‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 159 sur 480 · Laforest, Limoges ^ p. 425 et suiv · texte numérisé non relu

Laforest, Limoges ^ p. 425 et suiv

2. Cette ordonnance, rédigée par Colbert, avait été inspirée directement pcr Vincent de Paul.

L'évêque de Limoges et Tabbé de Saint-Martial donnèrent à la délibération des trois ordres de la ville, leur approbation, le mois de juillet suivant. François de la Fayette présenta lui-même au gouvernement royal, la l'equête des habitants de Limoges. La réponse ne se fit pas trop attendre, puisque les lettres patentes, qui autorisaient la fondation, sont datées de décembre 1660. Le roi, se conformant aux vœux des consuls de Limoges, leur permettait de grouper, en un faisceau, tous les anciens établissements, et, dans ce but, il transmettait à l'hôpital général Saint-Alexis, tous les biens et revenus des hôpitaux Saint-Gérald, Saint-Martial, la Maison-Dieu, Saint-Jacques, et d'une dizaine de confréries de charité et aumôneries diverses.

L'année 1661 fut employée à exécuter, à Saint-Gérald, les principales stipulations des lettres patentes. La plus difficile consistait, à renfermer de vive force dans 1 e nouvel hôpital, les bandes de mendiants, oisifs et débauchés, qui couraient la contrée, et fondaient sur Limoges, quand ils étaient repoussés de partout. On prit alors prétexte des désordres qu'ils causaient, pour fermer, un beau jour (le 5 décembre 1661), les portes de la ville, et faire main basse sur tous ceux qu'on put découvrir. Nul ne songea à se scandaliser de ce procédé sommaire, que Paris avait d'abord employé. «Chacun s'estima heureux, dit Mesnagier, dans sa chronique, de ne plus voir, dès lors, des mendiants par les rues de la ville. »

Grâce au zèle de Martial de Maledent, les institutions hospitalières se rajeunirent à Limoges, à l'égal des autres institutions de la piété catholique. A vrai dire même, ce rajeunissement fut plutôt une sorte de révolution dans le régime hospitalier. Le nouvel établissement, en concentrant à son profit les forces éparses, que les anciens hospices représentaient, avait une puissance d'action, qui devait dépasser la somme des puissances individuelles, afTérentes à chacune des anciennes maisons d'assistance. Tous les dévouements, toutes les générosités, toutes les préoccupations allaient désormais se tourner vers l'Hôpital général, qui, d'ailleurs, par la division des services, pouvait prétendre à reproduire les destinations spéciales de chacun des hôpitaux supprimés.

Les lettres patentes réglaient, d'autorité, le mode d'administration de l'Hôpital général. Le nouveau bureau se composait, non pas de quatre bailes, mais de dix notables habitants, choisis par les corps constitués de la ville : il comprenait de droit, deux ecclésiastiques, outre le président. L'évêque, ou son grand-vicaire, devait présiderles délibérations du bureau ^. Le nouveau régime,on le voit, ne diminuait point l'influence légitime du clergé sur la direction de l'assistance publique ; le changement notable, en vertu duquel l'élément laïque avait la prédominance dans le Bureau, était d'ailleurs conforme aux traditions de l'Église, qui avait depuis long-

1. Le droit de préséance de l'évêque de Limoges, dans les assemblées du bureau, donna lieu pourtant à des contestations, après la mort de notre prélat ; car, le 24 mars 4681, le roi confirmait ce droit, d'une manière définitive, à Louis d*Urfé, son successeur. Mss. n. 11, t. I, p. 621«

temps confié la gestion de ses biens paroissiaux à des laïques, plus compétents sur ce point que des ecclésiastiques.

Les lettres patentes de 1660 avaient assuré à l'Hôpital général la jouissance de divers privilèges, à l'exclusion de toute autre corporation, notamment le droit de fournir les tentures, et autres accessoires des inhumations, à beaux deniers comptants, l'assistance tarifée des pauvres, en nombre plus ou moins considérable, dans les riches convois, et le monopole du débit de la viande, pendant le Carême. Néanmoins, les revenus de l'Hôpital général s'accrurent, principalement des donations subséquentes des généreux bienfaiteurs, au nombre desquels cet établissement comptait en première ligne, avant la Révolution, François de la Fayette et ses successeurs.

Sous la direction immédiate du bureau, venaient les religieuses hospitalières de Saint-Alexis, et les prêtres du futur séminaire de la Mission, aumôniers des pauvres. Cette communauté, qui eut pour fondateurs, en 1659, Martial de Maledent et Pierre Mercier, s'abrita dans une maison du prieuré de Saint-Gérald, en attendant la construction nouvelle.

Dans l'intérieur de l'hôpital, les hommes étaient séparés des femmes. Les pauvres coupables et les fous dangereux étaient enfermés dans des salles ou cellules spéciales. On divisait les enfants en trois classes : les plus petits apprenaient à aimer Dieu et à lire ; les moyens s'occupaient à filer le coton ; les grands garçons à partir de quinze ans travaillaient comme les hommes valides dans des manufactures, à préparer des laines ou à de gros ouvrages. Le service des enfants trouvés fut organisé à l'origine par Martial de Maledent. Des nourrices s'occupaient dans les campagnes des pupilles de l'hôpital.

Les pauvres de cet établissement étaient tenus d'assister en corps, aux offices du dimanche et aux processions publiques. Leurs longues théories, au matin des solennités, défilaient humblement par les rues de Limoges. Les membres du bureau de l'hôpital assistaient en corps dévotement, à la clôture des ostensions et aux principales fêtes de l'année.

Dès l'origine, on distingua soigneusement, entre les diverses misères qui venaient s'abriter à l'hôpital, et y faire un séjour plus ou moins prolongé. A côté des malades incurables, il y avait les indigents, souvent même des pauvres étrangers, qui ne faisaient que passer. On leur distribuait la soupe et des vivres deux fois par jour. Une fois congédiés, après deux ou trois nuits, ces indigents reprenaient leur bâton et leur besace, pour aller quêter ailleurs même secours et même abri. Et il en était de môme par toute la France ^.

1. Tous les détails qui précèdent sont tirés de Texcellente Introduction de M, Leroux, archiviste. Archives de la Haute-Vienne^ H. Supplément : Laforest, Limoges et Labiche, Vies des Saints. Notices concernant M. de Savignac et Marie de Petiot.

5^ L'assistance des pauvres malades à domicile et Marcelle Germain.

Le petit hospice des Récollets de Saint-François, fondé en 1614, sous l'inspiration de Bardon de Brun, était une association de religieux, qui secouraient à domicile les pauvres malades. A part cette œuvre, exclusive au hommes, il n'y eut pas, à Limoges, d'autre institution de ce genre avant 1656. De môme que l'Hôpital général de cette ville s'était constitué l'un des premiers en province, sur le modèle de celui de Paris, de même, à cette époque, sous l'influence des exemples de la charité parisienne, s'organisa à Limoges, et dans la plupart des villes du diocèse, l'assistance des pauvres malades de toute condition.

Les règlements des nouvelles associations furent calqués en effet, du moins en partie, sur ceux que Vincent de Paul avait donnés aux Dames de Charité. Le P. Le Jeune fut l'initiateur principal, en Limousin, de cette œuvre. Grâce à l'appui de notre prélat, et au concours toujours efficace de la Compagnie du Saint-Sacrement, le saint missionnaire établit des confréries de charité, partout où il donnait des missions. Les premières dames de la société, à Limoges, se groupèrent autour de la veuve d'un pauvre libraire, Marcelle Germain, fondatrice du couvent de la Providence. Ses filles eurent dans cette ville, le même rôle que les Filles de la Charité de Louise de Marillac, à Paris. Mesdames de Rigolène et de Petiot s'honorèrent de déférer à Marcelle Germain la présidence de l'œuvre, et de lui être adjointes, en qualité, l'une d'assistante, et l'autre de trésorière.

La confrérie des Dames de] Charité de Limoges, après avoir tenu sa première assemblée dans l'église de l'Oratoire, rue Manigne, (juillet 1656), se réunit dans la petite chapelle de la maison de Mme Germain, en face et rue du Collège. Forts de l'appui et des encouragements de l'évêque et du P. Le Jeune, Gabriel Ruben et son frère Jacques, directeurs spirituels de la Providence, aidèrent de tout leur pouvoir la fondatrice, à triompher des nombreux obstacles, que rencontra l'établissement de cette première association.

Les résultats que produisit cette œuvre d'assistance des pauvres malades en Limousin furent merveilleux. Ecoutons ce que le panégyriste du célèbre Oratorien, l'un des témoins les mieux placés pour la juger, nous en révèle : « Ces sociétés si saintes des Dames de la Charité qu'il a érigées par votre autorité, Monseigneur, dans tous les lieux de votre diocèse, seront de perpétuels monuments de l'amour qu'il avait pour les pauvres. Il leur a inspiré une conduite si douce et des règles si saintes, que, lorsque ces personnes, qui composent ces compagnies, s'en acquittent dignement, elles délivrent une infinité de misérables de l'une et de l'autre mort, guérissant les uns, qui périraient infailliblement sans leur secours, et procurant les sacrements à plusieurs autres... J'ai vu, même dans de petites villes, des fruits merveilleux de ces sociétés. La ferveur 4es personnes c|ui les composaient m'a donné de Tétonnement ;

riniquité, avec tous ses déguisements, avait bien de la peine à se dérober au zèle dont elles étaient remplies ; elles Taltaquaient partout, et, n'étant pas moins touchées des misères de Tàme que de celles du corps, elles travaillaient, avec une vigueur égale, à la conversion des pécheurs et au soulagement des misérables. L'illustre compagnie des Dames de la Charité de cette ville, est la fille aînée de son zèle pour les pauvres, et la mère de toutes les autres qui sont dans le diocèse... ^. »

1. Abbé Arbellot, G, Ruben, p. 6 et 12. Laforest, Limoges, p. 391.

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