adolphe Périer, naquit une fille unique, qui épousa le baron de Sahune. Son fils, le baron Gaston de Sahune, conseiller général de Meurthe-et-Moselle, adopté par son grand-oncle, a été autorisé, par décret présidentiel, après la mort du sénateur, à relever les noms et les titres de la Fayette. Livre d'or du monument du général de la FayettSt élevé en 1900 au Carrousel, à Paris.

2® Les commensaux de François de la Fayette.

Un seul membre de la famille de notre prélat nous est connu, comme ayant passé à Tévêché de Limoges, de longues années. C'était le plus jeune de ses frères, Philippe-Emmanuel, commandeur de Malte. L'auteur de la vie de la mère Isabelle nous le repré* sente, comme un pieux gentilhomme, qui prenait part aux bonnes œuvres de l'évêque, et fréquentait comme lui, vers 1640, le Carmel de Limoges ^.

A cette môme époque, de nombreux et dignes représentants de la famille de Beaupoil de Saint-Aulaire vivaient dans la familiarité de l'évêque de Limoges. C'était notamment Antoine, baron de Tarnac, qui était considéré comme le plus intelligent et le plus vertueux gentilhomme de sa province. Aimé des pauvres comme des grands, il obligeait toujours de bonne grâce, et s'employait à toutes sortes d'affaires charitables. François de la Fayette était son ami le plus intime. Etant venu à l'évêché de Limoges, passer les fêtes de Pâques avec son frère le chevalier, et Daniel son neveu, il y mourut le 9 avril 4646, à Tâge de soixante-trois ans.

Daniel de Saint-Aulaire, frère utérin de Daniel de Cosnac, évêque de Valence, fut, après son oncle, un habitué fidèle de l'évêché. Il avait épousé en secondes noces (juillet 4643), Angélique de Chauvigny, parente rapprochée de la famille de l'évêque 2. Cette femme remarquable par ses rares talents et par sa grande vertu 3, eut sept enfants, dont deux fils auxquels notre prélat s'intéressa particulièrement. L'aîné, François Joseph, né le 6 septembre 1648, et baptisé le 20 du même mois, eut pour parrain l'évêque de Limoges, qui se trouvait ce jour-là à Saint-Aulaire (près Uzerche), en tournée de confirmation. Ce filleul du prélat, devint plus tard marquis de Saint-Aulaire, lieutenant général du roi en Limousin, dès le 12 mai 1689, et membre de l'Académie Française des plus éminents (septembre 1706).

Le second, André-Daniel, né le 15 juin 1651, élevé probablement à l'évêché de Limoges, tonsuré par l'évêque son parent le 8 novembre 1666, prieur de Thoy, puis archiprêtre de la Porcherie (diocèse de Limoges), fut nommé, en 1702, évêque de Tulle, où il se distingua par un grand déploiement de zèle, de piété et de bonté.

A en juger encore par des lettres d'affaires des procureurs de Laistre et de Croisy, on voit que notre prélat se trouvait en rapports assez intimes avec les représentants les plus distingués de la

1. On sait, par une courte lettre de la plus jeune sœur du prélat, Madeleine de la Fayette, en date du 10 mai 1665 (elle était alors prieure de Nouïc. après avoir été religieuse bénédictine aux Chazes), que tous les membres de la famille de la Fayette « attendaient les lettres du cher, bon et aimable Prélat, comme une générosité ». Archives départ.^ G, n. 233.

2. Elle était fllle de Gilbert de Chauvigny, seijyneurde Saint-Agoulin en Bourbonnais, et de Guicharde d'Arbouze. Son frère César avait épousé Claudine de la Fayette, sœur puînée de Louise, nièce de l'évêque de Limoges. Nobiliaire,

3. On l'appelait Chrysolide, à cause de son enjouement, de sa bonne grâce et de sa beauté. Nobiliaire de Limoges. V» Beaupoil de Saint-Aulaire.

noblesse de son diocèse. On y voit, par une lettre de Paris^ du 17 novembre 1663, que l'un d'eux, M. de Croisy, avocat au conseil du roi, était chargé par Tévêque de Limoges, « d'observer l'arrivée de M. le marquis de Bonneval ^, et de lui aller rendre ses debvoirs ». Le m,otif de cet empressement, c'était un projet de mariage, qui n'aboutit pas. c M. le marquis, dit le correspondant, a manqué une belle affaire, car, la fille que je vous ay proposée, ei; qui s'est trouvée prise depuis quinze jours, était bien son affaire. Il est assez malaisé d'en rencontrer qui ayt toutes les qualités qu'avait celle-là. J'envoie à Monseigneur, ajoute-t-il, la réponse que lui fait M. de Ventadour, laquelle luy-mesme m'a apportée jusques dans mon cabinet... Il m'a fait mille et mille civilités et ambrassades que vous pouvez dire à mon dit seigneur, pour lequel il a grand respect et estime. « Il aura de moi tout ce qu'il voudra », m'a-t-il dit sans compliment ni cérémonie» ^, Ces grands seigneurs dont il est ici question ne pouvaient être que des familiers de notre prélat.

Enfin un noble d'esprit, sinon de naissance, le bon La Fontaine fut tout surpris de recevoir à Limoges vers la fin de cette même année (décembre 1663), une aimable et courtoise hospitalité. Venu dans cette ville en compagnie de son ami Jeannart 3, et peut-être aussi de sa bienfaitrice, Mme de la Fayette, il fut logé à l'évéché et vit de près une société gracieuse et polie, une colonie d'artistes, une réunion d'hommes d'esprit et de savoir. Le grand poète ne s'attendait pas, sans doute, à rencontrer, à cent lieues de Paris, une société d'élite, qui se réunissait alors dans les salons de Tévêque François de la Fayette ; car, dans une lettre datée de Limoges le 19 décembre 1663, il exprimait à sa femme, à ce sujet, son genre d'étonnement. « Je vous donne, lui écrit-il, les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France ^. »

4" Les prélais de France reçus à VÉvêché de Limoges par François de la Fayette,

Parmi les nombreux évoques que François de la Fayette accueillit à Limoges, avec honneur et cordialité, quelques-uns seulement ont laissé des traces de leur passage. A peine savons-nous, que le saint archevêque d'Arles, Jean Jaubert de Barrault, eut

1. Cette maison a toujours passé pour une des plus nobles du Limousin, où Ton disait autrefois : Richesse des Cars. Noblesse de Bonneval. Elle possède, de temps immémorial, la terre considérable et le grand château aujourd'hui existant de Coussac-Bonneval, à sept lieues de Limoges (canton de Saint-Yrieix). Elle a toujours contracté des alliances avec les meilleures familles de France. Nobiliaire de Limoges^ v° Bonneval.

2. Notons ici d'après les lettres suivantes que Tévêque de Limoges alla faire un voyage, une partie de l'automne, en Bas-Limousin. Archives de la Haute- Vienne, G. n. 228.

3. Jeannart, substitut du procureur-général du parlement de Paris, fut impliqué dans la disgrâce de Fouquet et exilé à Limoges. Il travailla, en 1665, à réconcilier l'évêque avec son chapitre.

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