Mss. n. 34, p
Le lendemain matin, les corps ecclésiastiques et civils de Limoges, à Texception du chapitre calhédral, vinrent à Tévêché haranguer le prélat, qui les reçut dans la grande salle. Après avoir répondu à tous obligeamment, et les avoir remerciés, Tévêque les reconduisit jusqu'où la civilité et le cérémonial le requérait. Les curés de la ville, à la tête de leur clergé, et les religieux de tous ordres, les confesseurs et députés de toutes les communautés de filles vinrent en dernier lieu faire leurs harangues ou présenter leurs compliments. Ils s'en allèrent tous très contents de Taccueil que le prélat leur avait fait ^.
L'abstention du chapitre de la cathédrale, qui n'envoya même pas des députés saluer le nouvel évêque dans son palais, fut d'autant plus remarquée, qu'elle fit remettre à plus tard la cérémonie solenïielle de l'intronisation épiscopale, qui avait lieu habituellement, le quatrième jour après l'arrivée du prélat 2.
C'était, en apparence, une simple querelle de mots, qui avait mis aux prises l'évêque de Limoges et le chapitre de la cathédrale. L'emploi du titre de « Monsieur », de la part des chanoines, dans leur harangue de la veille, avait provoqué une plainte du prélat, et créé sur ce point un fâcheux malentendu. L'usage d'appeler les évêques ce Monseigneur », qui, sous Louis XIII, vint en France, de la Cour romaine, n'était pas encore accrédité partout. A cette époque (1638), la qualification n'était en vogue qu'auprès des petites gens et du clergé subalterne. Les gros personnages se montraient plus avares de cette politesse à l'égard des prélats. Dans bon nombre de diocè.ses, les chanoines firent souvent quelques difficultés, pour donner le titre de « Monseigneur» à leur évêque 3. Le chapitre de la cathédrale de Limoges persista ainsi, durant deux mois, à refuser à François de la Fayette cet hommage. Devant son obstination, l'évêque finit par se relâcher de ses exigences, et accepta l'entremise de Rigaud de Lavaur, abbé de Grandmont et de plusieurs personnes de condition de la ville. Il accepta que les députés du chapitre, en lui rendant leurs devoirs pour leur compagnie, lui donnassent seulement la qualité de « Monsieur » *.
Ce compromis ayant rétabli la paix, la cérémonie de l'installation du prélat fut fixée au 25 avril suivant. On y invita, selon la coutume, les cinq compagnies de Pénitents, les quatre Ordres mendiants, les abbayes et les paroisses de Limoges.
Au jour fixé, tous ces corps ecclésiastiques, étant assemblés à midi dans la cathédrale, allèrent en procession au palais épiscopal. Là, assis sur un fauteuil, à la porte du vestibule, et revêtu d'un camail et d'un rochet, l'évêque vit défiler par ordre toutes les compagnies, donnant à chacune sa bénédiction. Quand le chapitre fut près d'aborder, les aumôniers du prélat le revêtirent de ses
1. Mss. 34, p. 1, et Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 323. Mémoire de Gilles-le- Duc.