Laforest, ibid,, p
4. Les hôpitaux avant la Révolution, dit l'archiviste Âutorde, étaient placés sous la haute direction du clergé ; les évêques en avaient, en quelque sorte, la tutelle administrative, et dans leurs tournées pastorales, les inspectaient au même titre que les cures, couvents ou abbayes, dans le cas même où ils étaient d'institution communale et où aucune congrégation religieuse n'y était attachée pour le service des malades. Leur contrôle ne se bornait pas, d'ailleurs,
En 1619, son prédécesseur, Raymond de la Martonie, s'était déjà préoccupé de la situation des établissements hospitaliers. Les résultats de son enquête, consignés dans la préface des statuts synodaux de 1619, se retrouvent dans la seconde édition de ces règlements publiés, en 1629, par François de la Fayette. Ils méritent d'être rappelés ici : « Nous voyons, dit-il, à notre grand regret, comme beaucoup de biens, qui leur ont été pieusement légués par la charité de nos prédécesseurs, ont été si mal administrés par ceux qui en ont la charge, que plusieurs titres sont perdus, les édifices ruinés, les biens et héritages aliénés ou détenus par les usurpateurs, les fruits et revenus, divertis ou appliqués au profit des particuliers, les maisons démeublées, les pauvres et malades chassés ou si mal traités qu'ils sont contraints de vaguer et mendier ailleurs des lieux pour se retirer, et des aliments pour vivre, à la foule du peuple. Et, quant aux hôpitaux, où les pauvres sont reçus, l'ordre et la police y est si mal gardée, par la négligence de ceux, à qui l'administration en est commise, qu'ils servent de retraite à plusieurs hommes et femmes de mauvaise vie et aux fainéants, au lieu d'être le logement et l'habitation de ceux qui sont vraiment pauvres. De sorte que tous les règlements, qui ont été faits ci-devant pour ce regard, tant par le dernier concile provincial de Bourges, que par les évêques nos prédécesseurs, sont abolis ou tombés en décadence.
A quoi, désirant apporter quelque remède, selon notre pouvoir et l'obligation que nous y avons, nous enjoignons à tous aumôniers, hospitaliers et autres, ayant charge des hôpitaux, hôtels-Dieu, maladeries dans le district de notre diocèse, de nous apporter, dans un mois, après la publication du présent statut, les titres et fondations, ensemble les inventaires de tous les biens, meubles et immeubles, et l'état des rentes et revenus des dites maisons ; à ce qu'ayant pris connaissance de ce qui appartient aux pauvres, nous donnions ordre et procurions, que le tout soit appliqué à son droit usage, conformément aux intentions pieuses des fondateurs. Et en cas de négligence, protestons d'y contraindre par les voies de droit. Et à ces fins, le présent statut sera lu et publié, en toutes les églises et paroisses du diocèse, par trois dimanches consécutifs, à ce que personne n'en prétende cause d'ignorance. -»
L'évêque renouvelait ensuite les prescriptions des anciens statuts de 1519, et en formulait quelques autres, qui visent plus particulièrement l'ordre moral, dans tous les « lieux pitoyables » de son diocèse, comme l'interdiction des blasphèmes, la séparation des sexes, le renvoi des pauvres fainéants ^. Il recommandait aux curés •
aux seuls points se référant à l'exercice du culte ; il s'étendait encore à toutes les questions variées, qui pouvaient intéresser l'organisation matérielle et la prospérité de ces établissements. A cet effet, ils adressaient, à la suite de leur visite, des instructions aux administrateurs, appelant leur attention sur les réformes et les améliorations, qu'ils avaient jugé utile d'introduire dans chaque hôpital. Archives départ., Creuse, H. Supplément, Introduction. 1. M. Leroux, Archives de la Haule-Vienne^ H. Supplément, Introduction.
des paroisses, où se trouvaient des hôpitaux *, de veiller à ce que les pauvres malades y soient particulièrement assistés et secourus en leurs nécessités corporelles et spirituelles, et de lui donner avis des désordres et des manquements qu'ils y remarqueraient. Dans le but de remédier aux abus qui se commettaient au préjudice des pauvres, il défendait expressémentde faire aucunes quêtes extraordinaires, sans sa permission, dans les églises ou dans les maisons particulières ^.
Piqués, de leur côté, d'une noble émulation, les consuls de Limoges tentèrent d'apporter quelques soulagements réels à 1^ misère publique. Leur œuvre, durant la peste de 1631, ne fut pas vaine, grâce au concours de la partie saine de la population. Le 8 décembre 1632, la question des pauvres fut soumise aux délibérations du corps de ville. Les consuls décidèrent, que tous les pauvres, tant de la ville qu'étrangers, recevraient, chaque semaine, une quantité de pain suffisante à leur nourriture, que les malades seraient mis dans les hôpitaux, et que les mendiants étrangers recevraient un subside, pour retourner chez eux. Les consuls désignèrent ensuite des personnes chargées de recueillir, de gérer et de repartir les aumônes dans les cantons de la ville 3.
A cette époque, les établissements hospitaliers de Limoges, au nombre de huit, tous de vieilles fondations du moyen-âge, avaient besoin d'être relevés de leur ruine causée par les guerres civiles du seizième siècle. Leurs revenus avaient décru notablement; les édifices étaient délabrés et mal tenus, et les malades des deux sexes, foule grossière et indisciplinée, n'y trouvaient aucune des conditions d'assistance et de salubrité nécessaires. Dans le même temps, la voie publique, àLimoges, était encombréed'une multitude de vagabonds, de gens sans aveu, qui exploitaient la charité des habitants. L'évêque de Limoges, puis les consuls, avaient signalé ces maux, et indiqué les remèdes, mais aucune âme énergique n'avait encore tenté de les appliquer *.
S« Principaux réformateurs de Vassistance publique à Limoges : Marie de Pétioty Martial de Maledent.
Le même zèle, qui renouvelait alors les institutions catholiques, dans le diocèse de Limoges, s'étendit aux œuvres de charité : il anima du même esprit, une grande femme de cœur et un saint prêtre Marie de Petiot et Martial de Maledent. Ils eurent, tous deux le grand honneur de restaurer l'esprit de charité à Limoges, dans les classes riches et dans les rangs du clergé.
Marie de Petiot, née en 1612, d'une ancienne famille de la bour-
1. D*après M. Leroux, quarante-deux hôpitaux existaient en 1790 sur le terri-' toire actuel de la Haute-Vienne (qui correspond à un bon tiers seulement de l'ancien diocèse).